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La politique est aussi l'affaire des femmes

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Zoubeir Souissi / Reuters
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Que cela soit sur la question de l'avortement, de l'interdiction de la polygamie, de l'héritage ou dans bien d'autres domaines, les progrès en matière des acquis relatifs à la femme sont manifestes en Tunisie.

Les avancées législatives sont multiples prouvant l'importance et la place fondamentale qu'occupe la femme dans la société tunisienne. Et l'article 46 de la Constitution en est la preuve. Ce dernier énonce que "l'État s'engage à protéger les droits acquis de la femme, les soutient et œuvre à les améliorer. L'État garantit l'égalité des chances entre la femme et l'homme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines L'Etat œuvre à réaliser la parité entre la femme et l'homme dans les Conseils élus. L'État prend les mesures nécessaires afin d'éradiquer la violence contre les femmes".

Clairement mentionnée, la parité demeure un pas séduisant sur le papier, mais qu'en est-il en pratique?

La représentativité politique en question: Parité ou mixité?

Bien que la femme tunisienne s'affiche de plus en plus sur le devant de la scène politique, sa représentativité au niveau des postes décisionnels et de direction reste limitée. À ce jour, seulement six femmes font partie de la composition gouvernementale de Youssef Chahed, formée de 28 ministres et 15 secrétaires d'État.

Cette absence de représentativité féminine devient un révélateur puissant de l'incohérence au niveau du corps politique d'un État moderne et démocratique. Le gouffre entre les principes proclamés et l'exercice de la citoyenneté apparaît de plus en plus flagrant.

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Droits des femmes en Tunisie: Différences entre la Constitution et la réalité
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Néanmoins, des voix se sont levées et des lois égalitaires ont été votées pour lever le blocage sur ce système politique d'essence viril. L'idée de parité, adoptée en Juin 2016, apparaît comme un recours pour basculer un modèle de pouvoir, dressé comme un obstacle à l'entrée des femmes tunisiennes en politique.

En effet, l'adoption par le parlement tunisien du principe de parité horizontale et verticale en vue des prochaines élections municipales, qui se tiendront le 25 mars 2018, est un nouvel élan favorisant la participation de la femme à l'exercice du pouvoir local.

En vertu de cette loi, chaque liste devra comporter un nombre égal d'hommes et de femmes selon le système d'alternance, et au moins la moitié des listes électorales présentées par les partis politiques devront être présidées par des femmes. Toute liste ne respectant pas ce principe sera rejetée. Ainsi, les prochaines municipales vont-elles changer la donne et améliorer le constat?

Plus de 100 femmes sont attendues pour devenir maire

Ce principe de parité horizontale et verticale permettra à plus d'une centaine de femmes de se hisser à la tête des municipalités, révèle le ministre des Affaires locales et de l'environnement, Riadh Mouakher, lors d'une conférence internationale, tenue les 26 et 27 septembre dernier.

Même celles qui ne figurent pas en tête de liste seront désignées comme vices-présidentes, grâce à la règle de l'alternance . Une mesure qui offre davantage de chances aux femmes d'être plus présentes dans l'échiquier politique.

Pour Leila Rhiwi, la représentante d'ONU Femmes au Maghreb, "non seulement c'est une première dans notre région, mais l'inscription de la parité horizontale et verticale dans le code électoral est une avancée opportune qui garantira la participation effective des femmes dans le processus de décentralisation en cours en Tunisie."

De plus, "la généralisation du territoire municipal avec la création de 86 nouvelles municipalités favorisera l'égalité entre femmes rurales et citadines," souligne Mouakher en précisant que l'expérience des femmes déléguées a démontré l'incroyable performance de ces dernières. "Elles ont été plus performantes que les hommes," précise-t-il.

Mais où sont les femmes?

Cependant malgré la présence d'un cadre législatif favorable, la motivation des femmes envers les prochaines élections demeure limitée. Certaines se voient même non concernées par le domaine politique, jugé patriarcale. Héritage historique si fortement ancré que pousser ces dernières à imposer leur places est une mission assez compliquée.

Seules 13% des femmes ont l'intention de se déplacer aux urnes pour les élections municipales, déplore Tourkia Ben Khedher de la Ligue des Electrices Tunisiennes (LET).

women tunisia

Et le constat est plus amer encore pour les femmes rurales. D'après un sondage réalisé par l'organisation "I Watch", plus de 50% des femmes rurales n'iront pas voter aux municipales.

Des chiffres alarmants qui s'expliquent par les difficultés auxquelles fait face la femme rurale. Dans son étude, I Watch a noté que parmi les principaux obstacles qui empêchent les femmes en milieu rural d'aller voter figurent la longue distance qui sépare leur domicile des bureaux de vote (33%) et l'absence de confiance (3%). De son côté, le centre tunisien méditerranéen (TUMED) a notamment évoqué les difficultés financières et l'existence de plus de 300 mille femmes en milieu rural qui ne disposent pas de carte d'identité nationale. Le défi est de taille et le chemin semble encore bien long pour elles.

C'est plutôt culturel que juridique

Même si le code des collectivités locales impose aux partis politiques de désigner des femmes en tête de moitié de leurs listes, la parité reste une utopie. Le choix des partis pour présider certaines mairies sera stratégique où les régions clés et à fort potentiel restent l'apanage des hommes.

Des calculs politiques qui feront l'illusion d'un changement de rapports de force entre les hommes et les femmes. De ce fait, les hommes auront toujours la part du lion et les femmes ne seront finalement qu'un pion dans ce système. Leur représentativité serait ambiguë et ne reflèterait pas l'objectif escompté.

Il est clair que les femmes élues ne pourront pas amorcer le déséquilibre des rapports de forces existants. "Mais leur participation, même maigre, constitue un bon point," affirme le juriste Bassem Karray au HuffPost Tunisie.

Selon lui, le fait de procéder aux changements, d'ouvrir le débat et de créer un dynamisme social constitue en lui même une nouvelle logique dans la campagne électorale et provoquera certainement avec le temps des traumatismes au niveau de l'ADN tunisien. À ses yeux, c'est donc l'enjeu de demain pour les femmes en politique.

Il faudra attendre plusieurs autres années pour que les femmes réussiront à arracher leur place en faveur d'une égalité réelle de la représentation politique. Les prochaines municipales ne seront qu'un puissant point de départ pour un avenir meilleure pour la femme tunisienne.

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