Sihem Bouzgarou Ben Ghachem

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La construction sociale de l'identité sexuée, 2ème partie

Publication: 11/07/2013 16h37

Au demeurant, nourri par des clichés et des stéréotypes socialement bien ancrés dans l'inconscient et la mémoire collective, l'homme (en général, et arabe, en particulier) est convaincu de sa supériorité et sa prééminence de mâle triomphant. Les mécanismes de l'éducation et la socialisation ont perpétué les schémas d'une éducation patriarcale fondée sur l'infériorisation de la femme.

Cependant, "s'il est vrai que l'existence des rôles relatifs à la dichotomie masculin-féminin est universelle, cette universalité s'arrête là: chaque culture délimite, à sa façon, un répertoire de rôles offerts aux individus", parce que, justement, "chaque société a, d'une façon ou d'une autre, codifié les rôles respectifs des hommes et des femmes".


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Du reste, la socialisation et la transmission de valeurs et de pratiques se déroulent à travers plusieurs canaux qui attribuent à cet imaginaire et ce symbolisme une certaine sacralité rendant quasi impossible leur négation.

L'apport de la tradition musulmane

La personnalité de base musulmane est essentiellement et toujours fondée sur la Tradition, dont le Coran, les hadiths et le fiq'h constituent les éléments constants. Ces sources sont éternelles et sacrées parce qu'elles s'inspirent d'un Texte révélé, leur valeur intrinsèque est de fait indéniable. Du reste, en dépit des conjonctures politiques et historiques qui ont dicté et accompagné ces Textes, les messages qui leur sont inhérents sont quasi perpétuels et atemporels. D'autant qu'on leur a attribué le mérite d'avoir fourni la description exacte des membres éminemment parfaits de la communauté musulmane, si bien que les prescriptions de Dieu sont immuables et qu'elles ne souffrent aucune modification, aussi infime soit-elle. Ce modèle, dont le Texte sacré a dessiné les contours et dont le Prophète incarne la synthèse parfaite, doit servir d'exemple à tout bon musulman, dans quelque lieu qu'il soit et à quelque époque qu'il vive.

Cette quête perpétuelle du Modèle absolu et parfait sera commune à tous les musulmans à quelque époque qu'ils vivent. Cette image mythique et mythifiée marquera de son sceau la mémoire collective, et tout musulman qui se respecte n'aspirera plus qu'à une seule chose: se rapprocher le plus possible de ce Modèle, être fidèle aux enseignements du passé, reproduire les qualités exemplaires incarnées par Mohammed. Cependant, le temps et l'histoire n'avaient pas épargné cette image qui a été dénaturée, au fil du temps. Il est communément admis, par exemple, que le Prophète avait un comportement exemplaire avec ses épouses, il les respectait, les consultait et tenait compte de leurs avis. D'ailleurs, il ne cessa pas, avant de quitter cette vallée des larmes, pour paraître devant Son créateur, de prêcher que l'on se conduisît convenablement envers les femmes, qu'on fût charitables et généreux avec elle. Mais cette injonction fut-elle respectée par les musulmans des siècles ultérieurs ? Tinrent-ils compte de cette exhortation ?

Nous allons, dans la partie suivante, essayer de brosser un tableau de l'image de la femme telle qu'elle est perçue dans les sociétés arabo-musulmanes. Nous mettrons l'accent sur les représentations et les stéréotypes qui ont façonné cette image. Ensuite nous exposerons une lecture possible de la personnalité de l'homme musulman qui nous permettra peut-être de déconstruire les représentations qui consacrent la supériorité du masculin. De fait, "l'analyse de ces rapports sociaux [de sexe] nécessite une interrogation sur la construction sociale de la masculinité et de la virilité et de leur rôle dans la reproduction de la domination masculine et dans les résistances au changement".

 
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