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Tribune de Lotfi Zitoun: Leurre ou lueur d'espoir?

Publication: Mis à jour:
CANNABIS
Ansa/ HuffPost Québec
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"Il est aujourd'hui de notre responsabilité de dirigeants de dépénaliser purement et simplement la consommation de produits aujourd'hui illicites et de nous concentrer sur d'autres sujets prioritaires comme l'éducation ou le travail."

Dans sa tribune dans laquelle il appelle à la dépénalisation du cannabis, Lotfi Zitoun a lancé un pavé dans la mare. Certains saluent son courage, d'autres - comme Farhat Othman, dans Kapitalis - y voient une manœuvre politicienne. Que ce soit un leurre ou pas, finalement, peu importe. Cette tribune a le mérite de lancer définitivement le débat et d'obliger la classe politique à se prononcer sur cette question. Et, stratégiquement, Lotfi Zitoun a réalisé un bon coup: en se montrant plus progressiste que ceux qui s'érigent en modernistes, il ringardise ces derniers en quelques lignes seulement.

Au-delà du sujet principal de ce texte - la zatla -, le membre d'Ennahdha parle de la "responsabilité" des politiques qui nous gouvernent. Et c'est peut-être là l'intérêt principal de cette tribune. Depuis 2011, les régimes successifs ont complètement fui leurs responsabilités vis-à-vis d'une jeunesse qui a, un temps, beaucoup misé sur eux.

J'écrivais, en octobre 2015, que la Tunisie "est incapable d'écrire une nouvelle histoire pour faire espérer ses enfants". Une Tunisie qui "n'a rien offert et n'a rien à offrir à ses enfants".

Cet appel à dépénaliser le cannabis serait un cadeau fait aux enfants de la Tunisie. Non, il ne s'agit pas de transformer notre pays en Pays-Bas du Maghreb, comme on a pu l'entendre chez certains opposant à l'abrogation de la loi 52. Il s'agit simplement de montrer à la jeunesse que sa place n'est pas dans une étroite cellule de prison, aux côtés de criminels ou de potentiels djihadistes. Il s'agit de mettre fin à une injustice.

Car c'est bien ce qu'est cette loi 52: une injustice qui permet à une police, qui elle n'a jamais fait sa révolution, d'enfermer en toute impunité toute personne qui a le défaut d'être critique vis-à-vis du pouvoir. A la prévention, la Tunisie préfère la répression. Après vingt-trois ans de benalisme, on s'attendait à une révolution dans les mentalités de nos dirigeants. Là où ces derniers auraient pu réinventer le rapport entre politique et jeunesse, ils ont donné l'impression de vouloir la museler à nouveau. Ils nous ont empêché de nous emparer de la société dans laquelle nous vivons. Le président de la République l'a admis: la loi 52 a détruit des vies. Alors que les députés pourraient faire un pas en avant et envoyer un signal fort en dépénalisant le cannabis, ils sont en train de faire deux pas en arrière.

Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt

Concrètement, la tribune de Lotfi Zitoun représente une première pierre et là où, à mon avis, les politiciens ratent encore une opportunité, c'est qu'au lieu de continuer ce chantier, de saluer cette initiative, de continuer ce débat et d'en ouvrir potentiellement d'autres, ils se soucient de débattre sur les arrières-pensées de celui qui a posé cette pierre, ils spéculent sur ses réelles intentions et tombent dans le conspirationnisme. Tandis qu'on accuse les jeunes de mettre les bâtons dans les roues, depuis le 14 janvier 2011, et de pas laisser les politiques travailler, ce qui se passe aujourd'hui nous permet de distinguer clairement les vrais réactionnaires. Les mêmes qui, depuis maintenant six ans, refusent de traiter des vraies préoccupations de la jeunesse. Au lieu de demander des comptes à Lotfi Zitoun, emparez vous de son initiative.

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