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Des larmes et des électrons: voici l'ère de l'inform-émotion

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Sur mon écran, depuis trois semaines, les électrons me font mal aux yeux. Explosions électro-magnétique de colère, d'indignation, de honte, de tristesse, sous la multitude, la pluie diluvienne de photos, vidéos, et autres liens d'articles et d'informations, qui ont inondé les réseaux sociaux. Cyber-tempête de points d'exclamation, d'interrogations sans réponses, de dénonciations, de problèmes soulevés insolubles, mais toujours appuyés de liens impitoyables, vers des images sanguinaires, des meurtres, des génocides, des guerres dont la seule existence nous remue les entrailles, nous empêche de retrouver la sérénité, même si le sol où nous posons nos pieds est, lui, en paix.

Comme un bruit sourd, une sirène qui résonne, aussi, à présent, dans nos vies. Il n'était pas suffisant que les hommes se battent sur certaines terres, il fallait aussi transformer Facebook, Twitter et d'autres, en guerre électronique de tranchées profilées. Sur ces réseaux, je n'ai pu finalement relever qu'un seul et unique catalyseur de l'emballement qui a contaminé la quasi-totalité de mes "amis".

Pourquoi est-on plus touché par une cause que par une autre?

Pourquoi réagit-on de manière la plus virulente qui soit?

Les images de guerre, des morts, le sang des enfants, des femmes et des hommes, ‹provoquent en nous l'émotion. Une émotion particulière, brutale et insidieuse à la fois, qui a su enflammer le web en quelques jours.

Pourquoi a t-on été plus touchés par le conflit israélo-palestinien que par un autre conflit?

Histoire ancestrale d'un attachement bilatéral à une terre biblique, déchirée entre grandes religions monothéistes. La religion, cette foi irrationnelle et intime qui a le plus souvent fait perdre les pédales à l'homo sapiens sapiens (sage, vraiment?)...

Mais, ne nous égarons pas: car c'est uniquement ce sacré catalyseur de cyber-emballement, de rage électronique, que je veux évoquer. Une nouvelle ère de l'information est née avec ces derniers conflits mondiaux: celui de l'inform-émotion.

En psychologie, l'émotion est définie comme un "trouble de l'adaptation". Face à une menace, même lointaine, nous réagissions: une solidarité-réflexe et finalement humaine s'exprime, face à cette émotion que l'on ne peut assimiler. Comment pourrait-on rester tranquillement installé derrière notre écran face à un massacre, auquel on assiste, impuissants? Un rejet, un dégoût, une indignation naissent, pour assimiler l'inassimilable.

En transmettant l'information terrible reçue, on transforme l'émotion, trop dure à digérer, en parole, en nouvelle information personnalisée, qui lui donne du sens, de la consistance. Transmettre à autrui l'horreur que l'on a ressenti, face à l'indicible.

La guerre de l'inform-émotion est née. Dans les réseaux sociaux, on se bombarde à coups d'articles contradictoires, de démonstrations appuyées et "expertisées", de vidéos et photos macabres. De commentaires tranchants en affrontements virtuels, on se bat et on débat, sous les explosions d'informations cybériques, et nos points de vue finalement pas si éloignés, souvent, se déchirent à travers les prismes intimes de nos éducations, de nos contextes culturels et religieux. Un carnage médiatique et social. Vous aviez dit "Facebook for good", Mark.

Ici, parfois presque plus de rationalité, de recherche d'en savoir plus, sur le pourquoi de tel conflit, de faits historiques et réels. L'important, l'urgence, est de se passer la patate chaude, si vous me passez l'expression.

Loin de m'exclure de ce phénomène, j'en ai été une victime. L'émotion terrassante, insaisissable, je l'ai reçue aussi, comme un ballon de rugby dans l'estomac. Cette émotion était née de notre impossibilité d'action, ô combien frustrante, face à ce que l'on considère comme le summum de l'injustice humaine, de l'odieux et l'insupportable.

Une fois la tempête d'émotions quelque peu épongée, les injustices criées et dénoncées, arrivera-t-on à trouver un nouveau terrain, virtuel ou non, sur lequel de nouvelles ondes positives et constructives pourront trouver un écho, dans nos profils assombris par ces catastrophes humaines.

Alain nous enverrait encore son refrain, que tout ce qu'on est, c'est une "foule sentimentale".

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