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Aider les marginalisés, un devoir patriotique

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SOCIÉTÉ - Je me souviens de ce samedi soir où mes amis et moi avons côtoyé l'injustice en personne. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, je dirais que nous étions au mois de décembre, soit il y a un an. En tous cas, l'hiver s'était déjà installé et il faisait un froid glacial. Comme à l'accoutumée, nous nous sommes retrouvés un samedi après-midi dans notre café habituel pour déstresser et surtout pour palabrer.

À la tombée de la nuit, nous avons soudainement entendu des cris forts. Nous sommes sortis pour voir ce qui se passait et à notre grande surprise, nous avons vu un homme, quinquagénaire assez grand de taille, en train d'intimider Naïma. Nous nous sommes approchés en vue de régler le conflit. L'homme, qui était ivre mais qui se maîtrisait quand même, n'a rien voulu entendre et a même osé gifler Naïma. Nous nous sommes interposés.

N'ayant pas pu atteindre l'objectif qu'il s'était fixé, il a décidé de partir et a donné rendez-vous à Naïma pour un autre jour, laquelle a immédiatement commencé à pleurer. Depuis la semaine qui a suivi cet évènement-là, Naïma vit sous un toit et ne risque plus rien, ni tentative de viol ni de frappe. Mais qui peut bien être cette Naïma?

Naïma ou le destin momentanément tragique d'une marginalisée

Il s'agit d'une femme, assez avancée en âge, de Casablanca. Une femme parmi tant de personnes livrées à elles-mêmes. Selon ses dires, alors qu'elle n'avait que trois ans, Naïma a été placée dans un orphelinat par son père qui ne voulait pas d'elle. A cinq ans, sa mère l'a ramenée au bercail. Soulagement? Pas pour longtemps. Attendant que ses rondeurs prennent forme, qu'elle ait une corpulence considérable, la mère de Naïma l'a poussée à travailler. Pas comme ménagère - si seulement c'était le cas -, mais plutôt comme fille de joie, comme prostituée.

Suite à son refus catégorique d'exercer le "métier" de fille publique, c'est la rue qui l'a accueillie à bras ouverts. Heureusement, puisqu'elle a fui un milieu qui n'était pas propice à sa croissance et son adolescence. Mais malheureusement, étant donné qu'elle n'a pas pu échapper aux aléas de la rue, c'est-à-dire à l'alcoolisme, à l'addiction et peut-être au viol.

Naïma vit avec un seul rein et a dormi durant de longues années le soir sous un arbuste ou entre des buissons pour éviter une éventuelle tentative de viol de la part de ses semblables de sexe masculin. Croyez-moi si je vous dis qu'elle ne profère jamais d'injures. Vous n'entendrez qu'un "I love you" ou un "merci" avec un léger rire si vous lui donnez quelques sous pour résister à son quotidien.

Ce dont elle rêvait, c'était seulement d'avoir un toit sous lequel elle serait à l'abri du froid et des agresseurs. Son rêve est devenu réalité. Non pas grâce à un quelconque organisme ou bienfaiteur, mais plutôt grâce à des jeunes engagés - dont je fais partie - issus d'un milieu modeste et voulant combattre les injustices de la vie qui sévissent en dépit d'absence d'empathie, de solidarité, de politiques sociales et de politiques de réhabilitation et de réinsertion.

En effet, ils se mobilisés pour louer un logis à Naïma, selon leurs moyens pécuniaires, à condition qu'elle arrête de boire. Aujourd'hui, elle déclare se sentir enfin comme un véritable être humain. Elle n'est plus alcoolique, travaille et paye toute seule son loyer.

L'action comme moyen inéluctable pour rehausser le pays

Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de mobilisation de jeunes au profit des couches sociales vulnérables en vue de les réintégrer dans l'ascenseur social. Ces jeunes ne veulent ni passer pour des "m'as-tu-vu" ni se targuer d'être bienfaiteurs. Leur préoccupation, c'est le travail social. Leur rêve, c'est un Maroc moins inégalitaire.

Ainsi, étant soucieux de l'autre et considérant l'engagement comme un devoir patriotique -abstraction faite du devoir religieux de celui-ci-, ils donnent une leçon de vie non seulement aux adultes qui utilisent l'ostracisme et le dénigrement contre eux, mais aussi au gouvernement qui peine à instaurer d'efficaces politiques sociales.

Ils sont un modèle à suivre et méritent de fervents vivats. Si leur engagement était calqué et généralisé, que de problèmes seraient résolus! En somme, cette volonté de changer le monde - ne serait-ce que partiellement - autrefois enfouie au tréfonds de ce groupe, la voilà ébruitée. C'est dire que l'engagement ne suit pas une certaine règle. Il suffit qu'il soit présent, généralisé et essaimé pour que les résultats ne tardent pas à jaillir.

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