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Discours d'investiture de Youssef Chahed: Un discours de vérité en rupture avec le passé

Publication: Mis à jour:
YOUSSEF CHAHED
Zoubeir Souissi / Reuters
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Je viens de regarder, dans le détail le discours d'investiture de Youssef Chahed, et je suis très agréablement surprise même si j'avais déjà un à priori favorable vis à vis de lui. Un discours donc en rupture totale avec le discours politique et institutionnel en Tunisie.

Un discours de vérité vs une langue de bois dont on nous a gavés pendant 27 ans au moins.

Un discours accessible aussi, prononcé dans un parler tunisien de tous les jours qui véhicule un message de proximité vis à vis des citoyens, parsemé (et c'est là la petite trouvaille stylistique) de la citation d'expressions littéraires et de métaphores coraniques savamment distillées.

Un discours qui se veut pédagogique. La reformulation d'une idée est quasi systématique. Et c'est tout à son honneur, l'objectif manifeste étant la mémorisation du message.

Un discours clair, cohérent et surtout complet. Tous les sujets qui fâchent ou presque sont abordés. Le Premier ministre reprend à son compte et avec intelligence le diagnostic fait par l'opinion publique. Et en le faisant, il cherche manifestement à gagner l'adhésion du plus grand nombre et non pas seulement les députés de l'ARP.

Un discours audacieux parce qu'il ne s'est pas privé de lancer quelques piques en direction de ceux qui ont recruté, à tout va dans l'administration et dans le secteur public, entre 2012 et 2013 (suivez mon regard). Mais aussi en direction des ministres de la finance précédents qui ont engagé le pays dans la spirale de l'endettement : "C'est nous qui sommes allés voir le FMI et non pas le FMI qui est venu nous chercher". Slim Chaker et d'autres ministres de la Finance doivent apprécier.

Un discours qui souffle le chaud et le froid en ce sens où il pointe du doigt les vraies causes de la crise (une économie à l'arrêt, des grèves à répétition, une machine de la production bloquée, à Gafsa notamment, une corruption record et un taux d'endettement sans précédent). Ces causes, ajoute-t-il, si elles ne sont pas réglées au plus vite, nous conduiront tout droit dans une politique d'austérité.

Un discours enfin de responsabilisation des citoyens (pollution de la ville et de l'environnement et participation à la corruption ordinaire). On est loin du discours mensonger et rassurant ("Dormez bonne gens").

Enfin une gestuelle bien travaillée au point d'apparaître comme spontanée, naturelle. On est loin des ronds de manches exagérés d'un Mohsen Marzouk lors du congrès de Machrou3 Tounès il y a un mois par exemple.

Un seul bémol: Youssef Chahed, très concentré sur la prononciation de son discours et l'enchaînement de ses idées, ne pouvait pas voir le mouvement de balancier que faisait son corps. Un mouvement qui pouvait trahir certes des petits signes de stress. Mais nul n'est parfait.

La fin du discours, où j'ai pu déceler des accents sarkozyens (dans la voix et la dans gestuelle) s'est terminée par une ovation largement méritée.

Tout mon soutien personnel à ce nouveau Premier ministre qui a brillé en termes de communication et de prise de parole, comparé surtout à ses prédécesseurs. Il reste maintenant les résultats.

A suivre.

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