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Mon fils m'a obligée à porter le voile

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REMOVING VEIL
ASSOCIATED PRESS
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Je ne voulais pas participer à la polémique au sujet du burkini, car ma façon d'appréhender le port du voile avait considérablement évolué: ce que je considérais comme un signe d'oppression de la femme a fini par me paraître, à force de matraquage médiatique et à force de donner la parole aux voilées, comme un choix personnel.

Hier cependant, j'ai rencontré une femme, la cinquantaine, l'âge de ma mère. Cette femme devenue veuve depuis son jeune âge portait le voile, comme la majorité des Tunisiennes de son âge.

Pour moi le fait qu'elle porte son voile était une évidence, tant les personnes qui appartiennent à son milieu et à son entourage l'ont érigé en règle. Nous devions sortir et elle s'est mise à se plaindre du fait qu'il faisait tellement chaud et qu'elle ne supportait pas de porter ce morceau de tissu sur la tête.

Je lui ai demandé pourquoi elle le faisait. Elle m'a répondu que ses enfants, l'ont obligé à le faire. Qu'elle était veuve et que "ennes ma ter7amech", ("les gens sont sans pitié") surtout pour une veuve. Que toutes ses collègues le portaient et que la pression était devenue insupportable.

Elle m'a avouée qu'elle en était triste. Que ses cheveux étaient si beaux avant. Que le voile les avait étouffés, l'avait étouffée. Elle ne s'occupait plus de ses cheveux, ils tombent maintenant comme des feuilles mortes.

Cette femme est fonctionnaire, ses enfants sont des cadres et vivent à l'étranger. Elle a son indépendance financière mais n'a pu pourtant s'affranchir de la tutelle de ses fils et de la tutelle de la société.

La photo montrant la femme ôtant son burkini, pour choquante qu'elle soit, ne montre pas les policiers touchant à cette femme. On voit que c'est elle qui a choisi de l'enlever alors qu'elle aurait pu partir. On a beau comparer cet accoutrement à celui des nonnes, mais à ma connaissance aucune n'a été obligée d'entrer dans les ordres. Il s'agit donc d'une comparaison saugrenue.

On a beau dire que le voile est un choix personnel, mais quand une le porte déjà, c'est l'opprobre qui est jeté sur toutes les autres, ces "sefirat", qui ont fait le choix de ne pas le porter. Quand une femme le porte, c'est toutes les autres qu'elle accuse, dans une société machiste qui n'attend qu'un signe de soumission pour asseoir son autorité.

Certaines portent le voile pour satisfaire leurs penchants religieux, comme ma mère a décidé de le porter contre l'avis de mon père et de nous ses enfants. Je n'entrerai pas dans cette polémique sur la nécessité ou non de le porter en islam.

Ce que je vois, c'est que l'impératif social a pris le dessus sur l'impératif pseudo-religieux. Je me rappelle trente ans en arrière, que ma grand-mère faisait sa prière avec une jupe couvrant à peine ses genoux, portant un foulard couvrant à moitié ses cheveux. Je ne pense pas qu'elle ait été moins musulmane que celles en djellabas aujourd'hui.

La polémique peut paraître ridicule, mais quand je revois ma discussion avec cette veuve, je me dis qu'elle n'est pas si absurde que cela. On oublie qu'il y a des femmes qui participent à imposer ce bout de tissu à d'autres femmes, à travers des regards de travers, des moqueries sur des cheveux grisonnant ou à grand renfort de "rabbi yehdi".

Tant qu'il y aura des hommes et des femmes qui obligent des personnes, directement ou par sous entendus scabreux, à porter le voile, et bien à mon sens, il restera le symbole de l'oppression.

Le burkini, le voile, la burka, aujourd'hui il y en a une, qui le porte par choix; demain elles seront dix à être obligées à le faire, parce que si une l'a fait, les autres le doivent. Et rares sont celles qui ont le pouvoir de dire non, parce qu'elles n'ont pas appris à le faire.

Je n'obligerai jamais une femme à ôter son voile, je ne l'insulterai pas non plus. Je ferai juste en sorte que ma fille soit libre, et que mon fils respecte cette liberté. N'oublions jamais que ce sont les femmes qui façonnent les hommes de demain.

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