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À ma mère

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À ma mère qui m'a permis de quitter la maison,

Tout au long de mon enfance, rien ne semblait facile.

Tu as testé ma patience, continuellement. Tous mes devoirs ont été critiqués par toi plus que mes professeurs; les travaux ménagers ne finissaient jamais.

Chaque défaut, chaque faute étaient mentionnés, jusqu'à ce que je me sois améliorée, ou que cela se soit fini en larmes.

Chaque soir où j'ai attendu le bus qui tardait à venir, sous la pluie et sous la neige, je t'ai appelée et ta réponse a toujours été "Ne t'inquiète pas, j'arrive".

Comme une adolescente typique, je t'avais fatiguée.

Quand j'ai dit que je voudrais quitter la maison pour venir à Tunis, je croyais que tu serais soulagée, tu n'avais plus à prendre soin de moi. J'allais cesser d'être un problème pour toi.

J'avais hâte de découvrir un autre pays, de rencontrer de nouvelles personnes, et d'avoir ma liberté.

Cependant, je voyais comment tu étais inquiète et je voyais qu'à tes yeux ma décision était une erreur.

Mais, je suis partie pour ce nouveau pays, à 7.000 kilomètres de toi, et j'avais pensé que nous n'allions plus beaucoup nous parler.

Mes premières semaines, je ne t'ai pas appelée. J'ai envoyé des messages expliquant que je suis en sécurité et heureuse.

Je voulais justement de la distance, pas que géographique, pour m'installer dans ma nouvelle vie, dans ma nouvelle maison loin des États-Unis.

Je me suis promis que je ne me laisserai jamais t'inquiéter. Chaque fois que tu as exprimé tes inquiétudes ou tes peurs, j'insistais pour te dire que j'étais contente.

Je voulais pourtant t'expliquer mes problèmes. J'aurais voulu être honnête avec toi.

Pendant ma première nuit seule à Tunis, ou quand je me suis perdue dans les rues sombres de ce pays étranger pour la jeune américaine que je suis, je ne t'ai pas appelée.

J'aurais voulu pourtant partager avec toi certains de mes malaises, te dire mes confusions. Mais je savais que ta confusion allait être plus grande que la mienne.

Cela fait plusieurs mois que je vis loin de vous dans une Tunisie à laquelle je m'habitue de plus en plus. Tu es devenue la personne à laquelle je dis tout, avec qui je partage mes secrets. Je partage même avec toi des histoires que je ne t'aurais jamais dites si j'étais restée à tes côtés.

À ma surprise, ma fuite de la maison nous a rendues plus proches. J'ai réappris à avoir confiance en moi, en toi. A ne pas t'éloigner de ma vie pour te protéger.

Mon seul souhait est que tu me fasses plus confiance. Toi qui ne me crois pas assez responsable pour prendre soin de moi.

Je souhaite que tu comprennes que la femme que je deviens est différente, qu'elle sait distinguer le bien du mal, se protéger quand il faut et s'assumer, désormais.

Je ne voudrais pas lire la peur dans ton regard, ni sentir ta voix trembler quand il s'agit de mon avenir.

Malgré ta peur de maman que je comprends quelque part un peu, tu as su rester compréhensive quant à ma décision de ne pas revenir chez nous, et je dois te remercier pour cela.

Ton soutien me motive pour continuer à travailler et explorer le monde.

Je n'aurais pas été prête à te quitter si tu ne m'avais pas donné cet élan pour trouver mon indépendance.

Tu l'as fait malgré tes craintes, et c'est cela qui me fait apprécier ta manière de m'encourager même en dépit de ce que tu aurais préféré me voir faire.

Avec une enfance facile, je n'aurais pas été assez forte pour quitter la maison et vivre une aventure incroyable.

Je te remercie donc pour le passé, maman. Je te remercie aussi pour l'avenir. Celui que tu continues à voir à travers "tes craintes" de mère.

Joyeuse fête des mères!

Tatiana Faris, jeune Américaine installée à Tunis le temps d'un stage au Huffpost Tunisie

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