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Hocine Aït Ahmed, printemps 2000, Libre Algérie....

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AT AHMED
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C'était au printemps de l'année 2000. A Libre Algérie, nous étions, autour de feu Ali-Bey Boudoukha (BAB), une poignée de journalistes "réfugiés", l'hebdomadaire La Nation où l'on travaillait ayant été suspendu définitivement pour, officiellement des "raisons commerciales" en décembre 1996 après avoir été plusieurs fois bloqué pour "troubles à la quiétude publique".

Hocine Aït Ahmed appréciait -ce n'est pas peu dire- ce que ces "réfugiés" ont fait de ce journal emblématique, fondé par Ali Mécili. Il était un de nos lecteurs les plus attentifs et un de nos plus fervents supporters. Il nous téléphonait souvent pour dire combien il aimait tel ou tel article ou juste pour nous dire bonjour.

En mars 2000, Cela faisait presque une année qu'il avait quitté le pays après avoir frôlé la mort au cœur d'une campagne électorale exténuante mais d'une haute teneur politique.

A la rédaction, alors que le régime s'installait autour de Bouteflika, Ali-Bey a dit, caustique, qu'il était temps, à nouveau, de "troubler la quiétude du régime...". Et qui donc pouvait le faire mieux que notre lecteur le plus assidu ? Et comme nous étions sur place, les choses ont été vite faite.

aït ahmed avec saïd djaafer et ali boudoukha

Aït Ahmed avec Saïd Djaafer et Boudoukha Ali-Bey, Alger, 2007.

J'ai été chargé de la mission. Cela a donné cet entretien hors-normes que j'ai signé, Saad Ziane un de mes pseudos à Libre Algérie. J'étais parti avec l'idée de réaliser un entretien "normal". Il en fut autrement. De manière naturelle il a pris une ampleur considérable.

En relisant cet entretien, aujourd'hui, quinze ans plus tard, je trouve qu'il n'a pas pris de ride. Il reste terriblement actuel : c'est un entretien sur l'impasse du régime, sur son extrême dangerosité pour le pays.

Son analyse reste juste, que ce soit pour les "milliards" de dollars qui arrivaient et dont il prédisait qu'ils seront engloutis dans la "prédation mafieuse" qui est le lit naturel d'un " système de non droit" ou pour "l'amnistie-amnésie" cette "insoutenable absurdité" qui veut qu'on ne tire aucun "enseignement pour le pays et ses enfants" de la décennie de sang.

Hocine Aït Ahmed avait un avis tranché sur cet accord entre "gens d'armes" qui "donne une prime exorbitante au sabre et à la Kalachnikov." Ou encore sur la malformation d'origine d'un régime fondé sur la "prépondérance des appareils sécuritaires"... Mais il ne s'agit pas de résumer l'entretien... Il est là...

LIRE AUSSI : Entretien : Un Os nommé Ait Ahmed


J'ai eu une grande difficulté à trouver un titre à un entretien qui couvre des questions très larges allant de la décennie de sang à celle qui arrive sous Bouteflika en passant par le décryptage du fonctionnement d'un régime qu'il considérait comme une aberration au regard des combats du mouvement national.

J'ai transmis le texte avec une batterie de possibilités de titres dont "un Os nommé Aït Ahmed". BAB a tranché : c'est le seul titre qui pouvait porter un tel entretien entre clin d'œil à l'histoire et message d'intransigeance démocratique.

Et je pense aujourd'hui encore que Hocine Aït Ahmed continuera à être cet "OS" qui a incarné, contre les modes et le culte de la force et malgré l'extraordinaire entreprise de dénigrement qu'il a subie, une vision généreuse, moderne et authentique de la nation algérienne.

A mon arrivée, Hocine Aït Ahmed m'attendait. Souriant. Il a, une fois de plus, (j'avais encore mes cheveux) relevé ma ressemblance présumée avec Saad Dahlab. Au cours de ces journées de discussions ponctuées de séances de travail, il a d'ailleurs beaucoup parlé des militants.

Du mouvement national comme ceux qui après l'indépendance se battent pour la démocratie. Des noms qui m'étaient souvent inconnus mais dont l'abnégation, l'ingéniosité, la capacité à faire de "leurs muscles des cerveaux" en faisait, dans la bouche de Hocine Aït Ahmed, des héros fabuleux.

Ce respect des militants j'ai eu encore, par la suite, à le constater au moment de traduire son livre "L'Esprit d'indépendance -Mémoires d'un combattant" (Barzakh). Rares en effet sont les livres qui donnent une place aussi grande aux militants "inconnus" dont il tenait à citer les noms.

Nos discussions étaient ponctuées de promenades semées d'amicales embûches. Les gens, de toutes origines, qui reconnaissaient Hocine Aït Ahmed tenaient à le saluer, à lui exprimer leur respect. Des suisses bien sûr mais aussi des Algériens, des maghrébins, des citoyens du Moyen-Orient.

Je garde encore en mémoire ce syrien d'une cinquantaine d'années qui s'est arrêté à deux pas de lui pour lui dire en levant les bras au ciel : "vous êtes notre fierté, notre honneur" avant de se mettre à pleurer.

L'oppression ? Le sentiment de gâchis ? La plainte d'un citoyen de l'aire du "dictaturistan" ? Tout cela sans doute. Hocine Aït Ahmed l'a serré dans ses bras ensuite il s'est mis à lui raconter une histoire drôle.

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