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Quel Iran choisirons-nous?

Publication: 11/03/2014 10h20

L'accord intermédiaire historique entre les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies plus l'Allemagne (P5 + 1) et l'Iran sur la crise du nucléaire n'est pas seulement une question de capacités d'enrichissement, de centrifugeuses et de capacités de nucléaire militaire. A terme, il aidera à déterminer qui et quoi va définir les politiques intérieures et étrangères de l'Iran pour les décennies à venir.

S'agira-t-il d'une approche sécuritaire, de confrontation et de répression en interne (préconisée par les radicaux iraniens)?

Ou bien est-ce que l'approche plus coopérative, modérée et "gagnant-gagnant", préconisée par le président Hassan Rouhani et la majorité de la population, s'enracinera et l'emportera?

Dans un rapport publié dernièrement ("Tendre la main et desserrer le poing") -qui s'appuie sur des entretiens approfondis avec des hauts responsables politiques iraniens, des intellectuels et des membres du milieu des affaires- nous montrons que l'Occident peut affaiblir la manière intransigeante de relater les faits existant en Iran par son discours de confrontation et de résistance, afin de faciliter un accord global en collaborant sur des projets scientifiques ne portant aucun risque de prolifération.

Pour les États-Unis et l'Europe, cela signifie qu'élargir le succès d'un accord sur le nucléaire à d'autres domaines d'intérêt mutuel peut aider à ouvrir la voie à un Iran plus coopératif et moins menaçant, dont la libéralisation politique intérieure aura des effets positifs dans l'ensemble du Moyen-Orient. Dans le passé, nous avons vu l'Iran prendre des mesures importantes dans ce sens, mais sans atteindre les résultats souhaités.

L'élection présidentielle de 2013 a catapulté inopinément les dirigeants centristes au pouvoir, les mêmes qui ont cherché à plusieurs reprises une ouverture vers l'Occident. Ces efforts comprennent la collaboration de 2001 avec les Etats-Unis en Afghanistan, l'offre de Grande Entente de 2003, et l'offre de 2005 pour limiter le programme d'enrichissement de l'Iran à 3 000 centrifugeuses (l'Iran en compte actuellement 19 000). Ces offres ont toutes eu lieu avant que l'Occident n'impose des sanctions paralysantes. En rejetant cette approche, Washington a renforcé la main des radicaux iraniens qui croient que le seul moyen de contraindre les Etats-Unis à traiter avec l'Iran est de ne pas envoyer des offres de paix, mais plutôt de résister à la puissance américaine.

L'équipe de Rouhani poursuit ce principe qui dit que les objectifs de sécurité nationale de l'Iran nécessitent la paix et la collaboration avec les puissances régionales -et, par extension, l'Occident. Pour ce faire, ils voient les pays occidentaux comme des partenaires potentiels pour aider l'Iran à atteindre ses objectifs annoncés -non seulement en termes de technologie nucléaire, mais également dans d'autres domaines technologiques, ainsi que des domaines régionaux et de sécurité.

Peut-être plus important encore, leurs politiques révèlent un point plus essentiel: pour l'intérêt national de l'Iran, la question du nucléaire est davantage un moyen qu'une fin en soi, dans le sens où elle est déterminante pour le véritable objectif de reconnaissance et de réinsertion dans le système international comme un acteur égal.

Il est essentiel de saisir cette occasion, précisément parce qu'il a fallu des années pour qu'elle se matérialise -et personne ne sait si, et quand, elle se représentera. Ce changement de pouvoir suivant l'élection de Rouhani et l'accord intermédiaire sur le nucléaire, ont en aucun cas cimenté une nouvelle perspective iranienne. Au contraire, le discours de l'aile dure de l'Iran reste ferme et a été mis de côté seulement temporairement: il décrit l'Occident comme une entité brutale et immorale désirant "berner" l'Iran, le priver de progrès scientifiques et technologiques, et le maintenir dépendant des puissances étrangères.

