LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Sarra Chamam Headshot

Jérusalem ou la loi du plus fort

Publication: Mis à jour:
VIEW OF JERUSALEM
THOMAS COEX/AFP/Getty Images
Imprimer

C'est une chose très particulière que d'assister à ce qui sera écrit dans les livres d'Histoire-Géographie dans quelques années.

CHAPITRE 3: Le conflit israélo-palestinien

L'ancienne Israël
Le terrorisme arabe
La victoire Israélienne

On y parlera du massacre d'israéliens et on évitera/censurera/détruira toute mention du mot "Palestine" comme le fait si bien Donald Trump dans son discours, en répétant sans cesse "Israël et les palestiniens", comme si c'étaient les palestiniens qui n'avaient pas de pays et qui vivaient éparpillés dans des pays différents et les israéliens qui avaient un pays tranquille et qui ont reçu une nouvelle population dans leur territoire. La PALESTINE a apparemment, pour le président Trump, le même statut que Voldemort : le-pays-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

On trouve souvent que le monde progresse, on écrit l'Histoire pour éviter de refaire les erreurs du passé, mais à part l'invention de l'IPhone ou la sortie de la saison 6 de Game of Thrones, il n'y a pas beaucoup de choses qui nous différencient des hommes/femmes des cavernes. On s'entretue encore pour la survie dans quelques parties du monde, les hommes sont toujours les chefs de famille, et la loi du plus fort s'applique toujours aussi sévèrement, que ce soit à partir d'une force physique dans le cas du sexisme, ou d'une force immatérielle dans le cas du règne de l'hégémonie américaine sur les autres pays du monde: la dictature du pays de la liberté.

Un exemple très simple peut montrer que, oui, on a changé, mais que ça ne veut pas dire qu'on ait progressé:

Voilà donc le mode d'emploi pour s'approprier un territoire au XIX siècle:

  • Rassemblez une armée
  • Attaquez-vous au territoire voulu
  • Faites-lui la guerre
  • Si vous avez l'armée la plus forte, criez victoire

Et voilà le mode d'emploi pour s'approprier un territoire aujourd'hui (deux méthodes):

Méthode nº1:

  • Instillez une idéologie extrémiste à la moitié de la population qui occupe le territoire voulu
  • Laissez les deux moitiés se faire la guerre
  • Placez un chef qui vous est loyal puisque personne ne fait attention à qui est placé en haut quand on est aveuglé par le brouillard du chaos en bas

Méthode nº2:

  • Faites la guerre à un pays
  • Soyez en très bon termes avec un des deux pays les plus forts au monde
  • Laissez un des deux pays les plus forts au monde décider que ce territoire est le vôtre

Quel que soit l'ère où on opère, une seule loi est suivie: la loi du plus fort.

Quand je dis que c'est une chose particulière que de vivre l'Histoire, je veux dire que c'est une chose affreuse. Parce que malheureusement, on ne change pas forcément l'Histoire en la vivant, il faut être le plus fort pour le faire. On ne choisit pas qui écrit l'Histoire, le plus fort l'écrit. Moi, être faible qui veut étudier les sciences de la vie et non pas celles de la politique, les sciences des faibles au lieu de celles des forts, n'aura pas droit à une virgule dans un livre d'Histoire. Les enfants palestiniens auront droit à beaucoup de phrases dans des articles mais tout au plus à une seule dans un futur livre d'Histoire. Le reste des 600 pages sera dédié à l'Histoire de l'économie d'un pays bien plus puissant. La carte à la fin du livre a déjà effacé le nom "PALESTINE" et l'a remplacé avec un autre.

Ne pas prononcer le nom PALESTINE est signe de non-reconnaissance de l'existence même de ce pays. Mais éviter de prononcer un mot est aussi le signe qu'on a peur du propriétaire de ce nom, c'est ce qu'on fait avec les noms des dictateurs ou le cancer, car, comme le dit si bien Dumbeldore, "La peur d'un nom ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même".

PALESTINE, tu n'es pas inexistante, tu es intimidante.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.