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Election de Trump: Pourquoi le Maroc devrait être optimiste mais prudent

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DONALD TRUMP
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INTERNATIONAL - L'élection du milliardaire américain Donald Trump a été une surprise pour les observateurs américains et étrangers.

Comme dans d'autres pays, les Marocains ont suivi les élections avec beaucoup d'intérêt parce que tout changement de direction de la Maison Blanche pourrait avoir un impact sur la politique étrangère des Etats-Unis envers le Maroc. Après l'élection de Trump, les Marocains se demandent dans quelle mesure sa présidence aura un impact négatif ou positif sur les relations entre Washington et Rabat. Eu égard au discours de Trump lors de la campagne électorale, durant laquelle il a mentionné le Maroc deux fois de façon négative, beaucoup craignent que ce discours ne soit le signe avant-coureur d'une politique hostile du président élu vers le Maroc.

Cependant, on peut soutenir que la politique étrangère qu'il adoptera ne reflétera pas le discours qu'il a utilisé pendant la campagne électorale. Il y a une grande différence entre le discours qu'un candidat utilise lors d'une campagne électorale et les décisions qu'il prend une fois qu'il est au pouvoir. L'expérience de la plupart des pays montre que, une fois élus, les dirigeants politiques ont tendance à adapter leurs convictions personnelles aux intérêts de leurs pays.

Les cartes qui jouent en faveur du Maroc

Trump fera partie d'un système politique complexe dans lequel les décisions de politique étrangère ne sont pas prises au hasard, mais sur la base de leur compatibilité avec les orientations générales de la politique étrangère américaine. En dépit de la succession de différents présidents américains, ils adoptent généralement une politique étrangère qui est, pour la plupart, la poursuite de la politique étrangère adoptée par leurs prédécesseurs. Dans le cas des relations entre le Maroc et les Etats-Unis, deux facteurs peuvent jouer en faveur de Rabat:

Le premier est que le Maroc est un allié stratégique des États-Unis dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Outre le fait que le Maroc est l'un des plus anciens partenaires politiques de l'Amérique dans le monde arabe, sa position sur de nombreuses questions internationales est compatible avec les orientations générales de la politique étrangère américaine, notamment en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Considérant l'importance de la lutte contre le terrorisme dans l'agenda de l'administration américaine à venir, le Maroc pourrait jouer un rôle central dans la politique américaine de lutte contre ce fléau.

Ce qui pourrait jouer encore plus en faveur du Maroc est l'expérience et l'efficacité de ses services de sécurité et de renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Le Maroc jouera probablement un rôle dans le partage de l'information avec les agences de renseignement américaines. Plus important encore, le Maroc joue un rôle de premier plan dans la lutte contre le terrorisme en répandant les valeurs tolérantes de l'islam par la formation des imams dans plusieurs pays africains et européens. Ces facteurs s'ajoutent au fait que le Maroc est l'un des rares pays qui ont un accord de libre-échange avec les États-Unis, en plus d'être considéré parmi ses principaux alliés non membres de l'OTAN.

Le deuxième facteur qui jouera en faveur du Maroc est que Trump appartient au Parti républicain, bien qu'il ne soit pas un républicain conventionnel. Chaque fois qu'il y a un président républicain, il a un impact positif sur les relations entre le Maroc et les États-Unis.

Proximité du Maroc avec le Parti républicain

Rabat a réussi à établir des ponts de communication et de confiance avec ce parti depuis la guerre froide. Cela a souvent conduit les États-Unis à prendre des positions qui soutiennent la position du Maroc sur le Sahara. C'est le cas depuis les années 1970. Le Maroc a réussi à organiser la Marche Verte en novembre 1975 grâce au soutien du président américain Gerald Ford. Il faut rappeler le rôle joué par le secrétaire d'Etat Henry Kissinger pour empêcher le Conseil de sécurité d'adopter une résolution contre le Maroc. Cette politique amicale s'est poursuivie pendant les deux mandats de l'ancien président Ronald Reagan entre 1981 et 1989.

Alors que le président Carter avait décidé de réduire le soutien américain à la position marocaine et de lier la vente d'armes au Maroc à sa volonté de trouver une solution au conflit, le président Reagan a décidé d'adopter la même politique adoptée par le président Gerald Ford. En outre, comme l'affirme l'écrivain américain Stephen Zunes dans son livre Western Sahara: War, Nationalism and Conflict Resolution, pendant la guerre entre le Maroc et le Polisario, le Département américain de la Défense avait fourni un soutien logistique et de renseignement pour permettre au Maroc de surveiller les mouvements du Polisario en plus de former l'armée de l'air marocaine. Le même niveau de relations entre le Maroc et le Parti républicain a continué durant les mandats des présidents George H.W. Bush et George W. Bush.

Par exemple, pendant le deuxième mandat de l'administration de George W. Bush, l'ancienne secrétaire d'État, Condoleezza Rice, a fait pression en faveur de l'adoption de la résolution 1754 en avril 2007, qui est la base du processus mené par l'ONU pour trouver une solution politique au conflit. Par ailleurs, lors des discussions du Conseil de sécurité en octobre 2007, Rice a exercé des pressions sur le Polisario et a tenté de soumettre un projet de résolution qui considérait la proposition marocaine comme la seule base des négociations.

