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Quels modèles économiques pour les médias au Maghreb?

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Y'a-t-il un modèle économique viable pour les médias en ligne? La question est ouverte depuis qu'Internet a bouleversé les rapports entre les médias et les "consommateurs" de l'information, et redéfini le rôle des journalistes, disposant désormais des mêmes outils de diffusion que leurs lecteurs.

L'information, partagée en masse et circulant à une grande vitesse sur les réseaux sociaux est devenue un "bien banal" difficile à rentabiliser et monétiser, notamment dans les pays du Maghreb.

Le Desk: Le Mediapart marocain peine à imposer son modèle

Lancé au Maroc en novembre 2015, Le Desk est un site d'information et d'investigation payant. Inspiré du français Mediapart, Le desk avait confiance en ses potentiels lecteurs. Cinq mois plus tard, leur nombre semble être en deçà des espérances pour le directeur de publication co-fondateur Ali Amar.

"Il nous faut 10 mille abonnés pour atteindre l'équilibre, aujourd'hui nous sommes à moins de 2 milles" avance-t-il au forum 4M tenu à Paris le 22 avril dernier. Bien qu'il soit encore tôt pour dresser un bilan et en tirer les conclusions, le journaliste avoue son "inquiétude" face à ces chiffres.

Il faut dire que Mediapart, site d'information dont s'est inspiré Le Desk, reste pour le moment une exception, y compris en France. Ce n'est pas juste un site d'information payant, il repose sur un "modèle de signature", analyse Patrice Schneider, Directeur de la Stratégie au MDIF, un fonds d'investissement dédié au développement des médias.

En fait, Mediapart c'est Edwy Plenel, et les gens sont prêts à payer parce que le journaliste qui porte ce média a déjà une grande carrière, une bonne réputation dans le milieu, ils font donc confiance à son travail. Evidemment, l'excellent travail et les révélations de son équipe ont permis de renforcer la crédibilité du média et faire valoir l'importance de payer l'information qu'il publie.

Ce "modèle de signature" est aussi incarné par De Correspondents aux Pays-Bas, un média lancé par une équipe de journalistes de renommé, qui a réussi à lever 1 million d'euros via une campagne de crowfunding, suivie de la souscription de 15 mille abonnés en 8 jours.

Une opération difficilement réalisable dans les pays du Maghreb, où les réseaux sociaux se sont substitués aux médias, et où l'information gratuite reste la norme, presque un droit.

L'associatif, un modèle fragile

Lancé il y a presque deux ans par une équipe de journalistes et de développeurs tunisiens, Inkydafa, est un journal en ligne d'investigation privilégiant le "long format". Il repose sur une association "Al Khatt" dont les activités et les subventions reçues permettent de financer les journalistes.

"30% du financement d'Inkyfada provient des subventions" affirme au 4M Paris Malek Khadraoui directeur de publication,  "le reste provient des services".

Des services réalisés par l'association comme le développement de plateforme multimédias et formations journalistiques, pour le compte d'organisations de soutien aux médias et autres ONG installées en Tunisie.

Le modèle également adopté par le média citoyen Nawaat reste fragile, surtout quand on veut consolider l'équipe de rédaction solide, et disposer des moyens nécessaires et suffisants pour bien faire son travail, notamment quand il s'agit d'investigation et de reportages, créneau privilégié par Inkyfada.

Les médias reposant sur ces modèles de financement rejettent souvent la publicité par souci d'indépendance des "puissances économiques". Ils se retrouvent toutefois épinglés par leur dépendance des bailleurs de fonds étrangers qui les financent.

La récente affaire des Panama Papers et la férocité des attaques subies par les journalistes d'Inyfdada et la remise en cause de l'intégrité de leurs enquêtes en témoignent.

La pub, jusqu'à preuve du contraire?

Les médias au Maghreb survivent pour la plupart d'entre eux grâce à la publicité. Le seul modèle qui marche pour le moment, mais qui n'est pas sans difficultés. En effet, ce modèle fait face à un concurrent de taille: Les réseaux sociaux, et plus particulièrement Facebook.

Face à l'émergence des blogs, certains médias avaient en effet adopter le "pro-am" (professionnels-amateurs) afin d'héberger les blogs et drainer du clics sur leur site tout en offrant à ses lecteurs, en plus du factuel, l'opinion des blogueurs et leurs commentaires.

Face aux réseaux sociaux, ils doivent redoubler d'innovation et de créativité. L'offre journalistique ne suffit pas pour garder les annonceurs: Contenu de marques et organisation d'événement hors médias, font désormais partie des stratégies des médias.

La course au clic et la vente de bannières publicitaires, si ce modèle est arrivé à résister quelques années, il n'est pas sans dégâts: l'information, devenue un "bien banal" d'une qualité souvent médiocre.

Alors, y'a-t-il un modèle à suivre pour les médias au Maghreb? Pas vraiment.

D'ailleurs au delà du Maghreb, il n'y a pas un "modèle" unique dans le monde qu'on pourrait adapter à tous les médias. r évolution, désormais très rapide, dépend des tendances technologiques, mais aussi des usages et du contexte propre à chaque pays et région. Avec Internet, les médias connaissent une profonde transformation et vivent une exceptionnelle mutation qui peut parfois être dure. Seuls les médias qui sauront innover survivront.

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