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"Chanson douce" de Leïla Slimani, un roman glacial et humaniste

Publication: Mis à jour:
LEILA SLIMANI
Jacky Naegelen / Reuters
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LITTÉRATURE - Le prix Goncourt est, nous le savons tous, un des prix littéraires les plus convoités de la littérature française. Après Tahar Ben Jelloun en 1987, Leïla Slimani a reçu jeudi 3 novembre ce sésame pour son deuxième roman Chanson douce. Déjà fortement remarquée par son premier roman Dans le jardin de l'ogre, grâce auquel elle a obtenu le prix littéraire de la Mamounia en 2015, cette auteure de 35 ans continue à nous surprendre avec un deuxième roman encore plus poignant que le premier.

A cette occasion, je voudrai partager avec vous mon admiration envers cette auteure, et ma passion pour ses livres. Lire Leïla Slimani, c'est vivre avec ses personnages, s'immiscer dans leurs esprits et palper leurs troubles. Dans ce sens, Chanson douce occasionne un choc au lecteur, et le hante pour un bon bout de temps. Impossible de se détacher facilement de cette chanson dont les refrains donnent froid dans le dos.

Chanson douce happe aussi le lecteur avec une force émanant de la complexité des personnages, et le transporte vers une maison de la petite bourgeoisie parisienne. Une maison spectatrice d'un infanticide, témoin d'un bain de sang.

Le roman a en fait sur le lecteur l'effet d'une chanson douce sur un mélomane. Il nous fait tout d'abord rêver: rêver avec la maman qui ambitionne pour une vie meilleure, rêver avec le papa qui veut se détacher du studio dans lequel il travaille, pour ouvrir sa propre boîte, rêver aussi avec les enfants qui scrutent l'attention des parents. Et enfin, rêver avec Louise, la nounou, qui cherche un exutoire loin de ses journées desséchées.

La chanson nous secoue par la suite: compassion, haine et confusion se mêlent dans notre esprit. Le lecteur se perd dans la complexité de Louise qui est victime de marginalisation et de violences physiques et psychiques refoulées, mais à qui on accuse en même temps des comportements irrationnels, louches et parfois même effrayants.

Les secousses atteignent enfin leur paroxysme avec l'altération des rapports parents-nounou et la dépendance monstrueuse de cette dernière qui noie ses souffrances dans le baby-sitting. La nounou finira par évacuer ses souffrances refoulées par un infanticide aussi cruel que parfait.

"Chanson douce" n'est finalement pas seulement un roman glacial qui nous enseigne les rapports sociaux, à l'heure de la modernité. C'est aussi un roman humaniste, invitant les lecteurs à comprendre les individus qui les entourent et à laisser de côté les jugements superficiels non fondés, dans un monde où l'ethnocentrisme et l'individualisme arrosent les esprits et les pervertissent.

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