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L'entreprise marocaine de demain sera-t-elle exclusivement sociale? (1ère partie)

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ÉCONOMIE - Et si les entreprises de demain étaient exclusivement sociales? C'est en tous cas ce que demande M. Hamdi Ulukaya, le fondateur de la marque Chobani. Lors d'un live avec M. Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, diffusé le 10 octobre dernier, le président de la compagnie leader américaine des yaourts grecs a en effet demandé à l'ensemble des entreprises du monde de s'investir socialement pour aller au-delà de leur RSE. Les entreprises marocaines suivront-elles son appel?

Mettons-nous tous au social... Ça nous fera du bien

C'est en substance le message que nous a délivré M. Hamdi Ulukaya. L'homme, dont le parcours a tout d'un conte de fée, en impressionne plus d'un et ce n'est pas M. Jim Yong Kim qui dira le contraire. Le président de la Banque mondiale, qui s'est d'ailleurs dit grand amateur de yaourts Chobani, a écouté avec une grande attention le parcours d'un homme qui est arrivé aux Etats-Unis sans parler un mot d'anglais et qui a fondé en une dizaine d'années l'une des plus grandes entreprises du pays.

Et l'histoire ne s'arrête pas là puisque M. Ulukaya propose de repenser les règles de l'entreprise pour la transformer en une entreprise entièrement sociale et aller au-delà des simples obligations RSE. Et cet exemple, il le donne lui même avec Chobani.

Dans cette société, en effet, 30% des 2000 employés sont des réfugiés venus du monde entier et tous sont payés au-dessus du salaire minimum horaire légal selon le New York Times. Ils bénéficient en outre d'une bonne couverture santé ainsi que d'avantages sociaux non négligeables. Et cerise sur le gâteau, ils sont depuis 2016 copropriétaires de 10% du capital de leur entreprise.

Et lorsqu'on demande à M. Ulukaya si son geste correspond à un remerciement envers ses employés, il estime au contraire qu'il s'agit d'une évidence et que dans la problématique actuelle de l'inégalité des ressources et de la pauvreté, il constitue une réponse adaptée. Mais toutes les entreprises peuvent-elles vraiment en faire autant?

L'entreprise sociale au Maroc: où en sommes nous?

Au Maroc, l'entreprise sociale vient de naître. Cette entreprise, que la Commission européenne définit comme "une entreprise dont le principal objectif est d'avoir une incidence sociale plutôt que de générer du profit pour ses propriétaires ou ses partenaires", agit comme toute entreprise en vendant des biens et des services sur le marché mais reverse ou utilise la majorité, sinon la totalité de ses gains, à des fins sociales et/ou environnementales.

Le défi principal de cette entreprise est d'être rentable économiquement tout en réussissant sa mission sociale et certaines entreprises parviennent à relever ce défi. C'est la cas de Cultivate Christchurch, une entreprise néo-zélandaise qui lutte contre le chômage en ré-employant des jeunes au sein de fermes urbaines capables de fournir un approvisionnement alimentaire local et durable. C'est également le cas de Gifted Mom, cette application camerounaise qui permet aux femmes enceintes des zones rurales de consulter un médecin à distance et donc de réduire considérablement les risques de mortalité pendant l'accouchement. Et de bien d'autres encore à travers le monde.

Au Maroc, l'entreprise sociale peine encore à émerger véritablement et reste souvent associée à l'ONG ou à la coopérative. Si bien entendu, les coopératives correspondent à des entreprises sociales, elles ne doivent pas faire oublier que d'autres entreprises en sont aussi. Vous serez par exemple surpris de savoir que Looly's, cette startup qui exporte le couscous marocain à travers le monde, est une entreprise sociale puisqu'elle préserve un élément du patrimoine tout en étant rentable. Et elles sont nombreuses dans ce cas même si les choses commencent à évoluer doucement...

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