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Opération "zéro mika": la révolution verte est-elle en marche au Maroc?

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ÉCOLOGIE - "Vous avez bien vu qu'il ne s'agit pas d'une simple campagne d'interdiction mais d'un revirement définitif". C'est dans ces termes que s'est exprimé le ministre Moulay Hafid Elalamy à l'occasion du bilan sur la loi 77-15, plus connue sous le nom d'opération "zéro mika", pour réaffirmer la volonté du royaume d'entrer de plain-pied dans le développement durable.

Mais l'Etat peut--il seul impulser une telle dynamique? Et quelles conséquences peuvent avoir ses actions sur les entreprises et sur les citoyens? L'Etat peut-il changer les choses seul? Si les résultats de l'initiative "zéro mika" sont à saluer et même à encourager, il n'en demeure pas moins que certaines questions restent en suspens. Il serait par exemple intéressant de savoir si l'Etat peut à lui tout seul porter la dynamique et s'il peut la propager à d'autres secteurs.

Pour répondre à ces questions, nous nous sommes intéressés au cas de 4 pays (Allemagne, Italie, Inde, Costa Rica et Chine) en nous focalisant sur l'impact du dispositif réglementaire sur les choix des entreprises. Après une première analyse, nous avons pu dégager une différence nette entre les pays développés d'une part (France et Italie) et les pays en développement ou émergents (Inde, Costa Rica et Chine).

Dans le premier groupe en effet, la réglementation environnementale, même si elle est stricte, ne constitue pas un moteur dans les stratégies de respect de l'environnement. Les entreprises de ces pays semblent davantage sensibles aux pressions des consommateurs et des associations de la société civile dans leurs choix.

Ainsi, l'étude de Caniato et al. sur 5 entreprises du secteur textile italien a démontré que les entreprises ne considèrent pas la régulation comme un moteur essentiel dans l'adoption de nouvelles pratiques. Elle est renforcée par l'étude de Van Der Walle et Brice qui montre que pour les PME françaises, les attentes des consommateurs sont le premier facteur susceptible de motiver un changement de stratégie.

Notons que ce comportement peut être interprété comme une recherche de légitimité au niveau du marché. Dans les pays en développement au contraire, les réglementations jouent un rôle essentiel dans la mise en conformité des entreprises qui pour la plupart souhaitent éviter les sanctions.

C'est ce qu'ont pu constater Rivera et al. dans leur enquête sur le secteur hôtelier au Costa Rica ou encore Singh et Bardwaj dans leur enquête sur les entreprises du secteur électronique en Asie. Pour l'heure, il est trop tôt pour juger la position exacte du Maroc mais il est possible de se demander si "zéro mika" peut se transposer à d'autres secteurs et là aussi, les comparaisons avec d'autres pays nous en apprennent beaucoup.

Il est par exemple intéressant de savoir que, de toutes les études que nous avons consultées, le cas du secteur de la plasturgie est pour le moment unique. Dans les études que nous avons pu voir, l'État concentre ses efforts sur les secteurs exportateurs tels que l'hôtellerie au Costa Rica ou encore l'électronique en Asie afin de créer un étau pour obliger les entreprises à se conformer pour répondre à la fois aux pressions de l'Etat et de leurs clients étrangers.

Le cas du Maroc constitue donc pour le moment un cas rare et il est trop tôt pour juger de son efficacité. Il est en revanche certain que les entreprises sont appelées à une plus grande anticipation. Quelle réaction les entreprises peuvent-elles adopter? En tant qu'acteurs majeurs du changement, les entreprises sont plus que jamais concernées par ce premier bilan de la loi "zéro mika".

Car s'il y a un enseignement à tirer de ce dispositif, c'est bien que les lois peuvent évoluer à tout moment. Qui aurait par exemple pu prédire qu'une telle loi existerait pour le secteur de la plasturgie? Certainement personne et pourtant, elle est bien là aujourd'hui. Il y a donc un effort essentiel d'anticipation et de réflexion stratégique à fournir de la part des entreprises et encore plus du côté des entreprises exportatrices.

Nous pensons particulièrement à des secteurs tels que le tourisme, le textile-habillement ou encore l'agriculture qui subissent déjà des réglementations strictes dans les pays développés et qui pourraient également être touchés par des réglementations nationales. Certes, les grandes entreprises sont déjà préparées mais pour les PME et les TPE, tout reste encore à faire.

De même, les secteurs qui opèrent sur le plan national mais qui consomment une quantité importante d'énergie (papeterie, cimenterie...) pourraient eux aussi être concernés par un durcissement du dispositif existant. Et tout comme dans le cas des exportateurs, tout reste à faire pour les PME et les TPE.

Il ne s'agit pas d'attendre que la loi soit mise en place pour réagir mais plutôt d'amorcer une réflexion sur les enjeux pour chaque secteur et de proposer à l'État des stratégies d'accompagnement adaptées à l'image du dispositif qui a été mis en place par la loi "zéro mika" pour les projets de reconversion.

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