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Le masque des médias tombe à l'eau

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SOCIÉTÉ - "Il y a trois pouvoirs au Parlement, mais dans la tribune de la presse siège un quatrième pouvoir beaucoup plus important que ceux-là réunis", écrivait Edmund Burke, homme politique et écrivain britannique du 18e siècle. Ce pouvoir, si indépendant fût-il, est bien souvent sous le joug des magnats des médias, des capitalistes qui instrumentalisent l'information, l'orientant en leur faveur et entraînant avec eux nombre de lecteurs enchantés.

Machination

Le métier de journaliste s'apparente à l'utopie, à la chimère. Il est quasi impossible. Car, il faut être conformiste, aussi bien en démocratie qu'en dictature, et éviter la rubrique politique au risque de moisir dans la case prison. Au mieux, on pourra caresser le système dans le sens du poil, le chanter, le cajoler, le flatter.

D'ailleurs, il semblerait que le jadal, l'art de mener une personne à travers une succession d'arguments ordonnés à adopter une opinion, ait disparu à l'arrivée des despotes arabes soutenus par l'Occident dans la mesure où ils monopolisaient les chaînes satellitaires de leurs pays et les utilisaient en tant que moyens de contrôle de la population.

En Egypte, les journaux et les chaînes télévisées étaient sous la férule du dirigeant égyptien déchu. Les journalistes avaient tellement peur d'être renvoyés ou bien même jugés que le 3 février 2011, alors qu'une foule manifestait dans les rues du Caire, d'Alexandrie et de Suez contre Moubarak, Al-Ahram a choisi comme titre pour sa une: "Des millions d'Égyptiens sortent pour soutenir Moubarak."

En Libye, la télévision de l'État consacrait des heures à relater l'histoire de Kadhafi, sa sagesse inégalée et ses idées révolutionnaires et ingénieuses. On osait même le proclamer leader du Tiers Monde.

Les rubriques "sport" et "faits divers" sont celles qui sont prisées le plus et qui accaparent généralement le plus de pages parce que l'amusement aliène l'individu et lui fait oublier son être en l'engageant dans ce loisir inféodant. Plus encore, nous sommes des sociétés de spectacle qui ne comblent leur faim qu'"en déjeunant de rumeurs et en dînant de tapages." Faute d'informations, les journalistes se lancent alors à la recherche de dossiers "chauds" en inspectant le patrimoine de tel homme politique ou encore les déclarations de tel artiste.

La résurgence de la propagande

Les médias ne font plus l'opinion, mais surtout le récit. Ils sont menacés par les réseaux sociaux qui se méfient de ces derniers en communiquant et démocratisant l'information sans pour autant la vérifier, donnant ainsi la possibilité au citoyen lambda de s'improviser journaliste, analyste et commentateur. In fine, la propagande signe son retour, particulièrement en période électorale ou en lorsqu'une question divise un pays.

Pour se rattraper, les médias se basent aujourd'hui sur le storytelling, plus précisément l'art de raconter, pour captiver leur cible d'autant plus que leur prolifération balkanise les citoyens qui s'attachent rapidement aux médias qui racontent les histoires qui leur plaisent.

En ces temps où le masque de l'objectivité des médias tombe à l'eau, où leur déclin est criard, n'est-il pas grand temps de les enterrer et de se recueillir sur leur tombe?

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