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Ecole marocaine: Qui se soucie encore des martyrs?

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DEPRESSION
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SOCIÉTÉ - Qui se soucie encore des martyrs? Qui accorde toujours une attention particulière au suicide sous toutes ses formes et à sa prolifération? Qui prête main forte aux jeunes marginalisés? Après la médiatisation début avril de l'immolation par le feu de Fatiha, vendeuse ambulante à Kénitra, place aujourd'hui à un suicide scolaire.

Il s'agit d'un jeune homme de 22 ans qui s'est immolé par le feu lundi 24 octobre dans le bureau du directeur du lycée Abdellah Guennoun à Rabat. Pour cause, l'individu a été expulsé des études à la deuxième année du baccalauréat en juillet dernier. Force est de nous demander si l'école serait devenue un incubateur de suicide.

Aux origines du suicide scolaire

Aujourd'hui, personne n'est plus sans ignorer que l'école, du moins publique, est défaillante. Il n'y a qu'à voir, à notre grand dam, le nombre d'écoles qui ont mis la clef sous le paillasson et qui ont été privatisées, la pénurie du corps professoral, le nombre d'élèves par classes...

Les jeunes suicidaires manifestent de fond en comble un besoin de construction identitaire. Celle-ci a lieu essentiellement à l'école, laquelle devrait fournir à ceux-ci des modèles d'identification. Or, lorsque l'école devient déscolarisante et éconduisante, qui choisiront-ils? Leurs parents qui regrettent de les avoir procréés? Leurs enseignants qui les gavent d'injures? La rue, lieu de formation des délinquants par excellence?

Dépourvus de tout exemple à suivre, ils se poseront à un certain moment quelques questions, notamment au sujet de leur place et de leur valeur dans la société, et du regard que portent les autres sur eux. Tentant en vain de trouver des réponses apaisantes, ils se retrouvent non seulement sans issue ni exutoire, mais surtout sans espoir. Par conséquent, n'ayant plus aucune raison de vivre, ils se donnent la mort sans ménagement aucun.

La leçon du Rbati à bien assimiler

L'immolation par le feu du vingtenaire, tout comme celle de Bouazizi en Tunisie en 2010 et celle de Fatiha au Maroc récemment, tous deux marchands ambulants qui se sont indignés contre l'humiliation qu'ils ont subie, advient en protestation contre les abus et l'oppression de la société.

Elle s'adresse à tous les citoyens marocains. En effet, en se brûlant vif, ce jeune a voulu que nous nous penchions véritablement sur la situation inqualifiable de l'école marocaine et que nous nous mobilisions tous afin de rehausser son niveau et de régler ses maux une fois pour toutes après l'échec des actions entreprises par les différents responsables de ce dossier.

Le jeune suicidaire a tiré la sonnette d'alarme. Si l'école marocaine favorise aujourd'hui la violence, la criminalité, l'hébétement, l'affront, et si elle est devenue un incubateur de suicide et d'anéantissement de l'être, alors il serait plus judicieux de la fermer pour de bon.

En définitive, espérons que la disparition tragique de ce jeune sera la goute d'eau qui fera déborder le vase, qu'elle soulèvera l'indignation de la société et la réaction des détenteurs de pouvoir tout comme l'affaire Mouhcine Fikri.

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