Sarah Benali
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Juriste en Droit international et européen spécialisée en Justice pénale internationale. Je suis passionnée de l'actualité politique et juridique nationale et mondiale et plus spécialement celle concernant les droits humains et l'écologie.

Les articles de Sarah Benali

Le "Saffah" de Nabeul: L'histoire sordide d'un tueur en série

(0) Commentaires | Publication 14 décembre 2017 | 05h19

Cette semaine, l'histoire du "Saffah de Nabeul" -le tueur en série de Nabeul- revient à l'ordre du jour lors de l'émission "Klem Ennes" sur la chaine "Al Hiwar Ettounsi".



On reçoit sur le plateau Rabaa Safi, co-scénariste de "l'ange de la mort" un long métrage proposé par le réalisateur Karim Ben Rhouma pour adapter cette histoire vraie au cinéma.

"L'ange de la mort" racontera l'histoire de Naceur Damergi qui a violé puis assassiné 14 personnes, majoritairement des enfants, et qui a été le dernier condamné à mort dont on a exécuté la peine en Tunisie (1990).

La légende raconte que le "Saffah" de Nabeul avait agonisé près de 14 minutes avant de rendre l'âme. Ceux qui nourrissent ce mythe semblent trouver une certaine justice divine à la torture qu'a subi un condamné par pendaison. Surtout lorsque son passage sur terre a fait 14 victimes.

Bien que l'initiative ait été vivement saluée, nous restons sur notre faim. Le tournage prendra place en 2018 et le film ne verra pas le jour de sitôt.

À l'image du "Shallat de Tunis", l'histoire du "Saffah" de Nabeul a hanté l'imaginaire de la société tunisienne pendant des décennies et son adaptation en œuvre de fiction nous permettra peut-être d'approcher autrement les événements qui ont défrayé la chronique des années 1980.

Le mystère de "Saffah" de Nabeul reste entier, 25 ans après sa mort. On ne comprend toujours pas son acte.

Les études de criminologie se multiplient depuis des siècles et personne n'a tout à fait compris comment on peut faire preuve d'autant de violence.

De ce fait, sur ce film "l'ange de la mort" pèsent de gros enjeux, notamment la manière dont on aborde l'enfance d'un tueur en série, l'empathie que cela puisse susciter, les difficultés de tourner des scènes violentes intimement liées à l'atrocité de ce personnage dont les viols d'enfants et leurs assassinats. Pour se défendre de toute empathie avec le tueur, Rabaa Safi affirme "qu'elle comprend et qu'elle n'excuse pas".

Plus tard, elle dira que cet homme n'a rien d'humain. Et pourtant il a tout d'un homme. Il a une capacité de raisonnement qui nous est propre, il souffre, il est doux et il peut aussi être violent.
Heureusement que pour produire une œuvre cinématographique, on n'a pas forcément besoin de comprendre. On l'a vu récemment dans le brillant film "Cruel" réalisé par Éric Cherrière qui nous conte l'histoire et le mode opératoire d'un tueur en série.

«Je comprends mais je n'excuse pas". Rabaa Safi, Co-scénatrice du film "L'ange de la mort"

André Malraux dira tout le contraire: "pour juger, il faut comprendre. Et lorsqu'on a compris, on ne juge plus". Jusque-là, le monde a jugé et personne n'a compris.

Personne n'a compris pourquoi on décide de donner la mort et pourtant ceux-là même estime qu'il est bon de donner la mort parce qu'on a tué.

La peine pour ce genre de criminels est au cœur de l'histoire du meurtrier de Nabeul. D'une part, la rétribution semble justifier la peine qu'il a eue, à savoir la peine de mort. D'autre part, les familles des victimes ne semblent pas être apaisées 25 ans plus tard. La justice a estimé que Naceur Damergi était perdu, qu'il ne pourra plus jamais réintégrer la société et retrouver sa bonté d'homme civil. La peine capitale n'a pas l'ambition de corriger le coupable. Il n'y a pas de vie après avoir tué. C'était le cas pour le Tueur de Nabeul. Pourtant, on donne un droit à la vie à celui qui tue le tueur.

