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Soutenir Hamid Chabat, notre "monstre de Frankenstein" national?

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HAMID CHABAT
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POLITIQUE - Comparaison est bien souvent raison, lorsque l'actualité politique va à l'encontre de toute logique et raison. Dans le ramassis de figures politiques nationales, il y a une personne fort intéressante pour laquelle habituellement il n'est bon de ne nourrir qu'aversion, mais qui dans un contexte particulier nous pousse à l'inimaginable: la soutenir. Il s'agit en l'occurrence de Hamid Chabat, chef du parti de l'Istiqlal, que nul n'est besoin de présenter tant ses déclarations insolites et polémiques ont déjà fait parler de lui.

Au vu de l'actualité, l'on pourrait dire que la comparaison est tentante. Hamid Chabat reste en tout point similaire à ce personnage de fiction de Mary Shelley dont l'horreur a bercé notre enfance. Le natif de Taza, ancien patron de Fès, pourrait donc tout aussi bien être notre monstre de Frankenstein national.

Tout d'abord il y a l'origine. Repêché des abîmes désuets du militantisme syndical, "l'État profond" revêtant la blouse d'un savant fou, choisit d'en faire un homme politique. Il le nourrit, tend à peaufiner son apparat et son discours même si cela n'est pas chose aisée, puis le lâche entre les loups afin de servir ses desseins politiques à un moment donné. Dans le contexte du mouvement du 20 février, il est là pour servir la soupe du complot sioniste à des masses acquises à sa cause. Dans un tout autre contexte, celui de l'après 2011 puis de la victoire du PJD, Hamid Chabat est là pour jouer le rôle de l'épine dans le pied d'un gouvernement hostile à plusieurs intérêts du savant fou. Mais comme avec toute création hasardeuse, les choses ne se passent jamais comme prévu.

Avec les solutions de rechange s'offrant au savant fou, dont un Ilyas El Omari au plus haut de sa forme ou encore un Aziz Akhannouch dont la création a tout pour être parfaite, Hamid Chabat, ce vieux monstre abîmé avec le temps, finit par être abandonné. Le savant fou n'y voit plus aucune utilité, lui qui l'a créé. Sa création fait peur, gêne par moment avec son verbe incontrôlable, et pire que tout cela, le monstre de Fès veut avoir sa propre part. Sa gourmandise lui fait défaut, lui qui n'est au final qu'une petite expérience d'apprentis spin-docs. Ne sachant plus quoi faire de sa progéniture, le savant fou finit par jeter aux poubelles du paysage partisan son petit monstre qu'il choyait tant par le passé.

C'est là que la situation se corse. N'apprenant pas de l'expérience de Victor Frankenstein, le savant fou, un beau jour, finit par découvrir sa morbide création. Voilà un homme qui, se délaissant de son masque de monstre, veut être homme politique. Les acquis sont là: l'homme, habitué aux méandres de la petite politique du système, sait comment cela se passe. Il sait quoi faire et où cela fait mal. Puis il n'oublie pas qu'il y a chez le savant fou Frankenstein cette fâcheuse habitude à vouloir domestiquer toutes ses créations: il se départit de cette étiquette au plus vite et finit par s'imposer, à coup de déclarations et de décisions importunant directement le savant fou.

Et puis à côté de tout cela, il y a nous. Pauvres lecteurs lambdas ne savant plus où donner de la tête, ne comprenant plus la logique des choses et les rôles politiques de tout un chacun. Quelle solution pourrait donc s'offrir à nous? Soutenir cet homme agité par ses intérêts et animé par sa rage de vengeance d'un savant fou ingrat et peu habitué à ces questions de loyauté? La question mérite à peine d'être posée, tant le choix est facile à faire, pour ceux se rappelant le point essentiel chez ce savant fou: corrompu, vieux et défaillant, il ne nous sert plus à rien.

Car au-delà de soutenir une vendetta personnelle d'une personne dont le parcours est loin d'être exemplaire, il s'agit avant tout de mettre le système face à ses contradictions. Les défauts du monstre sont ceux d'un système en perte de vitesse, sombrant dans l'amateurisme le plus primaire et dont les points de faiblesse tendent à apparaître, notamment lorsque la création se retourne contre son maître."L'ennemi de mon ennemi est mon ami", dit-on? Pourquoi pas après tout, car le savant fou même si donnant l'impression de servir l'intérêt général, n'est par nature destiné qu'à servir sa pérennité et sa subsistance.

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