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La délinquance juvénile, un épiphénomène?

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MAROC
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SOCIÉTÉ - Après la campagne écologique contre l'usage du plastique qui a eu pour nom "Zéro Mika", place aujourd'hui à une nouvelle campagne entreprise par les citoyens: "Zéro Agression", qui vise à "nettoyer" toutes les villes marocaines des jeunes appartenant au mouvement Tcharmil. Étrangement, tous - ou presque - s'accordent à se débarrasser de cette catégorie de jeunes.

Il est patent que la criminalité existe, d'ailleurs une myriade d'entre nous en a été victime. Les "mchermlines" ne sont pas des criminels, ce sont des jeunes qui n'ont plus de repères, qui ont perdu le nord. Ils sont agressés plus qu'ils sont agresseurs. Attaqués par l'opulence ostentatoire et insolente que les fortunés leur envoient au visage.

Aux origines de la délinquance

Les signes extérieurs de richesse s'étalent devant nos yeux mais aucune procédure n'est entamée pour ralentir la propagation de l'exhibition des richesses. Sans doute parce qu'elle ne gêne que la population vivant dans la précarité. Voir des voitures de luxe parader face à des charrettes tirées par des ânes ou face à des vendeurs ambulants n'est plus sidérant. De même, apercevoir un arriviste s'enrichir illicitement, d'un argent facile, n'est plus surprenant. "C'est l'ambition", disent-ils. Ce que ces ambitieux ignorent ou peut-être ne veulent pas savoir, c'est que c'est ce genre d'agissements qui exhorte les jeunes à user de leur force et à subtiliser à l'aide de leurs armes blanches.

Les délinquants manifestent un besoin de construction identitaire. Or, celle-ci nécessite des modèles d'identification et c'est justement ce qui manque. Ils ne choisiront certainement ni leurs parents qui regrettent de les avoir procréés, ni leurs enseignants qui les gavent d'injures. Encore moins l'école qui peine à transmettre le savoir et les valeurs. Dépourvus de tout exemple à suivre, ils se poseront à un certain moments quelques questions, notamment au sujet de leur place dans la société et du regard que portent les autres sur eux. Tentant en vain de trouver des réponses apaisantes, ils n'emploieront comme exutoires que la violence, la prostitution et la drogue.

La délinquance juvénile n'est pas une mince affaire

Adresser des remontrances aux parents ou leur jeter la pierre serait un acte incongru dans la mesure où ces derniers sortent travailler pour subvenir aux besoins de leur maisonnée. Les mères, en particulier, se retrouvent contraintes d'endosser les rôles de travailleuses, d'éducatrices et de chefs de famille, ce qui les empêche d'élever correctement leur progéniture. Le combat contre les agressions implique alors une lutte contre la pauvreté et la misère sévissantes.

La délinquance juvénile est une récolte de que nous avons semé. En vue de la contrecarrer, il y a urgence à opter pour une philosophie éducative au lieu d'une philosophie punitive car à quoi bon incarcérer un groupe de jeunes périodiquement pour les relâcher ensuite? Ce n'est profitable ni aux délinquants qui croupissent derrière les barreaux, ni à la société qui subira toujours la violence des récidivistes, ni à l'Etat dont une partie du budget est consommée par les besoins physiologiques des détenus.

En outre, atténuer le taux d'agression ne peut se réaliser que s'il y a présence d'infrastructures, notamment sportives. Cela suppose donc qu'il y a urgence à s'engager dans un processus de construction d'établissements sportifs et de jardins publics pour permettre aux jeunes de dégager leur énergie enfouie au tréfonds d'eux-même.

En somme, prendre les jeunes délinquants dans le collimateur ne mènerait à rien. Faisons en sorte de les faire sortir de l'engrenage de la violence dans lequel ils ont mis le doigt par le biais de moyens humains.

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