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Affaire Saad Lamjarred, ou quand la victime présumée se retrouve sur le banc des accusés

Publication: Mis à jour:
HARASSMENT
Getty Images/iStockphoto
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HARCÈLEMENT - Une semaine après l'arrestation de la pop star marocaine Saad Lamjarred, les rumeurs vont toujours bon train quant à l'identité de la victime présumée.

Toute la semaine, des fans du chanteur ont posté sur les réseaux sociaux des noms de plusieurs femmes, chacune d'entre elles étant "soupçonnée" d'être celle qui a porté plainte contre le chanteur mercredi dernier, sans se soucier une seconde de livrer de parfaites inconnues, n'ayant rien à faire dans cette histoire, à la vindicte populaire.

Des starlettes de télé-réalité qui se rejettent la "faute"

Des victimes présumées ont ainsi vu leurs comptes Twitter et Instagram envahis par des messages d'une extrême violence à leur encontre, certains internautes allant même jusqu'à menacer les femmes de les violer "pour de vrai".

Des menaces et des messages, très souvent envoyés par des adolescentes, françaises et maghrébines, déversant des flots d'insultes à caractère sexiste envers ces jeunes femmes. Face à cela, l'une d'entre elles a dû supprimer son compte Twitter.

Pendant ce temps, des candidates de télé-réalité se sont mutuellement accusées d'être mêlées à cette affaire. Une des ces starlettes, une fois "innocentée", a publié sur Instagram le fameux hashtag #JeSuisSaadLamjarred, accusant cette fois la victime présumée de mensonge. Ou comment passer du statut de harcelé à harceleur.

Ce matin, l'auto-proclamé spécialiste de télé-réalité Jeremstar publiait sur les réseaux sociaux, photos à l'appui, le nom de la victime présumée de Saad Lamjarred. Une information vite reprise par des médias marocains, au détriment de toute règle déontologique, livrant la jeune femme en pâture à l'opinion publique.

Les réactions ne se sont pas fait attendre, et cette dernière est à son tour devenue la cible des fans du chanteur.

Victime de "slut-shaming"

Terme adopté par les féministes américaines, le "slut-shaming" consiste à avoir un discours agressif envers toute jeune femme montrant un comportement sexuel jugé "hors norme" par la société.

Ainsi, selon certains internautes et une partie de la presse marocaine, la seule présence de la jeune femme dans la chambre d'hôtel de Saad Lamjarred la rend coupable d'un comportement sexuel incriminant.

Pour certains, le chanteur serait innocenté par le fait que la jeune femme soit montée dans sa chambre de son plein gré. Fort heureusement, selon le droit pénal moderne (et le bon sens), la présence d'une femme dans la chambre ne signifie pas consentement.

Et puis, au delà de sa présence dans la chambre d'hôtel du chanteur, la jeune femme peut avoir consenti à un rapport mais, pour des raisons qui ne la concernent qu'elle seule, peut avoir changé d'avis.

Le tribunal de l'opinion publique

Toujours est-il qu'avec l'avènement des réseaux sociaux, les internautes se sont subitement transformés en juges, jurés et bourreaux. Comme on a pu le voir dans le cas de l'affaire Saad Lamjarred, certains se sont mêmes improvisés enquêteurs! Ainsi, tout internaute peut exposer la vie d'une personne avec photo, adresse et coordonnées.

Des photos innocemment postées sur les réseaux sociaux deviennent des pièces à conviction. Chaque image peut être sortie de son contexte, réinterprétée pour obéir à un scénario précis.

Si Saad Lamjarred bénéficie de la présomption d'innocence, et à supposer qu'au terme de l'instruction, la justice l'innocente, rien ne justifie que sa victime présumée siège sur le banc des accusés en attendant le verdict.

Les célébrités, ces condamnées à part

Il faut dire que certains fans et proches de célébrités accusées de viol ou d'autres crimes tentent souvent de justifier l'attitude du coupable présumé.

En 2008, au moment de l'arrestation du réalisateur Roman Polanski, son ami, le nom moins fameux réalisateur Costa Gavras, déclarait à la radio française que la victime de Polanski, âgée de 13 ans au moment des faits, "ressemblait à une fille de 21 ans sur les photos".

Plus récemment, c'est l'acteur Johnny Depp qui était accusé de violences contre son épouse Amber Heard. Là encore, les internautes ont en masse accusé sa désormais ex-épouse de mentir pour obtenir une importante compensation après le divorce, mettant en avant sa bisexualité. Le slut-shaming est décidément loin d'être propre au Maroc!

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