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J'ai eu le déclic quand j'ai vu ma mort !

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"Je vais le quitter, prendre mes enfants, j'ai envie de partir il faut que ça se passe tout de suite, sinon je vais me décourager. C'est dur de prendre cette décision... ".

Nawal a 33 ans, et deux petites filles. Son histoire ? "Un combat de tous les jours, j'ai toujours vécu dans les violences depuis l'enfance. Quand j'ai rencontré mon mari, il était très compréhensif, à l'écoute, je suis tombée dans le panneau... ".

Le changement s'est fait progressivement. D'abord des propos humiliants, puis est venue la claque :"Il ne s'excusait jamais, je l'avais méritée, c'était à moi de m'excuser... Tout le temps". Il y a eu, cet autre jour, où, il lui a cassé la cheville, et cette autre fois, le nez. "Ce n'était pas de sa faute, mes os sont trop fragiles !", me répétait-il. "Je suis un homme et j'assume, si tu veux porter plainte vas-y personne ne te croira !". Elle en est convaincue. "Pourquoi me croirait-on plus que lui ? Pourquoi me donnerait-on de l'importance ? Il est l'image d'un ange".

Nawal est psychologiquement "en miette. Je n'ai plus confiance, je ne sers à rien sur terre, je ne sais rien faire, que je reste ou pas avec lui, il a toujours cette emprise sur moi".

Le déclic ? "J'ai vu ma mort ! Le jour où il a essayé de m'étouffer avec un coussin, je venais d'accoucher de mon aînée. En pensant à ma fille j'ai eu la force de le repousser".

En 2011, Nawal rencontre une assistante sociale. "Juste pour me renseigner pour avoir un logement". Celle-ci détecte la maltraitance et l'oriente auprès de l'association Solidarité Femmes. "L'association n'avait pas de place d'hébergement tout de suite. J'étais inscrite sur la liste d'attente. J'ai dû rentrer chez moi. La peur me mangeait. J'ai dû rester une semaine chez moi. Je me sentais surveillée, va-t-il se douter de quelque chose ? C'était une éternité".

Elle est à l'affût du moindre changement de comportement. "Comment va-t-il rentrer du travail ? De bonne humeur ou pas, comment je dois lui parler ? Je dois faire des efforts tous les jours, c'est une torture, pour être tranquille surtout quand on a des enfants".

Les enfants ? "Ça se passait devant les enfants. Ma grande est marquée". La voix s'émeut. "Elle a neuf ans. Parfois, elle me dit "maman, je me rappelle le jour où il t'a fait ça...". Il faut faire alors face aux questions "pourquoi il te fait ça ? Pourquoi tu t'es mariée avec lui ?". Subir les violences et expliquer le pourquoi, alors que je cherche les réponses !

L'hébergement d'urgence ? "J'ai partagé un appartement d'urgence avec une autre maman durant six mois. J'ai tout quitté, je suis partie juste avec mon vêtement sur moi. J'ai mal vécu cette période, la promiscuité de l'habitat, il y avait d'autres cas difficiles, d'autres violences, je ne sortais pas de toutes ces violences".

Son grand regret ? "Quand je suis retournée avec lui. Une fois que l'on est partie, il ne faut plus y retourner ! Il s'est excusé, me remerciait car il avait pris conscience... J'ai eu les excuses que je n'avais jamais eues".

Malheureusement, rien n'avait changé. "Je me suis retrouvée dans la baignoire ébouillantée. Là, j'ai su détecter. C'était un autre échec ! je n'avais plus la force de reprendre les démarches. On me reprocherait mon retour . J'ai souhaité ma mort. Je me voyais en voiture sur le périph... !".

Nawal préfère se taire, pour éviter d'entendre certaines réflexions comme "si tu restes c'est que tu aimes bien ; oui mais, c'est courant chez vous". Mais, si moi, je suis marocaine, mon ex-mari est un français !

La jeune femme se dit "marquée à vie ! Je me bats contre moi-même, c'est très dur de se lever le matin et de me dire, il faut avancer. Les insultes, sa façon de me rabaisser, ses mots sont dans ma tête et c'est tous les jours que j'y pense, je vis tout le temps dans mon passé ! Je ne peux plus refaire ma vie. Un homme ? C'est la violence pour moi !".

Aujourd'hui ? "Je sais qu'il faut que je sois aidée psychologiquement, je ne me sens pas capable de le faire, même si j'en ai vraiment envie. Et puis, il y a des choses que je ne pourrais pas dire. Non, je ne pourrais pas... ".

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