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Ahmed Nejib Chebbi: Chronique d'une fin annoncée

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Démission aujourd'hui de Yassine Brahim, secrétaire exécutif du parti républicain Al Jomhouri. Dans un bref "communiqué" posté sur sa page Facebook, l'ancien ministre explique qu'il a présenté sa démission à Maya Jribi, entre autre à cause de l'échec du parti à rassembler les forces démocratiques du pays après une année de la fusion entre le Parti Démocrate Progressiste et le nouveau né de la scène politique tunisienne Afek Tounes, dont il était le secrétaire général.

La dégringolade

Pour Ahmed Nejib Chebbi le constat est sans appel: Grande figure de l'opposition tunisienne, leader d'un parti historique qui a réussi à rassembler islamistes, démocrates et communistes à s'allier contre Ben Ali (18 Octobre 2005), l'avocat panarabe a entamé sa dégringolade dès le 13 Janvier 2011. Il donnera alors l'impression d'avoir voulu sauver Ben Ali alors que la guillotine de la contestation populaire était à quelques millimètres de lui trancher le cou, impression confirmée par une entrée précipitée et jamais critiquée au gouvernement Ghannouchi 1, une opposition frontale avec les manifestants de Kasbah 1 et 2, puis une sortie calamiteuse du gouvernement à la nomination de Beji Caïd Sebsi au Premier ministère.

Pendant ces deux mois, le parti progressiste, en plus de la perte naturelle des militants islamistes, panarabes et autres indépendants qui l'ont rejoint pour sa qualité de principale force d'opposition au pays, perdra en même temps une partie non négligeable de ses militants, notamment des jeunes qui ont fait sa gloire pendant les années difficiles de la dictature de Ben Ali.

Le parti perd de sa superbe

La suite est dans la logique autiste du comportement Chebbien. Les critiques qui lui sont formulées sont souvent prises pour des attaques personnelles et le parti perd de sa superbe. La deuxième place aux élections, qu'il croyait acquise, commence à s'éloigner petit à petit. Il sera rapidement distancé par un CPR "révolutionnaire et jeune" et un Takattol "calme et rassembleur", tandis que le PDP est de son côté souvent perçu comme étant "arrogant et opportuniste". Les épisodes du financement des partis ou la publicité politique ne sont que des preuves supplémentaires de l'isolement de Chebbi, qui sera suivi aveuglément par Maya Jribi à raison et souvent à tort.

Le résultat catastrophique du PDP le 23 Octobre est encaissé avec beaucoup de calme et de sagesse par le ténor tunisien, mais les bonnes conclusions n'ont pas été tirées de cet échec. Ainsi, le congrès du parti connaîtra un grand schisme, duquel naîtra le parti "Alliance Démocratique", porté par le très charismatique Mohammed Hamdi. Sans polémiquer sur les raisons de cette séparation, Chebbi aura encore une fois montré une incapacité chronique à gérer les crises et les égos. Sans passer par le pouvoir, il perdra 11 élus des 16 sièges obtenus aux élections, soit plus que le CPR ou Ettakatol.

Un rôle de suiveur

L'Union pour la Tunisie, rassemblement de partis autour de Nidaa Tounes, n'a fait qu'affaiblir le Parti Républicain, qui aura perdu la main sur les initiatives politiques. L'épisode de l'annonce de BCE de se présenter aux élections présidentielles et les réactions qui ont suivi auront assujetti le parti républicain au rôle de suiveur, dans l'incapacité de se créer et de défendre sa propre identité et son propre parcours politique.

Le coup de grâce a donc été donné aujourd'hui par Yassine Brahim. Le clan Chebbi se retrouve avec un passé militant respectable et un avenir politique très incertain. Va-t-il enfin passer la main aux jeunes démocrates du parti ou entamera-t-il une nouvelle traversée du désert, à 68 ans?