Tahar Abdessalem

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Le gouvernement et l'effet boomerang

Publication: 02/09/2013 16h27

Le gouvernement refuse la démission. Plus, il affirme continuer à travailler d'arrache-pied pour le bien du pays, et déroule une communication visant à le prouver. Deux thèmes majeurs ont meublé ces derniers jours la communication officielle: la sécurité et la lutte contre le terrorisme d'une part, et la situation et les perspectives économiques d'autre part.

Si les actions menées par les services de sécurité et l'armée, malgré les zones d'ombre qui demeurent, la contestation de certaines données ou la suspicion éventuelle à leur égard, marquent les efforts certains et les sacrifices consentis pour la protection du pays, les informations dévoilées et les diagnostics présentés révèlent l'ampleur des manquements du gouvernement actuel et de celui qui le précédait, des erreurs, fautes ou aveuglements, par imprudence, laxisme, connivence ou cynisme, aboutissant au développement et à l'extension de la violence politique et à l'implantation d'une plateforme d'actions terroristes.

A l'écoute de cette communication officielle, tout un chacun peut douter de la parole gouvernementale lorsqu'elle affirme œuvrer pour la sécurité des citoyens et du pays et conclure à la faillite de ce gouvernement dans la réalisation du premier de ses devoirs et obligations: la sécurité.

Communication positive sur l'économie

Sur le front de l'économie, les déclarations récentes des responsables gouvernementaux (chef du gouvernement, ministre des finances, gouverneur de la banque centrale,..) naviguent entre satisfaction et reconnaissance de quelques difficultés, estimées, somme toute, passagères ou résultantes, outre la conjoncture extérieure, des agitations politiques et sociales. Mais dénégation des "allégations" du caractère catastrophique de la situation, de la faillite prochaine de l'Etat ou d'incapacité prochaine à assurer le versement des salaires des fonctionnaires!

A l'appui, il y a la mise en avant d'une batterie d'indicateurs macroéconomiques supposés confirmer l'évolution positive, principalement: croissance du PIB à un taux de 3% pour le premier semestre 2013, légère réduction de l'inflation à 5,9 %, également du taux de chômage à 15,9 % avec des créations d'emplois estimées à 100 000 pour l'année écoulée, maintien des réserves de change à prés de 109 jours d'importation, etc. D'autres indicateurs paraissent moins gratifiants: déficits budgétaire et commercial, exportations, investissements intérieurs et extérieurs.

Malgré les reproches techniques et de gouvernance que l'on peut légitimement adresser aux statistiques officielles, et les interrogations qu'elles peuvent soulever, celles-ci contribuent à révéler certains traits majeurs de la conjoncture économique, en particulier: la faiblesse persistante des recettes extérieures, l'hibernation durable de l'investissement, le caractère ponctuel de l'alimentation de la consommation privée par le budget public, porteur de risques futurs avec le rétrécissement des ressources fiscales, suite, notamment à l'extension des activités informelles et contrebandières.

Les faits contre la com'

Ainsi, au-delà du scepticisme de l'opinion commune vis-à-vis des données officielles, quand elle constate l'échec patent dans le traitement du moindre problème économique et social à l'origine du soulèvement des larges groupes de la population et de la déflagration révolutionnaire, l'observation et l'analyse des faits démontrent amplement l'incapacité de cette communication à masquer les déséquilibres et risques majeurs de l'économie du pays.

En outre, tout un chacun peut se poser la question suivante: si la situation n'est pas si grave que cela, pourquoi les agences internationales de notation dégradent-elles la Tunisie, la dernière en date, Standard & Poor's, de deux degrés avec perspective négative, lui promettant un statut de pays financièrement pestiféré?

Il serait insignifiant et pathétique de revenir aux polémiques sur la crédibilité de ces agences et la légitimité de leurs jugements pour contrecarrer, face à l'opinion publique, l'impact de leurs décisions.
Les faits sont là concernant leur importance et les multiples conséquences sur les comportements des agents économiques et financiers, ainsi que sur la situation financière du pays, présente et future. Et les responsables gouvernementaux l'éprouvent directement dans la pénible recherche des financements pour les déficits budgétaires croissants! Et il faudrait plutôt méditer leur diagnostic: graves déséquilibres des finances publiques et des finances extérieures, entrainant suspicion et incertitude sur la capacité du pays à honorer ses engagements actuels et futurs.

Vérité flagrante, tentatives maladroites

Et les raisons de ces dérives: encore et toujours les errements du processus transitionnel, avec les retards et dévoiements dans la préparation de la Constitution d'une part, et l'inefficacité du travail gouvernemental d'autre part. Mais cela devient maintenant une conviction largement partagée et il n'est nul besoin d'agences sophistiquées pour le constater.

Ainsi, la communication officielle s'échine à promouvoir les réalisations du gouvernement et son volontarisme. Mais, Patatras! C'est le contraire qui est manifeste: Ce gouvernement et son prédécesseur sont les producteurs principaux de la grave crise multidimensionnelle qui asphyxie le pays. Il est illusoire de vouloir cacher une vérité flagrante, et les tentatives maladroites de le faire se retournent contre leurs auteurs.

La plupart des gens savent maintenant et sont convaincus du meilleur service que ce gouvernement peut rendre à son pays. Au-delà d'une large coalition politique et civile, réunir Capital et Travail dans cette revendication est une gageure. Répondre à cette demande est le premier pas dans le redressement du processus de transition démocratique.

 
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