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L'arrogance, une attitude à bannir!

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CIREUR MAROC
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SOCIÉTÉ - Il y a quelques jours, je sirotais mon café matinal en compagnie de mon cercle d'amis et comme chacun était occupé, soit à écouter des chansons, soit à lire je ne sais quoi sur son téléphone, et puisque des cireurs passaient par-ci et par-là, j'ai compati à leur souffrance, à l'âpreté de leur maudit et pénible "travail" et n'ai pas tardé à manifester ma commisération publiquement. À mon sens, cette misérable tâche n'a pas lieu d'être tout comme beaucoup d'autres sales besognes.

En effet, ces cireurs passent leurs journées entières à nettoyer, frotter, astiquer des tas de souliers, à inspirer l'odeur néfaste des produits qu'ils utilisent et à subir toutes les formes d'humiliation et de mauvais traitements, de l'air hautain aux injures proférées par leurs clients. Tout cela en contrepartie d'une modique somme d'argent de l'ordre de deux dirhams environ.

Mes amis semblaient ne pas adopter mon point de vue et avoir une autre vision. Selon eux, ce que font ces laborieux n'a rien de surprenant et ne provoque pas d'ire, du moment que ceux-ci gagnent leur vie dignement et ne recourent pas au vol et à la subtilisation. Ayant été partiellement de leur avis, je me suis tu, mettant ainsi fin à cette discussion.

Quelques jours après, en sortant d'une interrogation orale, je me suis rendu comme à l'accoutumée au même café que mes amis. Ayant pris place et commandé une boisson gazeuse, j'ai remarqué à ma droite la présence de deux jeunes dont l'âge se situe dans la trentaine en train de converser et de fumer une tonne de cigarettes. Etant non-fumeur et n'appréciant pas la fumée du tabac, j'essayais tant bien que mal d'essaimer ailleurs celle-ci, sans pour autant leur demander de dégager moins de fumée puisque nous nous trouvions à la terrasse et qu'il s'agissait d'un espace fumeur.

Quelques minutes après, un très jeune cireur a fait irruption, a observé toutes les chaussures en vue d'en trouver quelques unes à cirer puis s'est adressé aux deux trentenaires pour leur offrir son service. Tentant tant bien que mal de l'ignorer, ils continuaient à pérorer et à se noyer dans leur verbiage exaspérant. Ce dernier insistait jusqu'à ce que l'un de ces deux lui assène, avec un air goguenard, des paroles blessantes qui m'ont moi-même intimidé et troublé: "Que veux-tu? Cirer mes chaussures? Crois-tu que je te les confierai sachant que j'utilise un cirage de deux cent dirhams? Hors de ma vue!".

Le pauvre cireur n'a pipé mot et s'est retiré discrètement. À l'entendre baratiner, gesticuler et étaler tout ce flot de paroles, je croyais qu'il s'agissait d'une paire de chaussures d'un cuir de je ne sais quel peau. Mais après avoir jeté un coup d'oeil, je me suis aperçu que toute cette mise en scène n'était en relation qu'avec une tatane en mauvais état. De ce fait, j'ai ipso facto conclu que cette personne était un "peigne-zizi".

Quelques instants après, je me suis demandé à combien de situations délicates comme celle-ci ce cireur peut-il être confronté quotidiennement. Une kyrielle! Saperlipopette! Ces tourmenteurs participent inconsciemment et avec leurs agissements à la conception de bombes à retardement! Semonce après semonce, les marginalisés suffoqués ne tarderont pas à marquer leur présence d'une manière propre à eux et pas du tout profitable à qui que ce soit, soit par l'accomplissement d'un acte répressible, soit par la mise à mort. Revoyons alors nos actes!

Il y a urgence à ce que nous n'assujettissions plus les moins chanceux et les plus marginalisés, à ce que nous modifiions nos comportements incongrus, à ce que nous fassions preuve de modestie et à ce que nous humanisions les autres.