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Venezuela - Malédiction des ressources naturelles ou faillite du chavisme?

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VENEZUELA
DreamCursor via Getty Images
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Au lendemain de l'élection d'une Assemblée constituante une vague de protestations s'est de nouveau déclenchée au Venezuela, mettant le pays, déjà très affaibli par la violence, au bord du naufrage.

Le scrutin du dimanche 30 juillet 2017 s'est déroulé dans un climat de tension extrême mais aussi de crise économique. Une crise brutale qui en plus d'avoir détruit la société et provoqué la transformation du régime en une quasi dictature militaire, risque de le faire plonger dans une des pires guerres civiles que le continent latino-américain n'aurait connue.

Paradoxal est alors le qualificatif le plus à même de décrire la situation du pays. Un pays qui au-delà de ses exceptionnelles réserves d'hydrocarbures et de ses immenses richesses naturelles (or, argent, diamants), a un fort potentiel agricole. En effet, le Venezuela dispose des terres nécessaires et suffisantes pour satisfaire ses besoins alimentaires et plus encore. Toutefois, ne trouvant pas de quoi rassasier son peuple affamé, le gouvernement s'est trouvé dans l'obligation de mettre en place un système de rationnement où des quotes-parts doivent être respectées afin de garantir que tout quidam puisse manger à sa faim.

La situation est très mal en point sur tous les plans, aussi bien économique que social. On assiste alors à une chute constante du PIB (↓ 10% en 2016), à l'effondrement de la production du pétrole, lequel représente 96 % des recettes de l'exportation, à une terrible inflation (475%), à la détérioration de la valeur du bolivar mais surtout à des pénuries alimentaires et sanitaires. Sur le plan social, les émeutes de la faim se multiplient de jour en jour et la violence gangrène la société. Il faut savoir que parmi les 10 villes les plus dangereuses au monde, trois se trouvent au Venezuela, avec sa capitale Caracas en tête de liste.

Addendum, le Venezuela détient le record mondial de la corruption. Son économie, l'une des moins compétitives au monde, n'a aujourd'hui aucun cycle productif; plus aucun bien ne se produit sur place, qui plus est, très vulnérable faute d'infrastructures en nombre suffisant.

Mais outre les difficultés citées ci-dessus, les plus alarmantes sont inéluctablement la destruction du système éducatif et la banalisation du phénomène du décrochage scolaire (un nombre choquant de jeunes en âge d'aller à l'école sont dans la rue). Le régime en place est incapable d'offrir des perspectives pour une jeunesse tellement anéantie et empêchée de rêver et d'espérer un avenir meilleur, a trouvé ipso facto refuge dans l'oisiveté et au plus fréquent des cas dans la délinquance.

Mais n'est-il in fine pas trop demander d'une économie chancelante, de surcroit exsangue de se projeter dans le futur avec un aussi flou et obscur présent?

Comment faire alors pour redémarre un pays aussi ruiné, où les valeurs travail sont quasi détruites?

En effet, loin d'être une utopie, mais une lueur en guise de solution se faufile subrepticement à travers les parois usées du dôme protecteur du régime bolivarien, régime affaibli à cause de l'absence de la culture du dialogue et de la négociation. Lueur qui pour se propager complètement n'a rien d'autre besoin que d'une volonté politique. La solution doit définitivement émaner de l'interne, d'autant plus que les bases économiques du redressement existent. De plus, contrairement à ce l'on véhicule, le pays est doté d'une classe moyenne éduquée qui a tout à faire pour redresser la confiance et créer des opportunités.

"Un grand leader doit agir en follower"

Pour ce faire, le mot d'ordre n'est rien d'autre que la lutte contre la corruption, la réforme des institutions, l'amélioration de l'infrastructure et la diversification économique. Le gouvernement doit inciter à l'investissement, soutenir les micros et petites entreprises et les coopératives sociales en leur garantissant un cadre légal afin qu'elles servent de fer de lance à des initiatives de plus grandes envergures mais surtout créatrices d'un arsenal d'emplois limitant de facto les soulèvements populaires.

La crise sociale à laquelle fait face le Venezuela requière des solutions décentralisées, qui émanent directement du peuple. Les oukases imposés depuis le summum de la pyramide ne seront bons qu'à empirer la situation et à enflammer davantage les tensions. Il n'est avant tout et in fine qu'une question de bien identifier et assimiler les besoins de la société et d'œuvrer en conséquence. Responsabiliser le peuple et le faire participer dans la formulation et la prise de décisions sont la condition sine qua non pour garantir une paix sociale et une prospérité économique. Un grand leader doit agir en follower (de son propre peuple bien évidemment comme vous l'avez si bien compris).

Les ressources naturelles ont le talent d'être le talon d'Achille de chaque puissance qui en fait une principale source de revenus. Cette dernière, lorsque combinée à la mauvaise gestion et à la corruption, fera des dites ressources une vraie malédiction.

Quant au chavisme, bien que ce courant ait longtemps été apprécié, il est aujourd'hui totalement étouffé; car ni soutenable ni réformable. De plus, Nicolás Maduro n'a toujours pas réussi à se légitimer de la même manière que son mentor Hugo Chávez.

La tragédie vénézuélienne est donc une combinaison de malédiction des ressources naturelles et d'une faillite d'un chavisme suranné bien qu'encore faut-il le rappeler, ait été à un moment de l'histoire à son apogée.

Les circonstances ont changé, le monde a changé et les peuples aussi!

Le Venezuela doit tirer les bonnes leçons du passé et rouler aux grandes vitesses de la modernité aussi bien politique qu'économique, autrement c'est sa sécurité qu'il met en danger d'autant plus que le champ est on ne peut plus propice pour le déclenchement d'une guerre civile ; allant de l'arsenal d'armes disponible dans le pays aux guérillas assoiffées de conflits, sans oublier le très élevé taux de criminalité.

¡ Gloria al Bravo Pueblo !

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