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Rêvons éveillés: Prémices d'un plaidoyer pour un développement économique par la culture

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EMOTIONAL INTELLIGENCE
alphaspirit via Getty Images
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La culture, c'est pas si loin que ça de l'agriculture... d'ailleurs ça commence presque pareil.

Au début, c'est aussi fragile qu'une graine qui tombe d'un arbre, comme l'idée timidement sortie d'un esprit, ou comme une phrase que l'on griffonne, incertain, ou encore comme un accord qu'on tire, délicatement, d'un instrument...

Après, il lui faut du soin pour qu'elle prenne, cette graine. D'abord, il lui faut de l'eau, pas trop au début, le temps qu'elle bourgeonne et qu'elle se fortifie. Et puis pas mal à la fin, une fois qu'elle a grandit et qu'elle a bien pris.

La créativité, c'est la même chose. Au départ, il lui faut se développer à l'abris des regards extérieurs, protégée et arrosée avec justesse et beaucoup de bienveillance. Ensuite il lui faut un terrain approprié qui lui permette de grandir et de se renforcer progressivement et puis, enfin, elle peut s'épanouir et fleurir à l'air libre et donner des fruits au monde entier.

Et ces fruits, on peut les manger ou en faire commerce ou créer des marchés ou des zones d'échanges. On peut aussi en tirer de nouvelles graines et provoquer des croisements avec d'autres graines.

Cela peut créer des richesses à n'en plus finir.

Aujourd'hui, malheureusement, la culture, la créativité, en Tunisie, c'est considéré au mieux comme du divertissement bas de gamme, de l'entertainment de la pire sous catégorie, et, au pire, comme un repaire de saltimbanques pouilleux et quémandeurs qui ne pensent qu'à l'argent.

Et il faut voir la tête des entrepreneurs "sérieux", du monde de l'entreprise, lorsqu'on explique qu'en Allemagne, en France et ailleurs (à peu près partout dans le monde), les métiers de la culture sont structurés en industries et engendrent plus de richesses et de création d'emplois que certains secteurs industriels majeurs comme le secteur automobile ou les fournisseurs d'énergie...

Chez nous cela semble tout simplement démentiel. "Comment? La culture pourrait rapporter de l'argent? Alors même que les artistes et les créateurs n'arrivent même pas à gagner leur vie? Qu'ils passent leur temps à demander des subventions à droite, à gauche?".

Et il est vrai que le constat est là, accablant... comment prétendre le contraire, la majorité de nos artistes crèvent la faim et courent leur vie à chercher une subvention nationale ou internationale, une aide à la production, un soutien quelconque, quelque chose qui les fasse tenir jusqu'à la prochaine... et ainsi de suite, jusqu'au tombeau... où ils arrivent généralement dans le plus grand dénuement...

Mais en même temps... c'est bien beau de faire un constat... encore faut-il aller jusqu'au bout de l'analyse... Qui pourrait penser que les artistes sont heureux de ce sort? Et si nous regardions le système dans son ensemble pour essayer de saisir les raisons de cette triste situation?

Cette situation est tout simplement le résultat d'une politique culturelle, d'une suite de décisions, toutes plus calamiteuses les unes que les autres, touchant ce secteur d'activité. De la non-collecte des droits d'auteurs, à la folklorisation de la culture par un sur-financement de micro-festivals, en passant par l'absence totale de formation aux métiers de la culture (de sa gestion à sa médiation) et l'abandon de toute éducation à l'art et à la culture... L'état dramatique du secteur peut s'expliquer rationnellement et point par point avec une analyse des politiques (ou plutôt de la non-politique) publiques touchant ce secteur.

Et cela est une bonne nouvelle. Parce que cela signifie qu'avec une bonne analyse et ce qu'il faut de bonne volonté, il est possible de remédier à cet état. J'affirme avec force qu'en observant les problèmes un à un et en proposant des solutions pratiques et innovantes pour les résoudre, il est possible, en relativement peu de temps, de redresser ce secteur et d'en faire un secteur de pointe.

Je suis fermement convaincu que le secteur culturel tunisien a le potentiel de donner naissance à des industries culturelles et créatives fortes. Et celles-ci peuvent offrir une solution de développement économique inclusif qui permettra de résorber une partie du chômage tunisien et de faire la Tunisie un Hub culturel Nord-Sud et, à terme, Sud-Sud.

C'est ce rêve éveillé dans lequel je me propose de vous accompagner à raison d'un texte par semaine a minima, parfois plus. J'espère que je saurais vous convaincre et vous démontrer que ce chemin-là est loin d'être un rêve fou, mais pourrait devenir rapidement une réalité.

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