Selon Le livre "le syndrome de Seliana", Avant 1991, toutes les exécutions se faisaient à la Prison du 9 avril. C'était Am Hmed, un ancien fonctionnaire de la compagnie de Bus qui assurait l'exécution des condamnés. En 1987, Am Hmed est parti à la retraite et c'est Am Hassen qui a pris la relève, on lui a proposé la charge de la corde, assortie d'une indemnité de 20 dinars tunisiens par tête qui sera portée plus tard à 150 dinars. Am Hmed était celui qui a tué le tueur. Am Hmed était un commis de l'État. Il avait, par procuration, le droit de tuer. L'État ne semble pas avoir vu l'absurdité de l'acte de tuer lorsque c'est lui qui juge bon de tuer.

L'histoire de Naceur Damergi est au cœur d'une vieille querelle philosophique entre Rousseau et Hobbes. La scénariste Rabaa Safi semble partisane de la thèse de Jean-Jacques Rousseau, celle qui estime que tous les hommes sont nés bons, c'est plutôt la société qui les dépravent. En outre, l'histoire de l'humanité nous fait plutôt pencher du côté de Hobbes. Ce dernier estime que les hommes sont constamment en état de guerre. Ils sont violents et égoïstes et il leur faut un pouvoir capable de faire la loi pour maintenir la paix sociale.

Pouvons-nous alors affirmer que nous avons en nous la mort et le meurtre et que les codes sociaux nous poussent à cadrer ces pulsions et essayer de les anéantir? Ou sommes-nous plutôt de gentils hommes jusqu'à ce que notre vécu nous pousse à tuer?

Jusque-là, personne n'a réussi à trancher la question peut être que le film "L'ange de la mort" nous apportera quelques réponses.

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(0) Commentaires | Publication 26 novembre 2017 | 23h53

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L'esclavage en Libye: La résultante de la politique migratoire

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La "maison de Hbiba Msika" à Testour ne s'appellera plus ainsi: Retour sur la vie de la diva tunisienne

(0) Commentaires | Publication 3 octobre 2017 | 02h45

Suite au message alarmant de l'avocat Ramzi Jebabli concernant le changement de nom de la maison de Hbiba Msika à Testour, la société civile avait relayé l'information selon laquelle il y a une intention délibérée de la part du directeur de l'établissement de travestir l'histoire par conservatisme.

Maitre Ramzi Jebabli avait alors affirmé que cette maison a été construite par l'amant de la starlette dans les années 20 et qu'elle y est morte en 1930.

Grâce au livre de l'historienne Sophie Bessis "Les valeureuses: Cinq Tunisiennes dans l'Histoire", le film de Salma Baccar "la danse du feu" et le documentaire de Sarah Benillouche "Ciao Hbiba!", nous allons pouvoir revenir sur le parcours de cette figure du 20ème siècle et vérifier l'exactitude de ces affirmations.

Enfant d'une dynastie musicale, Hbiba Marguerite Msika est née d'un père violoniste. Elle est la nièce de Kheilou Esseghuir et de Leila Sfez. L'enfant de la Hara, le quartier juif de la ville de Tunis, elle sera vouée à un avenir prometteur. Son rêve était de devenir "tragédienne".

Si sa mort a définitivement lié son nom à un destin tragique, sa courte existence a été couronnée de succès.

Musicienne, chanteuse, actrice et danseuse, dès ses vingt ans, Hbiba Msika fut la star de l'époque. Dès son plus jeune âge, elle a fréquenté les grands artistes de l'époque.

À 17ans, elle travaillait déjà au cabaret de sa tante Leila Sfez, elle assurait les premières parties des artistes, chantait au casino de Tunis et dans les salles de la Marsa. Elle apprend à jouer du Luth grâce à Acher Mezrahi, le célèbre poète compositeur, qui l'a pris sous son aile. Une rencontre décisive avec Hassan Banane lui permettra, plus tard, d'interpréter les chansons d'Oum Kolthoum et d'Abdelwahab, malgré son accent prononcé et son incapacité à lire la langue arabe.

Elle retrouvera les planches avec Mohamed Bourguiba, le frère ainé de Habib Bourguiba, qui a fondé la troupe de théâtre "al-shahaama al-adabya" en 1910. Ça sera lui qui l'aidera à se défaire de son accent de la Hara. Avec l'aide de son frère Mahmoud, il va lui permettre de décrocher ses premiers rôles au théâtre. On lui retranscrirait les textes arabes en lettres latines pour qu'elle puisse jouer Shakespeare et Molière. On raconte même qu'elle a joué avec Habib Bourguiba en 1923, à Monastir, dans une pièce de Victor Hugo.

Quelques années plus tôt, le futur président de la première République tunisienne traduisait la pièce de Victorien Sardou, "Patrie!" que notre Hbiba jouera sous la direction de Mohamed Bourguiba. L'interprétation de "Patrie!" lui a valu une nuit en prison pour avoir soutenu la cause nationale.

