LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Samira Sidri Headshot

Exaspération et grogne des enseignants contre Hassad

Publication: Mis à jour:
HASSAD
DR
Imprimer

Ma rage est celle du peuple qui refuse les amateurs avides de gloire aux projets chimériques.

Ma rage est celle des enseignants auxquels M. Hassad n'accorde aucune considération.

Ma rage est celle des élèves que le ministre prend parfois pour des cobayes de laboratoire.

Depuis sa nomination à la tête du ministère de l'éducation, Mohamed Hassad a édicté des circulaires insensées et inefficaces, s'attardant sur les vétilles au lieu de se focaliser sur l'essentiel.

Comment pourra-t-il garder sa crédibilité auprès des administrés quand il se targue, devant le parlement, que le nombre des élèves,pour la rentrée2017/2018, ne dépassera pas les 40 élèves par classe, tandis qu'en réalité, nous en avons déjà inscrit 46 sur nos listes, par classe, au collège où j'exerce? Tout, d'ailleurs, porte à croire qu'elles pourraient s'allonger en septembre.

Et quel rendement escompte-t-il des milliers de professeurs lésés et désillusionnés par le résultat catastrophique du mouvement le plus inéquitable de l'histoire, puisqu'il bat en brèche le principe de l'équité et du mérite?

Sans en appréhender les conséquences gravissimes sur le mental du corps enseignant, le ministre de l'éducation a semé le trouble et suscité des avalanches de fureur et de protestation tout à fait légitimes dans toutes les délégations du royaume, en mutant les jeunes professeurs (2 à 4 ans d'ancienneté) auprès de leurs conjoints ou parents, sans le moindre égard ou respect pour les professeurs âgés et usés par le temps. La plupart des professeurs privés de leur droit à la mutation ont cumulé en moyenne, entre 14 et 25 ans d'ancienneté et souffrent d'une navette épuisante et coûteuse que l'État n'indemnise même pas.

Il est évident, au vu du ressenti des enseignants qui enflamme la toile et les médias, et à en juger par les vagues de manifestations quotidiennes que connaissent toutes les délégations, en ce moment, que la déception et le sentiment d'injustice augurent d'une rentrée scolaire chaotique et irréversible.

Dans un pays démocratique, les enseignants ne passent pas leurs vacances dans des salles de classe aménagées en dortoir. Quoi de plus avilissant que de se sentir le maillon le plus faible et le plus méprisé dans son pays et d'être privé du droit à la dignité? Cerise sur le gâteau, le ministère vient d'exiger, dans un dernier communiqué, que les cadres administratifs et pédagogiques doivent accorder une attention particulière à leur tenue vestimentaire. Belle initiative, certes, mais on ne guérit pas une gangrène en la couvrant de talc.

Comment voulez-vous qu'un enseignant s'offre le luxe de changer sa garde-robe et qu'il soit présentable, quand l'État gèle son salaire depuis des années? Une rémunération médiocre et souvent soumise à des prélèvements injustifiés. Qui a ordonné le droit de prélever à plusieurs reprises cette année des millions de dirhams des salaires des enseignants, sans préavis et sans qu'ils soient grévistes?

Une kyrielle de questions demeure sans réponse car dans mon pays, les sans-voix ont beau interpeller les responsables, ces derniers font de la sourde oreille, la meilleure voie de la raison.

Et si, par malheur, les rumeurs qui se sont ébruitées sur les conditions de recrutement des nouveaux professeurs s'avèrent véridiques, attendons-nous à la décapitation totale de l'école publique. Confier des élèves à des professeurs contractuels, sans formation pédagogique et n'ayant pas le niveau requis, est un crime envers les enfants de mon pays.

Espérons que ce ne soit que fabulation et ragots car le nivellement par le bas et le colmatage des brèches ne feront qu'anéantir un secteur mis à mal par les stratégies précédentes.

LIRE AUSSI: