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Chère Loubna Abidar...

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loubna abidar

Pardonne-moi, je t'ai un peu défigurée sur mon dessin. La pointe fière de ton nez, tes yeux chargés de défi et d'amertume échappent à mes doigts malhabiles.

Bref. Je t'écris ce dessin pour te remercier de faire enrager une nation haineuse, boursouflée de névroses.

J'ai assisté, catastrophée, au terrible lynchage que t'ont infligé tes concitoyens, pour avoir osé incarner, avec un rare talent, une prostituée comme il en foisonne dans notre pays.

Le monde entier le sait, désormais: une prostituée, au Maroc, ça ne s'incarne pas. Ça se b**se, ça s'abîme, ça se broie, ça ne se montre pas.

Sers-t'en comme d'un urinoir, d'un réservoir de sperme et de honte. Fais-lui bouffer ta violence et ta haine par tous les pores. Remets-la dans son étui, laisse-la macérer dedans. Puis vaque à tes occupations, l'esprit libre et l'âme légère.

Déshumanisée, chosifiée et souillée comme peut rarement l'être une femme "ordinaire", la prostituée est l'oeuvre la plus aboutie du misogyne. Mais pourquoi la cache-t-il? Pourquoi en a-t-il honte?

Chère Loubna, je te remercie de montrer à notre société patriarcale, pétrie de frustrations, son plus bel, son plus vil accomplissement. Je te remercie de lui mettre le nez dans sa pourriture. Pour le moment, elle se démène et hurle à la calomnie, à l'imposture, à la trahison. Mais un jour, elle prendra conscience de l'horrible mal qui la gangrène. Souhaitons-lui de ne pas le réaliser sur son lit de mort.

Ce ne sera sûrement pas de ton vivant.

Chère Loubna, je te souhaite d'être reconnue, acclamée et soutenue là où seul compte le talent.
Je te souhaite de gagner ce César, de publier ce livre, d'avoir moult occasions d'écorcher fièrement le français et de faire retentir ton arabe truculent.

Je te souhaite de marcher sans peur et sans honte dans la rue, comme une authentique Chelha Soussia.

Je te souhaite du courage. Je sais que tu en as, contrairement à ceux qui t'insultent ou te critiquent lâchement, mollement vautrés derrière leur ordinateur.

Je t'embrasse.

Ce billet a initialement été publié sur le blog personnel de Sana Guessous

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