Les mesures punitives qui soi-disant visent à empêcher que l'Iran se procure une arme nucléaire sans mettre en danger d'innocents Iraniens ont provoqué des pénuries d'approvisionnement médical, restreint l'accès des scientifiques iraniens aux installations, équipements et matériels, et causé des refus de publications d'articles d'auteurs iraniens dans des revues scientifiques et périodiques. Les conséquences de telles mesures innombrables -involontaires ou discrètement délibérées- semblent justifier la manière de relater des jusqu'au-boutistes qui estiment que c'est l'Occident qui ralentit les progrès scientifiques de l'Iran.

Le rôle central que jouent la science et la technologie comme véhicule propulsant le pouvoir iranien au niveau international ne peut pas être surestimé. C'est précisément pour cela que la manière de relater des partisans de la ligne dure positionne l'Occident comme étant fondamentalement opposé au progrès scientifique de l'Iran.

Rien ne permettra de renforcer l'interprétation en somme positive en Iran plus qu'une approche globale "gagnant-gagnant" sur la question de l'accord sur le nucléaire. Par ailleurs, faciliter la collaboration des scientifiques iraniens et américains dans des domaines non controversés -telles que l'assistance sur les technologies vertes ou la réduction de la pollution atmosphérique- réfutera le discours jusqu'au-boutiste, le rendant moins attrayant au sein de l'Iran, et renforcera les perspectives iraniennes qui favorisent une plus grande flexibilité et la collaboration avec le monde extérieur.

L'envoi d'une délégation de cadres du secteur de l'énergie verte à Téhéran - dans le but d'une collaboration sur les technologies de pointe en matière d'énergie renouvelable - démontrerait aux Iraniens que les préoccupations des Occidentaux portant sur leur programme nucléaire ne visent pas à priver l'Iran de technologies ou d'énergie, mais trouvent leur origine dans de véritables préoccupations sur la prolifération. Faciliter l'exportation de technologies de pointe vers l'Iran visant la réduction et le contrôle de la pollution, ainsi que la redynamisation des programmes d'échanges entre les scientifiques iraniens et occidentaux travaillant sur les questions liées à la pollution, démontrerait que Washington et Bruxelles cherchent à s'engager sur la science et la technologie qui sont devenues littéralement une question de vie ou de mort pour des millions d'Iraniens.

Ce genre de diplomatie scientifique -une manière de considérer l'Iran comme un partenaire plutôt qu'un client- affaiblirait ceux qui décrivent l'impasse du nucléaire comme un microcosme d'opposition occidentale à l'avancement de l'Iran en tant que nation tout en aidant à décrocher un accord avec l'Iran qui va au-delà d'un accord sur le nucléaire, et vers une paix plus grande et stratégique.

Comprendre le patrimoine scientifique de l'Iran et le respecter permet de construire le genre de confiance qui sera inévitablement nécessaire pour un engagement soutenu et permet aussi de réduire les insécurités qui peuvent conduire à des actions contre-productives des partisans de la ligne dure. Un succès dans ce secteur peut s'étendre à d'autres domaines essentiels, comme la situation des droits de l'homme en Iran, qui s'est considérablement détériorée au cours des dernières années.

Le temps, cependant, est limité. La pendule politique en Iran se balancera à nouveau en faveur de la ligne dure, si le gouvernement de Rouhani montre peu de résultats dans les six à douze mois à venir.
Rares sont les secondes chances. Nous avons une occasion en or pour tester les propositions "gagnant-gagnant" et renforcer la manière de relater des modérés iraniens - pas seulement à la table des négociations, mais aussi par des actions concrètes pouvant faciliter une relation nouvelle et en coopération avec l'Iran et son peuple, dépourvu des poids douloureux du passé. A travers la poursuite d'une collaboration scientifique et technologique, Washington et Bruxelles pourront -au fil du temps -transformer fondamentalement les relations de Téhéran avec l'Occident.

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