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Révolution: Dépôt de bilan

Publication: 23/10/2013 11h53

Le 23 octobre, des citoyens tunisiens manifesteront pour la chute du régime, ils demanderont que les objectifs de la révolution soient réalisés.

Le 23 octobre, d'autres tunisiens manifesteront pour supporter le régime, ils demanderont que les objectifs de la révolution soient réalisés.

Le 24 octobre, ivre du succès de mobilisation contre le régime de la veille, l'opposition tunisienne ne changera pas.

Le 24 octobre, ivre du succès de la mobilisation pour le régime, le pouvoir tunisien ne changera pas.

L'opposition, ou disons la majorité de l'opposition, continuera à être en rupture avec les citoyens qui la soutiennent. Ils continueront à croire que la mobilisation populaire se fait pour eux et non contre le régime en place. Ils oublieront que s'ils venaient à faire les même erreurs que la Troïka, autant de monde sera contre eux.

La Troïka, quant à elle, va croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, et que leurs échecs et leurs trahisons ne sont qu'une invention de cette opposition qui a échoué, et que, même en refusant systématiquement d'appliquer leur promesses électorales, il y aura toujours des gens prêts à les supporter et à voter pour eux aux prochaines élections.

Tunis restera toujours le centre de toutes les attentions. Les hommes politiques se battront pour prendre la parole devant les foules des manifestants à la Kasba ou au Bardo qui viendront de toutes les régions et tous les villages reculés du pays. Encore une fois, on estimera, opposition et Troïka, que la politique ne se fera qu'à Tunis, sur les plateaux télés et les radios, entre les colonnes de l'Assemblée Nationale au Bardo. Rares pour ne pas dire inexistants ceux qui vont essayer de s'implanter localement, essayer de porter un projet pour une ville, une région, pour un jour se réclamer d'une réussite locale et prétendre à un projet national.

Tous chercheront la facilité, useront des artefacts de communication dont rien ne subsistera à la fin. Ils sont dans la petite phrase et la recherche de la meilleure répartie, sans aucun respect pour ce qu'est la politique vraiment: Une vision, des convictions et des projets. Réussir à déstabiliser son adversaire, trouver la phrase assassine qui sera reprise le lendemain sur les réseaux sociaux avec un titre flatteur ne pourra jamais créer des hommes et des femmes politiques capable de transcender le pays et de le guider au milieu de cette tempête de problème nationaux et internationaux. Ca sert seulement à gonfler les égos, mais pas à gouverner le pays et l'emmener à bon port.

Le 24 octobre, rien ne changera en Tunisie ou presque. Une large partie de la classe politique ne sera pas à la hauteur du peuple à qui elle doit tout, jusqu'aux principes sur lesquels il fallait axer leurs programmes politiques: Liberté, Travail, Dignité Nationale. Un jour, cette classe politique sera balayée par d'innombrables échecs parce qu'elle se sera trompée d'objectif, de vision, et qu'elle aura manqué d'audace pour recentrer le débat sur le renouveau de la Tunisie, sa remise en marche et son lancement vers le futur. Ce jour là, sera-t-il trop tard pour la Tunisie?

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