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Faten Hamama, une histoire égyptienne

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Tout un chacun, dans tous les pays arabes, connaît, ne serait-ce que par ouï-dire, la grande Faten Hamama, qui vient de disparaitre ce samedi à l'âge de 84 ans. Tout le monde connaît "la grande dame de l'écran", tout le monde l'a vue dans au moins un des 100 films où elle a joué.

En effet, depuis ses sept ans, cette séduisante -c'est le sens du mot " faten" en arabe- brune a tourné avec les plus grands réalisateurs: Azz-Edin Dhoul-Fikar -son premier mari qu'elle a épousé contre la volonté de son père qui s'y opposait en raison de l'écart d'âge-, Henri Barakat et Youssef Chahine...

On l'aura compris, Faten Hamama a touché à tous les genres, les mélodrames populaires, les comédies musicales et les films réalistes et engagés. La Variété de cette offre lui a gagné une large popularité qui explique la haute fréquence du prénom " faten" dans l'onomastique arabe contemporaine.

La séduisante colombe -traduction littérale de prénom et du nom- a eu comme partenaires à l'écran tous les jeunes premiers et les plus grands acteurs égyptiens, mais elle a attiré le plus séduisant et le plus célèbre, un certain Michel Demitri Chalhoub, un grec-catholique melkite d'Alexandrie qui par amour et pour pouvoir l'épouser, s'est converti à l'Islam et pour harmoniser son nom au sien, est devenu Omar Sharif.

Ainsi, après la transgression d'un premier tabou en s'opposant à la volonté de son père, elle en a accompli un deuxième en divorçant de son réalisateur de mari et en épousant un non musulman.

Après la naissance de leur fils Tareq, Faten Hamama et Omar Sharif constitueront, jusqu'aux années soixante-dix, un splendide couple mythique. Mais aussi splendide et mythique soit-il, ce couple sera défait par la volonté de la rebelle Faten.

En effet, lorsque son époux a cédé aux sirènes de Hollywood, où il deviendra star international en jouant Docteur Jivago et Lawrence D'Arabie, elle a refusé de le suivre et a continué son combat social et féministe en Egypte.

Et pour se libérer et libérer son époux, elle a décidé de divorcer. C'est sans doute inspirée par son vécu qu'elle est parvenue à faire tourner en 1975 le film "Ouridou Hallan" ("Je veux une solution"), où elle interprète le combat d'une femme égyptienne pour obtenir de son mari le divorce.

Ce film a suscité des débats houleux et des polémiques passionnées et a permis en fin de compte une révision de la législation égyptienne en faveur des femmes désirant le divorce.

Et c'est sans doute en raison de sa popularité, de ses combats pour la liberté -elle a manifesté un soutien sans failles à la guerre des Algériens pour leur indépendance- et surtout de son engagement féministe que l'Université américaine de Beyrouth (AUB) lui a décerné le 14 juin 2013 son doctorat honoris causa en même temps que trois autres lauréats dont Noam Chomsky, l'esprit américain le plus libre et le plus rebelle.

Quant à l'ultime rébellion, l'ultime transgression, elle ne sera pas accomplie par Faten, mais par son petit-fils, Omar Sharif jr, le fils de Tareq. Titulaire d'une maîtrise en sciences politiques de la London School of Economics, le petit-fils de l'interprète de Lawrence d'Arabie et du Docteur Jivago est top model et il parle l'anglais, le français, le yiddish, l'hébreu et l'espagnol.

En mars 2012, le jeune homme qui a fui son pays après l'arrivée au pouvoir des Frères musulmans, a fait son coming out dans un article du magazine The Advocate: "Je suis Égyptien, je suis juif, et je suis gay", lâchait-il.

Son grand-père, Omar Sharif a alors pris la parole pour soutenir de tout son cœur son petit-fils: "Mon petit-fils est gay et juif... Personne n'a le droit de contrôler ses actions ou de limiter sa liberté", a-t-il affirmé.

Et ainsi la boucle de la tolérance, de la rébellion et de la liberté se trouve-t-elle bouclée...

Adieu Faten!

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