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Arabie saoudite-Iran: Le "schisme diplomatique"

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ARABIE SAOUDITE IRAN
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DIPLOMATIE - En septembre 2015, une bousculade lors du pèlerinage à la Mecque avait fait plus de 2.000 morts dont plus de 400 Iraniens. Après des réactions en chaîne qui ont fait monter d'un cran les tensions déjà vives entre les deux pays, Téhéran n'enverra pas ses pèlerins à la Mecque au prochain Hajj.

Si les deux États se renvoient la balle concernant l'organisation du Hajj, nous savons bien que le conflit, qui est bien plus complexe, dépasse ce cadre. Cependant, cette décision de Téhéran résonne comme un précédent et amène à réfléchir sur ce "schisme diplomatique" qui prend la foi en otage.

Il n'y a rien de nouveau à rappeler que ce conflit trouve sa source dans l'approche idéologique divergente de la religion musulmane, prolongeant politiquement un très vieux schisme religieux. Mais aujourd'hui, cela se joue sur une scène moderne des relations entre nations. En effet, depuis leur indépendance avec la mise en forme d'un État moderne, les conflits entre ces deux pays sont tellement fréquents qu'ils font penser à des candidats de télé-réalité passant leur temps à se disputer au vu et au su de tous: une Arabie saoudite sur un registre à la Nabila, "allô, non mais allô, t'es musulman et t'es chiite"; et un Iran à la sauce Moundir, qui montre les muscles en essayant de motiver sa team par un management n'ayant rien à envier au sergent instructeur Hartman!

Mais derrière ces enfantillages, de vrais enjeux géopolitiques: la récente levée de l'embargo sur l'Iran avait à la fois entraîné la chute des prix du pétrole et porté un coup dur à la situation oligarchique de cette monarchie pétrolière dans la région.

Et le Maroc dans cette affaire? Eh bien, si en apparence le jeu des alliances sont claires et son soutien à l'Arabie Saoudite parait limpide, il a de plus en plus de mal à trouver, dans un monde multipolaire, une position pérenne et profitable à sa diplomatie. Par exemple, le Maroc avait implicitement soutenu Téhéran à la suite de l'exécution du cheikh et dirigeant chiite Nimr al-Nimr alors que dans la nouvelle crise sur le Hajj, il est très nettement revenu du côté sunnite de la force...

La voix du juste milieu avancé par Rabat en ce qui concerne l'islam semble être aussi au centre de sa diplomatie au Moyen-Orient rappelant que l'objectif essentiel est la lutte contre Daech: la coopération entre ces deux Etats forts est primordiale.

Le Hajj aurait dû être un facteur de rapprochement, c'est ce que rappelle Rabat, car c'est une période de réconciliation et de spiritualité pour tous les musulmans qui forment symboliquement la Oumma. C'est bien l'instrumentalisation du Hajj, et donc de la foi islamique, au profit des intérêts économiques et politiques qui empêche l'homogénéité de cette communauté musulmane et donc sa capacité à se guérir du cancer de Daech en particulier et du djihadisme en général.

En attendant que ce schisme new look cesse, les musulmans n'auront que le titre "Guinness" du plus grand rassemblement annuel pour le Hajj pour se consoler du manque de coopération entre leurs Etats.

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