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Aux lycéens qui nous écrabouillent les pieds avec leurs voitures

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CAR ALONE HIGHWAY
Bob Strong / Reuters
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Il y a un phénomène qui s'est assez répandu depuis que les natifs de 1999 ont commencé à fêter leurs 18 ans - ou peut-être qu'il n'est pas plus répandu mais que je m'en suis seulement rendu compte maintenant que ceux qui y participent sont mes amis. Ce phénomène, c'est les lycéens qui roulent sur les pieds des autres.

J'ai assisté à deux cas cette année seulement. L'un d'eux était presque comique. Voilà exactement deux raisons qui expliquent pourquoi cet acte affreusement irresponsable m'a presque fait rire:

La voiture: une immense Mitsubishi.
La fille: 48 kg.
Et voilà une troisième raison: elle n'a eu qu'une sensation de brûlure au pied.
Morale de l'histoire: suivre l'exemple de cette fille et toujours - toujours - porter des Doc Martens.

Le fait est que les adolescents ne sont pas de très bons conducteurs. Le conducteur de la Mitsubishi lui-même monte sur le trottoir pour éviter la circulation et prend la rue en sens contraire. Sa réponse à son crime - ou plutôt "habitude" -: "il n'y a pas de trottoir pour moi".

Et puis je peux prendre mon exemple à moi aussi, puisque j'ai raté mon permis de conduire. Et, ironie de l'histoire, pourquoi? Parce que je suis montée sur le trottoir! Ouais, je suis vraiment un exemple à suivre.

Pour ma défense, ce n'était pas vraiment ma faute; c'était la faute du concepteur du trottoir. Non, vraiment. Qui conçoit un trottoir à angle parfaitement droit dans un tournant? Il devrait être arrondi pour que les braves conducteurs qui suivent les règles et prennent un tournant à droite serré comme il est conseillé NE MONTENT PAS DESSUS.

Bref, en résumé, si les adolescents comme moi et le propriétaire de la Mitsubishi ne mettaient pas les mains sur le volant, la population humaine serait probablement plus en sécurité.

Je ne sais même pas pourquoi je prends la peine d'apprendre à conduire. J'ai un vélo que je n'ai jamais utilisé qui m'attend dans le garage. Ça me ferait du sport de l'utiliser et même si je piétine quelqu'un avec, ce ne serait pas très grave. Je ne comprends pas cette fascination qu'on a à vouloir une voiture. Conduire, c'est pas si magique que ça, en fin de compte. C'est seulement stressant. Maintenant, au lieu de faire des cauchemars avec des esprits qui hantent ma chambre ou Demi Lovato sans cheveux, je rêve de piétons qui marchent lentement sur la chaussée alors que le trottoir est vide.

Mais ce ne sont pas juste les pertes humaines et matérielles que je risque de causer qui me font peur. J'ai peur d'une chose banale et inévitable: grandir.

Avoir le permis c'est comme préparer son VISA en avance avant de prendre un billet d'avion.

Chacun de nous s'en ira quelque part, pour étudier quelque chose, pour travailler, pour peut-être se marier et fonder une famille et dans pas longtemps, on se préoccupera du fait que c'est maintenant lycéen-junior-nouvelle-génération qui risque d'écrabouiller les pieds de la population humaine. Je ne me sens pas prête à faire tout ça. Je ne me sens pas prête à céder ma place. Pourtant, mon pied semble tout le temps appuyer sur l'accélérateur contre mon gré. Et il me semble qu'on passe à la cinquième vitesse ces temps-ci. Avancer est apparemment nécessaire.
Sauf que certaines personnes ici - alias, moi - ne veulent pas avancer! Je n'ai même pas l'impression d'avoir mes 18 ans d'âge! J'ai l'impression de m'être bloquée à 15 ans - et que ma taille se soit bloquée à 13. Tout le monde veut conduire, tout le monde veut faire la fête, tout le monde a hâte d'être à demain, et je me sens obligée de suivre. Mais je ne veux vraiment pas suivre.

Ça serait bien si on avait une boite de vitesse vitale avec option marche-arrière. Ou même un frein, ce n'est pas trop demander! Mais non, on doit toujours courir, toujours avancer, toujours conduire.

Sauf qu'on pourrait en créer, un frein. Un frein à toutes ces choses qui feront de nous des adultes. On pourrait choisir de vivre au rythme qui nous plaît pour une fois. Choisir d'apprécier un film pour enfant, choisir de porter des vêtements des années 80, choisir de lire un Jane Austen avec un café bien fort.

Alors, à ceux qui disent que mes blagues sont enfantines - donc à tous ceux qui me connaissent - elles ne sont pas enfantines: elles sont à mon rythme. Mais, d'accord, elles sont débiles parfois, je vous l'accorde. C'est juste que j'ai roulé à 30 km/h pendant toute ma vie alors que j'étais sur une autoroute.

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