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Interdiction de vente de la burqa: une contradiction avec les libertés individuelles

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BURKA
Getty Images/iStockphoto
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SOCIÉTÉ - Cette semaine, le ministère de l'Intérieur a décidé d'interdire la conception, la vente et la commercialisation de la burqa. En effet, lundi 9 janvier, les pachas de plusieurs villes du royaume ont envoyé à tous les vendeurs repérés une lettre avec un avertissement, leur interdisant la confection et la vente de ce genre de vêtement.

Décision inopinée qui a bouleversé non seulement les commerçants, mais aussi les réseaux sociaux. Il est patent que cette prohibition est une interdiction implicite et progressive du port de la burqa. Ce vêtement se faisant de plus en plus rare sur le marché, les femmes désireuses de le porter seraient amenées à opter pour des habits de substitution: niqab, djellaba, haik... De cette manière, on oblige ces dernières à ne pas porter un vêtement nommément désigné, ce qui est en totale contradiction avec les libertés individuelles pour lesquelles nombre d'associations de droits humains militent.

Autant que je sache, la Constitution de 2011 consacre tout un bloc aux libertés et droits fondamentaux. À titre indicatif, elle énonce dans son article 24 que "toute personne a droit à la protection de sa vie privée". Et d'ajouter: "Est garantie pour tous, la liberté de circuler et de s'établir sur le territoire national, d'en sortir et d'y retourner, conformément à la loi". La burqa ne constitue pas alors une entrave à ces libertés.

Abstraction faite des portées idéologique et culturelle de cet habit, certains saluent la détermination du ministère de l'Intérieur en invoquant un impératif sécuritaire qu'ils pensent servir d'argument massue, dans ce sens que les femmes en burqa sont plus susceptibles de perpétrer des attaques terroristes. Mais, au pis aller, les femmes émancipées - comme les modernistes de notre pays aiment à les décrire - ne pourraient-elles pas porter une ceinture explosive sous leurs jupes?

C'est dire que le terrorisme a trait moins à l'habit qu'à la pensée. Somme toute, il n'y a pas de thaumaturge qui puisse éradiquer le terrorisme, mais c'est en misant sur la culture et sur l'ouverture des esprits qu'on pourrait le combattre.

Aujourd'hui, la liberté est semblable à une robe que certains ajustent à leur taille et selon leurs besoins, elle est devenue malléable. C'est le summum de l'absurdité. Les modernistes l'instrumentalisent en vue d'arriver à des fins qu'eux seuls connaissent, balancent des clichés aux femmes vêtues de burqa, et justifient le regard qu'ils leur portent par ce motif sécuritaire qui devient désuet à force de le réitérer.

Dans ce sens, c'est se leurrer que de penser qu'ils n'empiètent pas sur leur liberté et qu'ils s'ingèrent dans leur vie. C'est soit on soutient la liberté, soit on encourage la soumission. Il n'y a pas de mais. Par conséquent, ce vivre-ensemble qu'ils ont beau promouvoir avec tous leurs slogans et toutes leurs pétitions, tombe à l'eau. Supposons que cette décision ministérielle ait un motif sécuritaire, la lutte contre la prostitution ne constitue-t-elle pas aussi une préservation de la "sécurité sanitaire" de la population?

Les militants des droits de l'homme et les défenseurs de la liberté applaudiront-ils cette décision en cautionnant le motif sécuritaire? Ceux et celles qui ont plaidé la cause des jeunes d'Inzegane seront-ils solidaires avec les femmes qui portent la burqa? À suivre. Bien que je sois contre la burqa, interdire sa vente et/ou son port restreint sans vergogne la liberté des femmes. Car, en définitive, parmi les significations de la liberté, on trouve celle de porter ou de ne pas porter, celle de se voiler ou de se dévoiler.

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