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Afek Tounes: Une brise fraîche de la Tunisie

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  • Sasha Toperich, Senior Fellow, Centre pour les relations transatlantiques SAIS à l'Université Johns Hopkins à Washington DC
  • Andy Mullins, chercheur invité, Centre pour les relations transatlantiques SAIS à l'Université Johns Hopkins à Washington DC

Récemment, les couloirs de Washington DC ont accueilli deux Tunisiens dynamiques et hautement qualifiés, Mériem Bourguiba et Yassine Brahim, respectivement membre du Conseil exécutif et président de Afek Tounes, un parti politique Tunisien.

De la colline du Capitole à la Maison Blanche, de notre Centre des relations transatlantiques SAIS de l'Université Johns Hopkins à d'autres groupes de réflexion autour de la ville, les deux ont enthousiasmé le public avec leur énergie, leurs idées pragmatiques pour les réformes en Tunisie et une stratégie terre-à-terre équilibrée pour la construction de la coopération régionale. Mériem Bourguiba, que je qualifierais de "douce dame de fer", est la petite-fille de l'ancien président Habib Bourguiba qui a conduit la Tunisie à l'indépendance de la France en 1956 et qui en est devenu le premier président en 1957, introduisant à son peuple "l'ascenseur social", par le biais d'une éducation de qualité, une campagne d'alphabétisation universelle, l'émancipation des femmes, une santé publique, et un certain nombre d'autres mesures très progressistes en avance sur leur temps. Yassine Brahim était un champion de natation national et entrepreneur à succès. Ni l'un ni l'autre n'est entré dans la vie politique par nécessité ou intérêt, étant financièrement confortable, mais plutôt par désir patriotique de voir leur pays avancer pour devenir une société démocratique et plurielle, prospère et ouverte à tous.

Sans aucun doute, ils vont bouleverser la scène politique tunisienne avec leur programme de réformes sociales et économiques. Afek Tounes considère l'entrepreneuriat et le secteur privé comme les futures clés du développement de la Tunisie, et dans la mesure du possible, en appuie les solutions et l'intérêt plutôt que celles consistant à élargir encore plus le secteur public, déjà trop présent dans la vie économique tunisienne. Notant que le secteur "gris" ou informel - non taxé, plus risqué, représente 40% du PIB du pays, ils plaident pour un état qui se limiterait à une réglementation raisonnable, et par là intégrer ces travailleurs informels dans le marché.

Ceci est crucial, d'autant plus que 120 000 nouveaux jeunes accèdent au marché du travail chaque année. Et avec un taux de croissance entre 3 et 4%, seuls 50 000 nouveaux emplois sont créés, restent donc quelques 70 000 jeunes tunisiens au chômage. Les sondages montrent que près de 90% des jeunes Tunisiens rêvent d'aller travailler à l'étranger, passant de 25% il y a 20 ans. (Pas étonnant que Afek Tounes s'attaque à ce problème de façon si agressive - 60% des sympathisants du parti ont moins de 35 ans.)

"Nous vivons une évolution, et non une révolution ... la révolution s'est passé avec mon grand-père dans les années 1950," Mériem dit et en fait, l'histoire nous enseigne que les choses ont tendance à s'aggraver avant de s'améliorer après une révolution. Sans aucune exception, elle crée un vide administratif et politique en attendant que le pluralisme puisse s'affirmer. Dans le cas tunisien, la coopération continue et soutenue avec les Etats-Unis et l'Union européenne sur le plan sécuritaire doit à tout moment être une priorité. La Tunisie ne le comprend que trop bien, et la décision du Premier ministre Jomaa de mettre une visite en Algérie sur le haut de son agenda international peu après sa nomination était la bonne décision, car les deux pays ont dénoncé l'extrémisme et sont alliés dans la lutte contre le terrorisme.

Meriem est une femme sage. Un ardent défenseur des femmes qu'elle souhaite voir plus impliquées dans le monde politique et des affaires en Tunisie, elle sait comment inspirer les femmes à travers le pays, en leur disant: "Vous êtes le gouverneur, le gestionnaire dans votre maison, vous êtes le ministre de la santé, de l'éducation, du transport..." "Elles partent toutes inspirées avec une vision claire qu'elles peuvent faire une différence non seulement à la maison mais en dehors aussi », rapporte-elle.

Et en effet, il y a beaucoup de choses qui devraient inspirer les tunisiens et les rendre fiers. La nouvelle constitution, approuvée au mois de Janvier 2014, garantit la parité entre hommes et femmes dans la vie publique, une garantie que nombreux pays européens n'ont pas encore (sans mentionner les Etats-Unis!). Il y a, comme toujours, moyen d'amélioration - comme l'article 56 du Code du statut personnel, interdisant aux femmes qui se remarient d'avoir la garde des enfants du mariage précédent. Mais comme l'a dit Mériem, déjà dans les années 1950, les droits des femmes en Tunisie étaient en avance même par rapport aux pays occidentaux comme la Belgique ou la Suisse. De plus, encourager les femmes à jouer un rôle actif dans tous les segments de la société tunisienne aurait de avantages économiques supplémentaires.

La Tunisie a aussi récemment levé un obstacle à la construction d'une démocratie inclusive en refusant des restrictions sur les participants aux prochaines élections, laissant les électeurs décider qui les représenteront dans les années à venir. Comme dans n'importe quel autre pays, la campagne politique et la lutte pour chaque vote sera féroce en Tunisie cet automne, lors des élections législatives et présidentielles programmées, et diverses alliances et allégeances seront faites et cassées. Un certain nombre de partis politiques ont des luttes internes graves, diverses factions essayant de s'imposer en chefs de leurs partis.

Ceci est relativement très positif, un témoignage du dynamisme de la démocratie tunisienne. Avec le dialogue de réconciliation nationale bien enraciné en Tunisie, nous ne doutons pas que cette grande nation puisse, s'appuyant sur son élan, entreprendre les réformes profondes à long terme nécessaires pour renforcer l'économie et le pays.

"Pour développer l'industrie, il est besoin de terres; nos lois foncières datent de 1912 et ont grand besoin d'une mise à jour. Nous devons réduire de façon significative la bureaucratie pour créer de nouvelles entreprises. Nous allons également proposer de réduire considérablement les délais pour traiter et accepter une demande d'ouverture d'une nouvelle entreprise, et si l'administration n'agit pas dans ce délai, le silence sera considéré comme consentement », a déclaré Brahim.

Avec un tel programme, il ne fait aucun doute Afek Tounes jouera un rôle majeur dans ce processus.

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Mériem Bourguiba et Yassine Brahim (Centre pour les relations transatlantiques SAIS)

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