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Ne s'en prendre qu'à soi-même

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Après le succès du Dialogue national, le départ d'Ennahdha et la mise en place plutôt optimiste du gouvernement Jomâa, la Tunisie semble bien partie pour atteindre des élections à court ou moyen terme. Ces élections, contrairement à celles du 23 octobre 2011, ne seront pas transitionnelles, et devraient laisser place à un gouvernement ayant enfin la légitimité et le pouvoir d'accomplir des changements conséquents.

Néanmoins, bien que nous soyons sur la "bonne" voie, il semble qu'une partie importante de la population tunisienne n'est pas prête à voter. Effectivement, des élections qui auraient lieu dans les 10 à 12 mois qui suivent s'entacheraient probablement d'un fort taux d'abstention. La confiance du peuple envers les politiciens est au plus bas.

Les raisons d'un manque de confiance flagrant

Malgré les lacunes, les incompétences, et les faux pas de la troïka ces deux dernières années, rares voire inexistantes sont les voix de "l'opposition démocrate" qui en ont profité pour s'accaparer la confiance du peuple et essayer de mener la vie politique d'une autre position que celle d'opposant critique.

Tout d'abord, les querelles politicardes qui dominent la vie politique et partisane tunisienne sont révélateurs d'une bataille pour l'ascension vers le pouvoir, plus que d'une réelle culture de travail pour la Tunisie. Exemple marquant et peu glorieux, celui qui a eu lieu le jour de la mort de Mohamed Brahmi. Alors que la population alarmée par un second assassinat politique avait besoin de ralliement, d'esprit consensuel entre les partis, une centaine de membres du parti Al Jomhouri ont décidé de démissionner. Quelles que soient leurs raisons, il était quelque peu maladroit de montrer une telle désunion le jour où mourait le martyr, et que des manifestants se faisaient tabasser par la police au Bardo.

Les luttes internes et interpartites sont le lot quotidien de la vie politique tunisienne, et on ne peut blâmer le peuple de s'en dissoudre et d'en être profondément déçu. Ainsi, face aux frasques des politiciens, le peuple se rebiffe, et sera probablement absent des urnes, si les stratégies partisanes perdurent.

Ennahdha, le retour?

Face à un taux d'abstention important et des votes démocrates éparpillés entre mille et un partis, seule Ennahdha a des chances de sortir vainqueur d'éventuelles élections.

Le parti a beau être dénigré par une bonne partie des citoyens qui avaient voté pour lui, il reste appuyé par un imposant bastion de militants, qui sera présent aux campagnes électorales et aux urnes, et qui votera d'une même voie. C'est bien sur cette composante importante de leur électorat que Ennahdha devrait s'appuyer pour accéder au pouvoir, et nul ne pourra alors contester sa légitimité, et son droit démocratique à accomplir d'importants changements.

Le parti islamiste n'a plus aucun poids en terme d'accession à de nouveaux électeurs. La confiance qu'on lui accorde est aussi au plus bas, mais une tradition fortement liée aux Frères musulmans lui garde un noyau dur de votants qui pourraient profiter de la dispersion des votes pour le faire accéder au pouvoir. Un pouvoir encore une fois légitime, qu'aucune manifestation ne pourra ébranler.

Seuls fautifs

Puisque Ennahdha n'aura aucun impact sérieux sur ces élections, seules l'inaction et les stratégies inefficaces des partis anciennement d'opposition auront un effet bénéfique ou nuisible sur les chances du parti islamiste d'accéder au palais de Carthage.

Par conséquent, ces partis auront le premier rôle - bon ou pathétique - dans les prochaines élections.

S'ils perpétuent des pratiques inefficaces sans aller chercher la confiance populaire, sans se refaire une honnêteté afin de se défaire de leur image d'opportunisme et de conquêtes personnelles, ils ne pourront vraisemblablement s'en prendre qu'à eux mêmes. Si, au contraire, ils s'affublent d'une conscience politique et sociale, qu'ils puisent dans leurs compétences indubitables, et qu'ils amènent de réelles solutions aux Tunisiens, ils auront les moyens de gagner les élections.

Force est de constater que, pour le moment, un scénario semble plus propice à se réaliser que l'autre, et que les partis ont du mal à mettre de coté leurs différences afin de contrer Ennahdha, qu'ils considèrent pourtant comme étant incompétent et antidémocratique.

Que faire?

Retarder les élections semble être une solution favorable aux partis démocrates. Néanmoins, l'échéance ne doit pas être trop longue, car le temps va de pair avec l'oubli, et Ennahdha aurait le temps de se faire un blanchissement politique. Les partis démocrates doivent donc se réformer rapidement, et développer de réelles stratégies qui pourraient leur permettre d'attirer le soutien d'un peuple, pour lequel ils doivent représenter enfin une alternative.

Ainsi, bien que la Tunisie pourrait possiblement organiser des élections sous un délai relativement court, l'inaptitude actuelle des partis d'ex-opposition à réunir le peuple et recueillir ses votes est révélatrice du manque de préparation de ceux-ci.

Toutefois, dans l'hypothèse d'élections, la balle serait dans le camp de ces "démocrates" - les Nidaa Tounes, Al Jomhouri, Union pour la Tunisie, etc - dont les futures stratégies électorales, et non électoralistes, seront déterminantes pour d'éventuelles élections. Ils en ont clairement les capacités, et ont la chance d'accéder à l'histoire. Il faut croire qu'ils la saisiront.

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