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Egalité des chances à l'emploi: un rêve devenu Réalités

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"Clairement, c'est une réelle opportunité que l'on me tend. C'est une revanche sur les galères de la vie !"

Comment un jeune des quartiers prioritaires, peut-il rêver son intégration professionnelle, lorsqu'au handicap de la domiciliation s'ajoutent l'inexpérience et l'origine sociale ? Le rêve est devenu réalité pour Ajer khlifi 26 ans. En juillet dernier, la jeune fille a intégré, au poste d'assistante de direction, le prestigieux groupe immobilier de l'Ouest de la France, Réalités. Un clin d'œil du destin ou plutôt un recrutement novateur axé sur l'humain. Rencontre avec Ajer Khlifi et Yoann Joubert, fondateur du groupe Réalités.

Comment ce poste a-t-il été réfléchi ?

" Réalités est une PME en croissance, cette année a été une année de consolidation importante des équipes avec une trentaine de postes créés sur la région. La création du poste d'Ajer est liée à la croissance des besoins. Je n'ai jamais travaillé réellement avec une assistante, cela fait trois ans que je réfléchis à créer ce poste. J'ai rencontré des candidats avec des profils d'exécutif assistant souvent Bac + 5 qui sortent d'école de commerce pour la plupart, et qui ont déjà une 1re expérience professionnelle.
Ces entretiens n'étaient pas constructifs, car les candidats ne répondaient pas à la culture de l'entreprise.

Chez Réalités, on a la conviction que le savoir être, la personnalité des gens est aussi importante que leur compétence. Ils se trouvent que j'ai rencontré des gens compétents mais avec lesquels la relation ne passait pas forcément. De mon côté, j'étais dans une définition de poste qui n'était pas arrêtée, à un certain moment je me suis lassé de cette démarche. J'ai eu envie parce que c'est un poste qui exige beaucoup de proximité, d'y mettre plus de sens d'être plus dans la culture de l'entreprise et de miser sur la rencontre professionnelle de deux personnes. J'ai proposé à l'équipe qu'on donne sa chance à quelqu'un qui n'en avait pas forcément eu jusqu'à aujourd'hui."

Privilégier une jeune des quartiers prioritaires, n'est-ce pas une forme de discrimination positive ?

" Ce n'est pas une embauche liée à la discrimination positive, je ne crois pas en ça. Chez Réalités, nous ne sommes pas des héritiers. Nous ne sommes pas dans la notion de mérite. Dans ce que nous faisons ensemble, ce n'est pas de dire je donne une place à quelqu'un qui ne la mérite pas, on part de la conviction qu'on est capable de proposer une opportunité à des gens qui ne sauront pas la toucher si on reste sur un mode de recrutement traditionnel, alors qu'ils mériteraient qu'on puisse les toucher.

Nous sommes dans un métier où nos concurrents sont des majors nationaux ou souvent des sociétés de transmission. Des gens qui s'inscrivent dans des générations de capitalisation, d'héritage...

Moi, je ne viens pas des cités, je viens d'une petite ville de province et je n'avais pas plus de raisons que ça d'être là où je suis aujourd'hui et là où j'espère que nous serons dans quelques années. Il faut une sacrée chance et un sacré mouvement de planète et de persévérance pour en arriver là. J'aurai aimé qu'on m'ouvre les portes, mais personne ne les a ouvertes, par contre j'ai eu la chance de convaincre des gens qui avaient les moyens de me faire passer les étapes. Mais ces portes-là, il ne suffit pas de les ouvrir, en France, il faut les exploser ! On a tous des plafonds de verre au-dessus de la tête.

Je ne suis pas Maghrébin, je ne suis pas Arabe, ni Noir, ni Asiatique... Ce que je dis, je le dis avec ma perception de la situation, moi aussi, j'avais mon plafond de verre. Cet ascenseur social qui n'existe plus en France, aujourd'hui, on est des caisses de gens à le ressentir !

