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Loi 52, légale mais illégitime

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L'affaire des deux jeunes élèves de Siliana arrêtés quelques mois avant leur baccalauréat pour avoir fumé un joint appelle encore à l'indignation face à une loi qui n'a de cesse de porter l'injustice dans les foyers tunisiens.

Une loi est essentiellement légale, puisqu'elle émane des institutions dont la tâche est d'analyser, de penser et de formuler les règles qui doivent régir la société. Mais pour qu'une loi soit acceptée, pour qu'elle mérite le respect des citoyens, elle doit être légitime. La légitimité exprime la conformité d'une loi à la justice, la nation et le peuple. Une loi n'est donc pas toujours légitime. En Tunisie, la loi 52 est légale, parce qu'elle est inscrite dans le code pénal, parce qu'elle est appliquée par les forces de l'ordre, et parce qu'une jeunesse en subit les conséquences. Mais plus que jamais, la loi 52 est illégitime.

Elle est illégitime par son absurde rigidité. Parce que pour un acte non violent isolé dans la frivolité, des jeunes se trouvent privés de liberté, d'avenir, et de dignité. Elle est illégitime parce qu'elle a servi et sert encore une partie de la police comme alibi à la violence policière, à l'intimidation, à l'humiliation, même à la perversion. Comment pourrait-on définir autrement l'acharnement que mettent certains policiers à faire signer des aveux ? C'est une mentalité qui considère le châtiment, la punition comme une fin en soi, voire un absolu qui ne prend compte d'aucune circonstance.

La loi est excessive, ce qu'elle dégrade dépasse ce qu'elle résout. Des jeunes à l'avenir encore indéfini, brumeux parce qu'il en est ainsi de la jeunesse, voient tout le champ de leur possible s'effondrer pour une infraction qui n'a que peu d'incidence sur l'ordre social. Le crime ne justifie pas la sentence, le criminel ne justifie pas le bourreau. Car il ne s'agit pas d'un crime, et encore moins d'un criminel.

Que faire face à une loi qui impose l'injustice à la Justice? Il ne faut pas la changer, il faut l'abroger; et repenser complètement l'attitude de la Tunisie quant à la consommation de stupéfiants. L'alternative, sans être une légalisation, doit respecter la jeunesse tunisienne et préserver les valeurs et la culture nationales.

Et pendant que l'Assemblée discute une nouvelle loi, la loi 52 doit être suspendue. Cela éviterait que l'attentisme de nos députés porte atteinte chaque jour à l'avenir des jeunes.

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