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Retour des terroristes en Tunisie: Sous quelles conditions?

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DJIHADISTES MAROCAINS
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La question du retour des terroristes tunisiens de Syrie en est une qui fait couler de l'encre. C'est une problématique qui, dans son essence, appelle à la réaction sentimentale, à la peur, et au refuge dans des positions radicales. Pourtant, c'est un sujet qui doit être traité en toute raison, loin des considérations émotionnelles de part et d'autre.

Certains refusent tout rapatriement, et considèrent criminel de vouloir ramener en Tunisie ces terroristes, qui après un jugement faiblard finiraient en liberté à programmer des attentats sur le territoire tunisien. D'autres, au nom des droits de l'homme et de toute la dialectique entourant ce concept usé et perméable à toutes les manipulations, voudraient que le peuple tunisien accepte sans condition que sur son territoire reviennent des concitoyens partis pour le djihad en Syrie. A première vue, il semble légitime que des titulaires du passeport national aient le droit de revenir en Tunisie, d'être jugé dans leur pays, et d'y purger leur peine s'il y a lieu. C'est un droit que certains considèrent fondamental, qui consiste à ce que tout citoyen, quels que soient ses méfaits, puisse revenir dans son pays. Mais ce n'est pas si simple. Ces personnes, souvent égarées, parfois convaincues, ont commis ou ont assisté des actes d'une violence extrême contre des citoyens d'une autre nation, la république arabe syrienne. Il est compréhensible que dans le cas de leur arrestation, la justice syrienne veuille les juger au nom des victimes sur le territoire syrien. Il est important de considérer cet aspect diplomatique des choses qui donne toute sa particularité à la situation, et dans lequel les solutions se trouvent.

Seules les autorités sur place en Syrie ont, par leur vécu, l'information nécessaire pour différencier les terroristes, entre soldats et stratèges. Il leur revient donc la responsabilité du jugement. Pour ce qui est de la condamnation, les autorités des deux pays devraient négocier et arriver à des accords qui permettent au mieux à la justice et à la sécurité d'être préservées.

Il faut séparer les ressortissants tunisiens en deux catégories, en fonction du poids de leurs actes et de leur position dans les organisations terroristes. A deux poids, deux mesures s'appliquent. Car on le sait, parmi les candidats au retour, tous ne sont pas du même acabit. Il y a les fourvoyés, les égarés qui, dans l'organisation terroriste, n'ont été que de la chair à canon que l'on manipulait. Pour autant, il ne faut pas les laisser libres, ou leur accorder seulement de petites peines, ne serait-ce que parce que la terreur a été leur quotidien, et qu'ils doivent sortir de sa logique. Pour ceux là, la diplomatie tunisienne devrait négocier avec les autorités syriennes des condamnations moins sévères et moins définitives, qui pourraient éventuellement se conclure par une peine purgée en Tunisie. Mais il y a aussi parmi ces terroristes tunisiens des cerveaux de la terreur, des stratèges et des idéologues qui ont une expérience aguerrie, et qui ne sortiront pas de la logique terroriste, puisqu'ils l'ont en partie formée. Ceux-là ne devraient pas être jugés avec le même regard que les autres. Leur jugement devrait être radical car leurs actions ont stratégiquement participé à l'installation de l'instabilité en Syrie, dans la région, et probablement même en Tunisie. Leur retour au pays n'est pas à envisager, et leur peine, quelle qu'elle soit, devra être accomplie avec les autres cerveaux du terrorisme présents en Syrie.

Il reviendrait alors deux missions cruciales au gouvernement tunisien. D'abord, comprendre le contexte de la guerre en Syrie, et accepter le véritable besoin de justice qui en ressort. A partir de cela, la négociation diplomatique pourra aboutir à deux formes de jugements et de condamnations, l'une allant aux soldats, et l'autre aux stratèges du terrorisme. L'une aboutissant à de possibles rapatriements et l'autre n'envisageant pas ce point.

Ensuite, lorsqu'il s'agira de rapatrier certains terroristes en Tunisie, les autorités tunisiennes devront organiser ce rapatriement, leur faire de la place dans les prisons encombrées et assurer qu'ils soient isolés des autres détenus. Cela implique avant toute chose de revoir les condamnations pour petits délits qui font crouler des milliers de jeunes tunisiens dans les pénitenciers, à commencer par les condamnations pour des questions de mœurs. Que ce soit pour un joint, pour homosexualité, pour avoir été saoul pendant Ramadan, la justice doit rouvrir ces dossiers, et revoir les peines de ces jeunes et moins jeunes qui ne méritent pas de partager une cellule avec des assassins. Autrement, par le même embrigadement qui a poussé à partir ceux que l'on veut rapatrier, les prisons continueront d'être des centres de recrutement et des écoles de terrorisme, comme ce fut déjà le cas il n'y a pas si longtemps.

La question n'est pas seulement de savoir si l'on doit rapatrier les terroristes, mais elle est aussi une réflexion plus profonde, plus critique pour l'avenir du pays. C'est la question de la réforme qui doit permettre de rapatrier ces terroristes dans les conditions les plus justes et sécuritaires pour les Tunisiens. Cela commence par un retour à une diplomatie responsable et négociatrice, et par la réforme d'une justice qui ne devrait pas traiter de la même manière le bon, la brute et le terroriste.

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