Tony Gamal Gabriel

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Peut-on parler de coup d'Etat en Egypte?

Publication: 06/07/2013 18h25

L'annonce de la destitution du président égyptien Mohamed Morsi le 3 juillet a été froidement accueillie sur la scène internationale. Dans un communiqué publié le jour même, le président américain Barack Obama a demandé à l'armée "de rendre aussi tôt que possible le pouvoir total à un gouvernement civil démocratiquement élu", menaçant de revoir à la baisse l'aide financière apportée à l'Egypte.

Si tu ne tiens pas tes promesses

Même si le mot n'a pas été prononcé par le président des Etats-Unis, il est dans tous les esprits. Aux yeux de nombreux observateurs étrangers, ce qui s'est passé en Egypte est un coup d'Etat. Il faut cependant nuancer, car la simplification est nuisible à la compréhension d'une réalité qui est bien plus complexe. Certes, l'armée est intervenue pour renverser un président démocratiquement élu un an plus tôt. Mais une multitude d'autres facteurs entrent en jeu, et ces facteurs semblent minimisés - à tort - à l'extérieur du pays.

Tout d'abord, il faut rappeler que Mohamed Morsi à été élu en juin 2012 en grande partie grâce aux voix des partisans de la révolution qui refusaient un retour à l'ancien régime, incarné par l'autre candidat du second tour, Ahmed Shafiq. Lors de son premier discours après l'annonce des résultats, il a déclaré à ses électeurs : "Je vais faire de mon mieux pour concrétiser les promesses que j'ai faites. Je n'ai aucun droit, que des responsabilités [...]. Si je n'obéis pas à Dieu et si j'échoue [...], ne m'obéissez pas".

C'est exactement ce que les Egyptiens ont fait. Ils ont renversé un président qui n'a tenu aucune de ses promesses. Durant quatre jours, plusieurs millions d'Egyptiens ont pris les rues. A Tahrir, devant le palais présidentiel, mais aussi partout ailleurs dans le pays.

Si les Frères sont arrivés au pouvoir par les urnes, leur gestion désastreuse des affaires de l'Etat était loin d'être démocratique. Alors que plus que jamais le pays avait besoin de consensus politique pour aller de l'avant, le président et la confrérie se sont entêtés à refuser toute concession pouvant relancer un dialogue sérieux et sincère avec l'opposition. En novembre, ils ont permis l'adoption au forcing de la constitution, alors que le président lui-même avait donné sa parole que la Loi fondamentale ne passerait jamais sans qu'un accord ne soit trouvé entre toutes les forces politiques du pays. Ils ont polarisé le pays. Vendredi, 30 personnes sont mortes et au moins 1076 ont été blessées dans des affrontements entre des partisans et des opposants du président déchu.

Une leçon à retenir pour l'armée

Soulignons également que l'armée n'a pas effectué le 4 juillet son grand retour sur la scène politique du pays, tout simplement parce qu'elle jouait déjà un rôle important dans ce domaine. Elle monopolise une large part des activités économiques du pays et la constitution - des Frères, rappelons le - la soustrait au contrôle des autorités civiles du pays.

Certes en Egypte, l'armée sort grandie de cette bataille, après avoir été décrédibilisée par sa gestion de la première période de transition, marquée par la répression brutale des manifestations. Place Tahrir, plusieurs protestataires brandissaient des portraits du chef des forces armées, le général Abdel Fattah al-Sissy. Certains m'ont même affirmé qu'ils souhaitaient que l'armée garde le pouvoir à jamais.

Mais à Tahrir, il y avait aussi des manifestants qui se disaient contre un retour des militaires au pouvoir. Et l'on peut compter sur les forces prorévolutionnaires pour s'engager activement contre les nouvelles autorités en cas de comportement anti-démocratique. Les premières mesures adoptées par les militaires - l'arrestation de plusieurs dirigeants Frères et salafistes et la fermeture de plus d'une trentaine de chaine de télévision islamistes - ont déjà été critiquées par les révolutionnaires. Certes pour le moment, ces voix sont minoritaires. Mais si le comportement de l'armée se révèle autoritaire dans les mois à venir, elles gagneront en influence.

Car le départ de Mohamed Morsi sert de leçon à quiconque lui succèdera. Le peuple égyptien a montré qu'il n'était pas crédule et qu'il n'était plus disposé à accepter un pouvoir autoritaire dont le discours ne correspondrait pas à la réalité de ses actes. Celui qui parlera au nom de la légitimité révolutionnaire sans entreprendre les réformes visant à concrétiser les objectifs de cette révolution sera immédiatement "dégagé".

 

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