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Le "Saffah" de Nabeul: L'histoire sordide d'un tueur en série

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Capture écran/Youtube
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Cette semaine, l'histoire du "Saffah de Nabeul" -le tueur en série de Nabeul- revient à l'ordre du jour lors de l'émission "Klem Ennes" sur la chaine "Al Hiwar Ettounsi".



On reçoit sur le plateau Rabaa Safi, co-scénariste de "l'ange de la mort" un long métrage proposé par le réalisateur Karim Ben Rhouma pour adapter cette histoire vraie au cinéma.

"L'ange de la mort" racontera l'histoire de Naceur Damergi qui a violé puis assassiné 14 personnes, majoritairement des enfants, et qui a été le dernier condamné à mort dont on a exécuté la peine en Tunisie (1990).

La légende raconte que le "Saffah" de Nabeul avait agonisé près de 14 minutes avant de rendre l'âme. Ceux qui nourrissent ce mythe semblent trouver une certaine justice divine à la torture qu'a subi un condamné par pendaison. Surtout lorsque son passage sur terre a fait 14 victimes.

Bien que l'initiative ait été vivement saluée, nous restons sur notre faim. Le tournage prendra place en 2018 et le film ne verra pas le jour de sitôt.

À l'image du "Shallat de Tunis", l'histoire du "Saffah" de Nabeul a hanté l'imaginaire de la société tunisienne pendant des décennies et son adaptation en œuvre de fiction nous permettra peut-être d'approcher autrement les événements qui ont défrayé la chronique des années 1980.

Le mystère de "Saffah" de Nabeul reste entier, 25 ans après sa mort. On ne comprend toujours pas son acte.

Les études de criminologie se multiplient depuis des siècles et personne n'a tout à fait compris comment on peut faire preuve d'autant de violence.

De ce fait, sur ce film "l'ange de la mort" pèsent de gros enjeux, notamment la manière dont on aborde l'enfance d'un tueur en série, l'empathie que cela puisse susciter, les difficultés de tourner des scènes violentes intimement liées à l'atrocité de ce personnage dont les viols d'enfants et leurs assassinats. Pour se défendre de toute empathie avec le tueur, Rabaa Safi affirme "qu'elle comprend et qu'elle n'excuse pas".

Plus tard, elle dira que cet homme n'a rien d'humain. Et pourtant il a tout d'un homme. Il a une capacité de raisonnement qui nous est propre, il souffre, il est doux et il peut aussi être violent.
Heureusement que pour produire une œuvre cinématographique, on n'a pas forcément besoin de comprendre. On l'a vu récemment dans le brillant film "Cruel" réalisé par Éric Cherrière qui nous conte l'histoire et le mode opératoire d'un tueur en série.

«Je comprends mais je n'excuse pas".
Rabaa Safi, Co-scénatrice du film "L'ange de la mort"

André Malraux dira tout le contraire: "pour juger, il faut comprendre. Et lorsqu'on a compris, on ne juge plus". Jusque-là, le monde a jugé et personne n'a compris.

Personne n'a compris pourquoi on décide de donner la mort et pourtant ceux-là même estime qu'il est bon de donner la mort parce qu'on a tué.

La peine pour ce genre de criminels est au cœur de l'histoire du meurtrier de Nabeul. D'une part, la rétribution semble justifier la peine qu'il a eue, à savoir la peine de mort. D'autre part, les familles des victimes ne semblent pas être apaisées 25 ans plus tard. La justice a estimé que Naceur Damergi était perdu, qu'il ne pourra plus jamais réintégrer la société et retrouver sa bonté d'homme civil. La peine capitale n'a pas l'ambition de corriger le coupable. Il n'y a pas de vie après avoir tué. C'était le cas pour le Tueur de Nabeul. Pourtant, on donne un droit à la vie à celui qui tue le tueur.

Selon Le livre "le syndrome de Seliana", Avant 1991, toutes les exécutions se faisaient à la Prison du 9 avril. C'était Am Hmed, un ancien fonctionnaire de la compagnie de Bus qui assurait l'exécution des condamnés. En 1987, Am Hmed est parti à la retraite et c'est Am Hassen qui a pris la relève, on lui a proposé la charge de la corde, assortie d'une indemnité de 20 dinars tunisiens par tête qui sera portée plus tard à 150 dinars. Am Hmed était celui qui a tué le tueur. Am Hmed était un commis de l'État. Il avait, par procuration, le droit de tuer. L'État ne semble pas avoir vu l'absurdité de l'acte de tuer lorsque c'est lui qui juge bon de tuer.

L'histoire de Naceur Damergi est au cœur d'une vieille querelle philosophique entre Rousseau et Hobbes. La scénariste Rabaa Safi semble partisane de la thèse de Jean-Jacques Rousseau, celle qui estime que tous les hommes sont nés bons, c'est plutôt la société qui les dépravent. En outre, l'histoire de l'humanité nous fait plutôt pencher du côté de Hobbes. Ce dernier estime que les hommes sont constamment en état de guerre. Ils sont violents et égoïstes et il leur faut un pouvoir capable de faire la loi pour maintenir la paix sociale.

Pouvons-nous alors affirmer que nous avons en nous la mort et le meurtre et que les codes sociaux nous poussent à cadrer ces pulsions et essayer de les anéantir? Ou sommes-nous plutôt de gentils hommes jusqu'à ce que notre vécu nous pousse à tuer?

Jusque-là, personne n'a réussi à trancher la question peut être que le film "L'ange de la mort" nous apportera quelques réponses.

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