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Maroc-Union africaine: La fin de la chaise vide, un pari risqué?

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UNION AFRICAINE
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DIPLOMATIE - Benin, Burkina Faso, Burundi, Cap Vert, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti, Erythrée, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée-Equatoriale, Libéria, Libye, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, Sao Tomé, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Somalie, du Soudan, Swaziland, Togo, Zambie.

Au total, vingt-huit pays membres de l'Union Africaine (UA), ont adressé, le lundi 18 juillet lors du dernier sommet continental tenu à Kigali, une motion en vue de la suspension de la RASD des activités de l'UA, et de tous ses organes. La motion, déposée au secrétariat du président tchadien, Idriss Déby Itno, également président en exercice de l'UA, vise à permettre enfin au Maroc de reprendre sa place naturelle au sein de l'organisation panafricaine, lui qui avait été membre fondateur de l'OUA, ancêtre de l'UA. Cette motion vient couronner la vision d'ouverture de Sa Majesté, tel que prononcé lors de la lettre officielle du souverain, transmise à tous ses homologues africains.

Mais que valent ces pays, dont certains sont nouvellement alliés du Maroc? D'un point de vue strictement arithmétique, 28 pays, c'est plus que la moitié des membres, puisque l'UA en compte 54, représentants 53 nations en plus des séparatistes du Polisario. Mais démographiquement parlant, ce rapport de force n'est déjà plus le même. Vu sous cet angle, les 28 pays signataires de la motion ne représentent que 25% de la population du continent.

Et mis à part le géant démographique qu'est la RDC, ces pays sont pour la plupart faiblement peuplés, et loin derrière l'Ethiopie, le Nigeria, ou encore l'Egypte, l'Afrique du Sud, etc. D'autre part, sous l'angle économique, ces 28 pays ne représentent aussi que 20% du PIB du continent. Manquent encore à l'appel, les mastodontes démographico-économiques cités plus haut. Sans oublier qu'aucune des dix premières économies africaines, le Maroc mis à part, ne figure sur la liste des signataires. Le Nigéria à lui seul pèse en termes de PIB autant que ces 28 pays.

Sur un autre registre, 60% du budget de l'UA est assuré par trois pays, qui sont l'Afrique du Sud, le Nigéria et l'Algérie. Trois des plus fidèles alliés de la RASD, ce qui entraîne une prédation institutionnelle au sein de l'UA. Et si le président nigérian Buhari, élu en 2015, a récemment reçu en audience Mr Mansouri et Mr Bourita de la DGED et du ministère des affaires étrangères, il n'en demeure pas moins que le Nigeria a par le passé manifesté à plusieurs reprises une forte hostilité vis-à-vis du Maroc. Ces données cruciales expliquent pourquoi Mme Zuma, présidente de la commission de l'UA, continue d'ignorer la motion des 28. Elles dévoilent également un rapport de force toujours considérablement défavorable au Maroc.

Mais la situation a aussi nettement évolué, et en la faveur de la position marocaine, car dans ce processus, la voix de chaque pays compte. Aujourd'hui, le Maroc compte 28 pays clairement amis. Les autres n'étant pas clairement des pays hostiles. En effet un pays comme l'Egypte, qui veut jouer le rôle de médiateur sur ce dossier, n'a pas intérêt à trancher en faveur d'une partie, au risque de perdre son atout principal, la neutralité. La Tunisie, qui fait face à des blocages politiques récurrents, a intérêt à ménager tous ses alliés, parmi lesquels l'Algérie et le Maroc. Il n'en demeure pas moins que le président Essebsi réitère régulièrement son attachement à l'Union du Maghreb Arabe, et à construire une relation solide et durable avec le Maroc.

Le Maroc peut aussi se prévaloir d'avoir de son côté la quasi-intégralité des pays fondateurs de l'OUA, ancêtre de l'UA. Des pays prestigieux comme le Sénégal, dont la démocratie est donnée en exemple, le Libéria, plus ancien État moderne en Afrique subsaharienne, la Côte d'Ivoire, champion économique de l'Afrique francophone, le Ghana, vitrine économique de l'Afrique anglophone etc. Il faut aussi souligner que la RASD n'est reconnue que par 19 pays membres de l'UA, soit moins que les 28 pays signataires appelant au gel de son adhésion, ce qui constitue cette fois clairement un rapport de force à l'avantage du Maroc. Saluons aussi la percée marocaine au sein du glacis anglophone d'Afrique australe.

Juridiquement parlant, le Maroc a réussi un coup de force, mais la bataille ne fait que commencer.

En effet, l'objectif du Maroc lors du dernier sommet africain de Kigali a surtout été de communiquer sur la nouvelle position du royaume vis-à-vis de l'organisation panafricaine qui consiste à définitivement bannir la politique de la chaise vide. Cette politique initiée des suites de l'intégration de l'état fantôme qu'est la RASD, n'a pas donné ses fruits. La position de la RASD n'a fait que s'y renforcer, et lors de la récente incartade du Royaume avec le SG de l'ONU, Ban Ki Moon, l'Union Africaine a proposé des sanctions contre le Maroc, après l'expulsion du personnel de la Minurso. Autant dire que la chaise vide nous est retombée dessus.

Mais aujourd'hui, le Maroc qui espère reprendre la place qui lui est due au sein de l'UA, pourrait siéger au côté d'un État fantoche, qui le menace dans son intégrité territoriale. Car si le Maroc étant un ancien membre, n'a besoin que d'un papier officiel pour pouvoir réintégrer l'UA, il lui faut la majorité des deux tiers, pour pouvoir changer les statuts et incorporer une clause pour frapper de nullité l'appartenance de la RASD à l'UA. Et cette manœuvre implique que le Maroc soit déjà membre à part entière, et donc qu'il coexiste pendant une période incertaine avec la RASD, au sein des institutions panafricaines. Un pari risqué, car se retrouver nez-à-nez avec le Polisario pourrait ressortir au grand jour le mythe propagandiste du pays oppresseur et de la nation victime.

Néanmoins il reste quelques mois avant le sommet devant se tenir en janvier 2017 à Addis-Abeba, capitale de l'Ethiopie abritant l'imposant siège de l'UA. Et d'ici là, le Maroc doit aiguiser son argumentaire, et assurer au moins 38 voire 40 pays alliés, car déjà 34 pays africains ne reconnaissent pas la RASD. Le Maroc aura aussi reçu lors de la COP22 à Marrakech, d'innombrables dirigeants influents, dont beaucoup en provenance d'Afrique. La future nomination d'un ambassadeur du Royaume en Afrique du Sud pourrait s'avérer salutaire et peut-être diminuer les pressions que mène la diplomatie sud-africaine contre les pays signataires ou futur signataires de la motion.

Le Maroc a donc commencé sérieusement à en finir avec la présence de la RASD au sein des institutions panafricaines. Il est parvenu à susciter un réel débat autour de sa réintégration à l'UA, avec pour vœux pieux, de ramener le processus de résolution du litige du conseil de sécurité vers l'Union africaine, et éloigner ainsi le spectre du Chapitre VII de la charte de la charte des Nations-Unies.

Le chemin reste donc long et difficile, parsemé d'embûches, mais néanmoins cette initiative audacieuse matérialise une rupture avec la stratégie diplomatique des décennies passées.

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