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"Zizou" de Férid Boughedir ou l'image faussée des femmes tunisiennes!

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Avec la fin de l'été et l'avènement de l'automne, la vie culturelle a repris son cours, et les salles de cinéma ont commencé à afficher le programme des films qu'ils projetteront.

Et comme toutes tunisiennes qui se respecte voulant encourager les productions locales, j'ai décidé de ne pas rater le dernier film de Férid Boughedir, "Zizou", d'autant que le souvenir de "L'enfant des terrasses عصفور سطح", et d' "Un été à la Goulette" est impérissable!

En fait, je les ai adorés, et je m'attendais à apprécier autant sa dernière production. Mais...mais, j'ai été déçue! Et à plus d'un titre!

Je ne discuterai pas ici les techniques cinématographiques, je n'en ai pas les qualifications, ni le scénario, bien qu'il soit décousu, sans queue ni tête, s'apparentant à un fourre-tout, un pot-pourri que le réalisateur a agrémenté de tous les clichés éculés et creux.

Je ne parlerai pas non plus des incohérences émaillant le film qui vont des vêtements d'été portés en plein mois de décembre, à la veille de la fameuse "révolution", au rassemblement devant le ministère de l'Intérieur, ayant eu lieu le 14 janvier et précédant le fameux discours de Ben Ali prononcé le soir du 13 janvier. Sans oublier le jeune étudiant qui n'a jamais quitté son bled natal situé au diable-vauvert où il n'y a probablement aucune université ni institut d'études supérieures.

Mais plutôt, de l'image de la femme tunisienne dépeinte dans ce fiasco invraisemblable!

Plusieurs figures féminines ont, en effet, attiré mon attention: la femme vénale (incarnée par Fatma Ben Saidane), la faible victime (incarnée par Sara Hannachi) la nymphomane (incarnée par Aicha Ben Ahmed, et représentée par la femme du premier client de "Zizou"), l'hystérique (représentée par les deux militantes des droits de l'homme).

La cupide fait feu de tout bois et profite de la naïveté du "héros" en vendant, à son insu, ses services à deux gorilles (je ne comprends pas le pourquoi de ce choix, mais bon, passons), et l'aide à trouver du travail à Sidi Bou Said, parce que, madame a ses entrées partout, et connaît, aussi bien, du beau monde, que des étrangers, que les nervis grassement payés pour accomplir les basses besognes!

Elle me rappelle "azouzzt esstout" (l'entremetteuse, diseuse de bonne aventure, la femme médisante se trimballant de maison en maison, pour ébruiter des secrets ou répandre des rumeurs) que l'on retrouve dans tous les contes que nos grands-mères nous ont racontés, jeunes, ou ceux de Abdelaziz El-Aroui.

La victime faible et démunie est séquestrée par des inconnus dont on ne sait rien et qui semblent tout droit sortis d'un conte de Abdelaziz El Aroui (je ne vois pas ce qu'il peut bien faire ici, d'ailleurs!). Elle est cloîtrée dans une maison au décor rappelant les contes des mille et une nuits, entièrement nue, drapée dans un large morceau de tissu blanc (allusion à la virginité?) ou habillée comme une mariée, de tenues richement brodées (qui rappellent d'ailleurs, celles des héroïnes de la série assidûment suivie par les Tunisiennes, "Le Harem du Sultan" Soliman le Magnifique) et largement échancrées, surveillée par une duègne intransigeante, laide, sournoise et acariâtre, soit-disant incorruptible qui accepte sans broncher qu'une jeune femme soit violée, pratiquement sous ses yeux!

La première nymphomane, jeune adolescente en chaleur qui se donne au premier venu, comme si avec sa beauté, elle ne pouvait pas trouver mieux. Par un concours de circonstances, heureux ou malheureux, c'est selon, la jeune femme se retrouve en tête-à-tête avec "Zizou", dans une maison de vacances déserte, et grâce à un subterfuge grossier, tombe au sol avec "Zizou" la recouvrant entièrement de son corps, pas du tout viril et ce qui devait arriver arriva!

Une seconde, grosse laide, maquillée comme un camion volé, vulgairement, reçoit le "pauvre installateur de paraboles", dans sa chambre à coucher, allongée quasi nue sur son lit conjugal, l'aguiche avec sa poitrine presque dénudée, et échange avec lui un dialogue truffé d'allusions sexuelles, de très mauvais goût! Le jeune campagnard est introduit dans cet antre de la débauche de couleurs criardes par un mari, plus proche du maquignon et du maquereau que de l'homme honnête, puisqu'il l'y enferme, sans vergogne aucune!

L'hystérique profère des insultes à tout-va, elle a une voix criarde, aiguë et désagréable et bien sûr appartient à l'association abhorrée par le régime déchu des Femmes démocrates. Les militantes de ladite association sont dépeintes exactement en fonction des clichés fortement répandus par les sbires de Ben Ali et colportés par les islamistes au pouvoir et leurs nervis!

Ainsi donc voilà la femme tunisienne vue, revue et corrigée par le regard, loin d'être naïf, ni innocent du cinéaste Férid Boughedir.

Critique-t-il, dans un second degré très profond, l'image que se font d'aucuns de nous, femmes tunisiennes trop libres et libérées pour leur goût?

Personnellement, je dis que celles dont j'ai fait le portrait ne nous représentent pas, elles sont plutôt la caricature d'une large frange de notre société.