LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Salma Laalj Headshot

Entre jeunesse dorée et jeunesse tout court, comment je vis mon adolescence au Maroc

Publication: Mis à jour:
MAROCK FILM
Allo Ciné
Imprimer

Photo d'illustration: Image du film "Marock" de Laïla Marrakchi (2005)

SOCIÉTÉ - Entre jeunesse dorée et jeunesse tout court, l'adolescence au Maroc peut être vécue de mille et une façons. Moi, je ne me situe ni dans l'une ni dans l'autre. Mon adolescence, je la vis avec les deux ou plutôt entre les deux.

Ici, au Maroc, la jeunesse dite "dorée" se démarque beaucoup par ses fréquentations, ses loisirs, son éducation. En réalité, c'est tout un mode de vie. Un mode de vie souvent inaccessible voire inimaginable pour le reste de la population. Par exemple, quand une adolescente trouvera ça tout à fait "funny" de s'acheter le petit porte-clefs à la mode de chez Fendi, une autre n'en comprendra pas même l'utilité. Et comme tout le monde le sait, c'est souvent dans les détails que se cache le diable...

Le film "Marock", réalisé par Laïla Marrakchi en 2005, parle de la vie de jeunes issus de cette fameuse "jeunesse dorée". Et cela fait rêver. Parce que oui, on rêve toutes d'un Youri. Mais entre les adolescents issus d'un milieu social privilégié et ceux issus d'un milieu modeste se crée un fossé et ce phénomène est source d'une grande frustration, venue d'un sentiment d'infériorité. On se demande: "pourquoi pas moi?". Frustration qui ne tarde pas à se ressentir dans les rues.

Quand Mehdi se trouve honorable d'avoir bien traité son chauffeur ou encore quand Sofia se trouve gentille lorsqu'elle se comporte bien avec sa femme de ménage, c'est qu'il y a un problème. Un problème de mixité sociale. Poussant ainsi à mettre les gens dans des cases, divisant la jeunesse.

"La frustration est directement liée au manque d'éducation"

Une adolescence dite "insouciante" n'est pas facile à vivre au Maroc. En effet, une jeune Marocaine ne peut clairement pas se balader à n'importe quelle heure du soir habillée comme elle le souhaite. Et cela à cause de l'éducation. Je m'explique. Le mot "éducation" désigne deux termes à la fois: celle que l'on reçoit à la maison (bonnes manières etc.) et l'autre, celle des connaissances intellectuelles, culturelles, morales que l'on reçoit généralement à l'école.

Je crois que là est la source du conflit. D'après moi, la frustration dont je vous parlais est directement liée au manque d'éducation. Celle que l'on reçoit à l'école est trop souvent archaïque, voire particulièrement machiste. C'est souvent un poids que je dois porter et que toutes les autres Marocaines se voient contraintes de traîner tous les jours.

Il y a une seule et unique question qui nous tiraille tous, riches et pauvres, filles ou garçons: comment concilier tradition et modernité? Moi, j'essaie de voir les choses des deux côtés du miroir. Comme toute culture, la nôtre se doit d'être préservée et respectée. Quant à la mentalité, elle ne peut pas changer du jour au lendemain. Il faut donc apprendre à être patient, à amener doucement la population vers une plus large ouverture d'esprit.

En tant qu'adolescente marocaine, j'ai fait le choix de vouloir un meilleur avenir pour mon pays, un meilleur développement tout en préservant nos rites et coutumes. Mon beau pays, je l'aime mais j'aspire à un changement, j'aspire à un avenir où tous les jeunes de tous les horizons seront placés sur un pied d'égalité.

"L'ouverture des espaces culturels est l'un des piliers du développement"

Et cela doit passer par l'éducation et une meilleure accessibilité aux espaces culturels. La dernière fois que je suis allée à Paris, j'ai vraiment été surprise de voir qu'en tant qu'adolescente, j'avais la possibilité de visiter presque tous les musées sans rien devoir payer.

Cette accessibilité, cette ouverture vers la culture et l'art, est d'après moi l'un des piliers du développement personnel et j'irai même jusqu'à dire l'un des piliers d'un développement durable.

Ouvrir ces espaces culturels aux jeunes encouragerait notre ouverture d'esprit. Selon moi, nos centres d'intérêt sont énormément influencés par notre environnement social. Cette approche permet de rendre la culture libre, simple et sans convention. À la manière de l'artiste Niki de Saint Phalle et sa volonté de rendre l'art accessible à tous, apprenons à démocratiser l'accès à l'art.

Si au Maroc l'ouverture des espaces culturels reste minime, elle est néanmoins en expansion. Notre musée d'art moderne à Rabat organise désormais des portes ouvertes tous les vendredis. Les villas des arts de Rabat et Casablanca offrent des expositions et pièces de théâtre ouvertes à tous, tous les jours de l'année. Rabat est également connue pour son festival Mawazine qui accueille chaque année des artistes venus du monde entier.

Le monde culturel marocain est donc en plein essor... Si nous n'y avons pas encore toujours accès gratuitement, les prix y sont de plus en plus abordables, permettant une ouverture au plus grand nombre.

Mon Maroc est beau, riche et chaleureux. Alors entre jeunesse dorée et jeunesse tout court, j'ai fait le choix d'apprendre à faire ma place, à me démarquer par mon savoir, mon éducation et non pas par mon nom de famille. Et parce que moi j'ai fait ce choix, celui de croire en mon pays, je ne baisserai jamais les bras.

LIRE AUSSI: