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Le scandale d'avoir les cheveux violets

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PURPLE HAIR
Georgie Hunter via Getty Images
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Quand j'étais au primaire, dans une école publique tunisienne, ce qui était absolument indispensable, ce n'était pas mon cartable, ce n'était pas mon stylo bleu, c'était mon tablier. Ce tablier rose que je haïssais tellement n'était jamais assorti à mes chaussures et sa couleur était souvent indéfinissable à cause des traces de stylos que moi et mes amis y laissaient. Je ne faisais pas exprès de le salir, mais mes amis pensaient qu'ils me rendaient service en y marquant leurs noms.

Maintenant, je me dis que le fait de porter un tablier est vraiment fabuleux. Il y a une sorte d'hymne à l'égalité par le fait que chacun cache la valeur de sa tenue aux autres pendant les heures où tout le monde est confronté aux mêmes conditions, au même ennui et au même divertissement (que chacun recevra à sa manière).

Dans mon actuel lycée français, on ne porte pas de tablier. Le tablier, je m'en rends compte maintenant, m'aurait épargné une immense perte de temps et d'effort.

Sauf que quand je dis qu'on ne porte pas de tablier au lycée, on croit souvent que c'est une liberté extraordinaire. Mais avec une liberté viennent des limites. C'est pourquoi il en va de soi qu'on nous interdise:

- Les jeans déchirés
- Les shorts
- Les t-shirt sans manches
- Les jupes/robes
- Les piercings

Et la liste est encore longue. En résumé, on a le droit de porter un jean et un t-shirt demi-manches ou manches longues. Ah et des chaussures. On n'a pas le droit d'oublier nos chaussures.
Et je suis totalement d'accord! Sur le fait de ne pas oublier ses chaussures, et pour les interdictions qu'on nous met. Parce que le fait de tolérer un peu de nudité de la part du lycée ne lui apporte pas de reconnaissance de notre part, nous, élèves, mais seulement plus de nudité. Et tout franchement, je ne pense pas qu'on va au lycée pour montrer ses vêtements, mais pour étudier, discuter, et éventuellement faire un petit somme en cours de philo (en tout cas, c'est ce que je sais de mon expérience personnelle). Et puis, si on est un/une fashionista (ce qui n'est pas le cas pour moi), on peut s'exprimer sans, disons, "porter outrage" à la direction. Et on peut s'exprimer en dehors du lycée: on peut toujours se plier au règlement en semaine et porter le moins de tissu possible les week-ends.

Disons juste que je suis d'accord sur beaucoup de points avec les lois de la direction.
Et puis un jour, quelqu'un entre au lycée avec les cheveux violets, et on lui dit qu'il faut enlever la teinture. Et là, je me dis, WTF?

C'est une chose d'imposer quelque chose inscrite dans le règlement, c'en est une toute autre d'imposer quelque chose qui ne soit pas règlementaire et de - en plus - insister que ça l'est.
Une couleur de cheveux ne peut apporter aucun manque de respect ni indécence. Ce n'est pas non plus un signe distinctif religieux qui pourrait amener des débats à n'en pas finir. Donc, encore une fois, WTF?

Ce qui est dérangeant aussi, c'est qu'une teinture, ce n'est pas un vêtement, on ne peut pas l'enlever pour aller au lycée et la remettre au dehors. On doit se plier aux règles du lycée quand elles ne piétinent pas notre vie personnelle, mais là, c'est une limitation d'une liberté individuelle en dehors du lycée. D'accord on n'a pas une totale liberté quand on sort du lycée non plus, mais ce n'est pas la peine d'interdire le peu de choses auxquelles on a encore droit. Il ne manquait plus qu'on nous dicte comment coiffer nos cheveux. Si je ne me trompe pas, on n'est ni en prison ni en Corée du Nord.

C'est toute une personnalité que cette limitation risque de détruire. Je le dis sans un soupçon de doute, une couleur de cheveux pourrait bouleverser la vie de quelqu'un, demandez à Hannah Montana.

Je pense qu'on connait tous le sentiment de renaissance et de fraicheur qu'on a quand on se coupe les cheveux, le sentiment d'être une toute autre personne, le sentiment de "nouvelle tête, nouvelle vie". Le sentiment d'avoir droit à un nouveau départ.

Moi même, chaque six mois, j'ai une envie urgente de faire un tie & dye bleu. Et à chaque fois, je n'ai pas le courage de le faire parce que j'ai peur que ça ne m'aille pas. Bon d'accord, la vraie raison c'est que j'ai la flemme de prendre autant soin de mes cheveux. Des cheveux teintés demandent beaucoup plus de soins que des cheveux naturels, et Dieu sait que je ne suis absolument pas le genre de personne à apprécier les salons de coiffure. Ou le bruit des sèche-cheveux. Ou la pression d'un élastique pour cheveux. Ou la douleur d'un peigne. Ou le temps perdu à arranger ses cheveux à l'aide de ses mains devant un miroir. Ma mère, à qui j'ai lu le brouillon de cet article me demande de m'arrêter là pour qu'on ne me prenne pas pour une hippie.

Ceci dit, maintenant qu'on m'interdit la teinture, c'est fou comme ça devient encore plus attrayant.

Le fait que je prenne la teinture tellement au sérieux montre d'autant plus que c'est quelque chose qui a un grand impact dans la vie de quelqu'un, qu'il soit positif ou négatif.
Et ce quelqu'un aux cheveux violets a fait un choix personnel important qui changerait sa vie si on le lui interdisait.

Je ne blâme pas l'administration, je blâme le règlement auquel elle obéit, qui, apparemment, est sous une version différente de celle qu'on nous distribue chaque année. Il n'y a aucune interdiction à la teinture dans le nôtre. Et, à mon avis, ce n'est pas le nôtre qui a besoin d'une mise à jour.

Et je me dis que, de tous les mots qui ont été prononcés part rapport à cette interdiction, de toutes les protestations, les "non" définitifs, les "c'est la vie" de la part de la direction, la meilleure chose que j'ai entendu c'est:

"Je porterai un bonnet pendant toute l'année et je ne changerai pas mes cheveux"!
- lycéen(ne) aux cheveux violets

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