J'ai eu envie de retrouver cet état d'esprit. J'ai envie qu'on laisse des portes ouvertes, ce que je dis est complètement contradictoire avec la réalité des besoins d'entreprises, on a de plus en plus besoin de gens très pro. Mais dans un recrutement la personnalité des candidats comptent à plus de 50 %, leur énergie, leur dynamisme... Vous pouvez mettre tous les Bac + qu'on veut, si les postulants n'ont pas faim, s'ils ne sont pas heureux de sentir que c'est une chance, ça ne leur sert à rien de postuler ! "

Quelle est la part de risque pour une entreprise telle que Réalités ?

" Il y a finalement le nombre de postes, qu'on peut offrir à des candidats, où, certes, on prend du risque parce que la personne n'est pas formée, mais qui est assez réduit. Le risque que je prends avec Ajer, c'est le temps imparti à sa formation, et sera-t-elle capable d'aller au niveau qu'on attend-elle ?

C'est aussi une démarche rationnelle : Réalités a été une TPE, une PME, puis une entreprise régionale et interrégionale et j'espère qu'on va devenir une ETI. Aujourd'hui, nous sommes 160 salariés avec 8 filiales, une société cotée en Bourse avec une activité financière intense, nous sommes sur des enjeux politiques avec des projets confidentiels...

Il y a beaucoup de jeunes diplômés qui n'ont pas l'intensité de la réalité, qui sont dans le confort. Si Réalités est là, c'est que tous les ans nous prenons le risque de tout perdre. Quand vous prenez le risque de tout perdre, il faut être au rendez-vous et conscient des priorités.

Les gens qui n'ont pas eu la chance, ce côté bagarreur, conscient des réalités, prêts à tout donner pour que le bout de pied qu'ils ont mis dans la porte leur permette de rentrer dans l'entreprise, ce n'est pas si courant que ça !

Je me mets aussi à la place d'Ajer qui a saisi sa chance ! Charge à elle, de montrer qu'on a bien fait de lui faire confiance, je sais que c'est une grosse pression pour elle ! "

Ajer, quel est votre parcours ?

"J'ai un Bac littéraire. Au départ, je voulais me diriger vers une licence de droit à la Fac, mais ma vie personnelle, et mon besoin financier m'ont obligée à travailler à côté. Je n'ai pas pu continuer mes études de droit. Je me suis dirigée vers un BTS d'assistante manager. J'ai une 1re expérience d'assistante administrative dans un centre de formation. Entre-temps j'ai cumulé des petits boulots, mais je n'avais pas de réelles expériences d'assistante de direction.

Dans une entreprise telle que Réalités, assistante d'un PDG, c'est une fonction et une responsabilité importante, et si j'aurai préféré avoir un minimum d'expérience. J'apprends le métier d'assistante de direction en prenant ces fonctions. C'est une revanche. Comme beaucoup de personnes, il y a des choses qui se passent dans la vie qui font que ce n'est pas facile. "

Comment vous êtes-vous préparée à cet entretien ?

"J'avais un peu d'appréhension mais le feeling est tout de suite passé. L'entretien a duré une demi-heure. J'ai décidé de rester moi-même, contrairement aux codes qu'on nous dicte lors des ateliers de recherche d'emploi. On m'a mise tout de suite à l'aise. Cela n'avait rien à voir avec un entretien classique où les questions se suivent : 3 qualités, 3 défauts. Là c'était naturel.
L'entretien s'est déroulé le 13 juillet et le lundi suivant, j'ai pris mes fonctions. J'ai eu une réponse immédiate...

C'est comme si, je n'avais jamais fait de sport dans ma vie et là, je gagnais aux jeux olympiques !

Je sais que j'ai beaucoup à apprendre et je suis très reconnaissante et très lucide. Des chefs d'entreprises qui prennent ce risque, je n'en connais pas ! Alors, forcément, je veux bien faire et montrer qu'ils ne sont pas trompés !"

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