"Hbiba Msika était extrêmement populaire, c'est une chanteuse de son époque mais elle n'a pas été considérée comme une grande voix par les musicologues des années 20, on pensait que sa tante, Leila Sfez avait une plus grande voix que Hbiba Msika". Entretien avec Sophie Bessis sur RTCI

On racontera plus tard que Hbiba Msika provoquait chez les conservateurs une colère noire en interprétant des rôles masculins tel que le personnage biblique de Joseph. Les milieux conservateurs l'accuseront d'avoir insulté l'Islam, parce que femme et juive, elle incarnait un prophète.

"Hbiba Msika est considérée comme l'une des plus grandes tragédiennes de son temps. Malheureusement, on n'en garde aucune trace. Or les années vingt en Tunisie sont des années absolument passionnantes, au niveau du théâtre. Le théâtre tunisien est d'une richesse, d'une variété... quand on pense à l'époque que tout le théâtre classique européen était traduit en arabe, était joué en arabe... c'était un art populaire". Entretien avec Sophie Bessis sur RTCI

Hbiba Msika était, de fait, l'aimée de tous. Ses admirateurs feront d'elle une diva, et l'un d'eux finira par la tuer. Ses "soldats de la nuit" -Asker Ellil- sa garde dont elle ne se séparera jamais, ne réussiront pas à l'arracher de la mort.

On lui prêta plusieurs amants, dont le chanteur Irakien Mohamed Kabandji et le poète Chedly Khaznadar. On prétend même qu'elle avait une liaison avec un membre de la famille beylicale dont on méconnait l'identité.

Celui qui mettra une fin à la vie de l'impératrice des songes portera le nom de Liahou Ben David Meimouni, un commerçant de soixante-dix ans, originaire de la ville Andalouse de Testour.

Épris d'elle, Meimouni dépense une fortune pour satisfaire les désirs de sa bien-aimée: il lui paie ses voyages à Berlin où elle avait l'habitude d'enregistrer ses chansons, il couvre les dépenses de ses tournées en Algérie, au Maroc, en Égypte, en France et en Italie. Il va même lui construire la maison qu'on connait aujourd'hui sous le nom de "la maison de Hbiba Msika" à Testour. Elle n'y mettra jamais les pieds, Hbiba Msika résidera au 22 rue Alfred-Durand-Claye/ Rue Borj Bourguiba jusqu'à sa mort.

Au fil des années, elle fréquentera un certain Raoul Merle, un français catholique, qu'elle décidera de prendre pour époux. Meimouni en devient fou et commettra l'irréparable la nuit du 21 février 1930 lorsqu'il se faufilera dans sa chambre, l'aspergera d'essence et y mettra le feu. Il s'immolera avec elle.

Hbiba Msika rendra l'âme le 22 février à la clinique de la rue Courbet et ainsi, deviendra une immortelle, grâce à son œuvre dissidente, son histoire romancée et son admirateur qui lui ôta la vie.

Si la maison, appelée à tort "la maison de Hbiba Msika" n'est que le cadeau empoisonné d'un prétendant rejeté par la starlette, elle symbolise l'amour unilatéral, abusif et passionnel. Cet amour qui tue et qui a éteint définitivement la perle de l'orient.

Rien que pour faire perdurer la légende de notre "Sultane", les détracteurs de l'initiative du directeur de la maison de la Culture s'opposent farouchement à la modification du nom de la maison Msika et appellent à la révision de cette décision.

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Retour sur l'agression de Afraa Ben Azza &Co dans la ville du Kef

(0) Commentaires | Publication 21 septembre 2017 | 01h34

Lorsque Max Weber, avait théorisé la "violence légitime", selon laquelle l'État devient dépositaire, par délégation, du monopole de la violence physique légitime, il n'aurait pu imaginer que la mise en œuvre de ce moyen de pacification de la société, donnerait lieu à des dérives dont on est témoin aujourd'hui.

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La loi relative aux violences faites aux femmes est-elle discriminatoire?

(0) Commentaires | Publication 29 juillet 2017 | 12h30

Après l'euphorie de jeudi à l'Assemblée des représentants du peuple, on a été vite ramené à la réalité par un certain nombre de propos de circonstance. Cette réforme pénale est bien, certes, mais, nous pouvons faire mieux. On évincera dans ce commentaire les propos misogynes venant des femmes comme des...

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