Toutefois, ce projet n'a pas vu le jour à cause de l'opposition de la Russie, de l'Espagne et du Royaume-Uni. En mars 2008, Rice a adopté un plan en trois étapes pour soutenir la position marocaine. La première étape consistait à exhorter le Secrétaire général Ban Ki-moon à mentionner dans son rapport annuel que le plan marocain était la seule base pour les négociations. La deuxième étape consistait à exhorter les États membres à faire des déclarations d'appui de la proposition marocaine. La troisième étape consistait à inviter le Maroc et le Polisario à Washington pour engager des négociations directes.

Cependant, les tentatives de Rice ont échoué, le rapport du Secrétaire Général n'ayant pas inclus une telle référence par crainte d'être accusé par le Mouvement des Non-Alignés de favoriser le Maroc. En outre, la France s'est abstenue de soutenir clairement le plan marocain comme unique base de négociation. Selon l'ancien ambassadeur américain à Paris, Craig Staepleton, le président français Nicolas Sarkozy était soumis à la pression du lobby algérien au sein de l'administration française, alors qu'il avait besoin de l'Algérie pour soutenir son initiative de lancement de l'Union pour la Méditerranée.

Besoin de rester prudent

Malgré le discours que Trump a adopté pendant la campagne électorale, la réalité du pouvoir le poussera à aborder les questions intérieures et extérieures avec pragmatisme. Bien qu'il manque d'expérience en matière de politique étrangère, il y a fort à parier qu'il comptera sur des experts qui ont une grande expérience dans la conception de la politique étrangère américaine. Sur la base de la relation traditionnelle entre le Maroc et le Parti républicain, il est probable que ce dernier suive la même approche adoptée par les anciens présidents républicains au cours des quarante dernières années envers le Maroc.

Cependant, les Marocains ne devraient pas se précipiter et exprimer un optimisme excessif. Ils devraient plutôt attendre que le président élu prenne ses fonctions et choisisse l'équipe qui va travailler avec lui, ainsi que ses premières décisions en matière de politique étrangère pour avoir une idée sur les orientations de sa politique étrangère à l'égard du Maroc.

Même si l'expérience montre que le Maroc a eu des liens plus forts avec le Parti républicain qu'avec le Parti démocrate, il y a des figures influentes au sein du Parti républicain qui n'ont pas nécessairement des positions en faveur du Maroc. John Bolton, ancien ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, et Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants des États-Unis sont parmi les noms que Trump envisage de nommer au poste de Secrétaire d'État.

Bien que nous ne connaissions rien au sujet des positions de Gingrich sur le Maroc, Bolton, qui connaît le conflit du Sahara depuis qu'il avait travaillé dans l'équipe de James Baker, ancien Envoyé personnel du Secrétaire général, ou lorsqu'il était ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, a pris des positions qui ne sont pas en faveur du Maroc.

Bolton est connu pour son manque de foi dans la capacité des Nations Unies à apporter des solutions aux différents conflits mondiaux, ainsi que son soutien à l'organisation du référendum au Sahara comme un moyen de mettre fin à la charge que la MINURSO pose pour le budget des Nations Unies et ses États membres.

Lorsque Bolton était ambassadeur auprès des Nations Unies entre 2005 et 2006, il était parmi les rares responsables de l'administration américaine qui appelaient le Maroc à respecter le plan de règlement de 1991 et à organiser le référendum. Il a également insisté à plusieurs reprises sur le fait que la MINURSO avait échoué dans sa mission d'organiser un référendum et que l'ONU devait mettre fin à sa mission.

Au cas où M. Bolton serait nommé Secrétaire d'Etat ou Conseiller à la Sécurité Nationale, il y aurait deux scénarios: soit il continuerait à souligner la nécessité d'organiser le référendum et de pousser le Maroc à se conformer à ses obligations, soit il demanderait une fin de la mission de la MINURSO après son échec à organiser le référendum.

Le deuxième scénario serait en faveur du Maroc qui, après avoir présenté le plan d'autonomie en 2007, estime qu'un référendum n'est plus une option et que la tâche principale de la MINURSO devrait être de surveiller le cessez-le-feu. Afin de voir le second scénario se concrétiser, les responsables marocains devraient s'efforcer de relancer le même élan que l'ancienne secrétaire d'Etat Condoleezza Rice avait essayé de donner au plan marocain d'autonomie.

Cela dit, les Marocains ne doivent pas oublier la grande importance que le Parti républicain, en particulier ses membres faisant partie du clan de Texas, accordent à la nécessité de permettre aux Etats-Unis d'obtenir de nouvelles sources de pétrole et de gaz. Ce facteur pourrait jouer en faveur de l'Algérie dont le président s'est empressé de féliciter Trump pour son élection.

Par conséquent, les responsables marocains devraient être préparés pour tous les scénarios et intensifier leurs efforts pour informer les proches collaborateurs de Trump sur la position marocaine et les efforts que le Maroc a faits au cours des neuf dernières années pour parvenir à une solution politique au conflit, ainsi que le rôle central qu'il joue dans la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme.

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