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Mehriban Aliyeva, la nouvelle vice-présidente d'Azerbaïdjan au service de la communauté internationale...et de la France

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MEHRIBAN ALIYEVA
BENJAMIN CREMEL/AFP/Getty Images
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Dans le contexte troublé de la géopolitique mondiale, le Caucase fait peu parler de lui. Et pourtant, à deux pas du Moyen-Orient, il concentre les mêmes problématiques culturelles, identitaires, communautaires et religieuses. Certains pays musulmans sont confrontés aux mêmes inquiétudes liées à l'islam radical et à la menace terroriste. Quelques temps après la visite officielle du Président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, en France, c'est l'occasion de revenir sur le cas de ce pays traditionnellement multi-communautaire et multiconfessionnel assez unique. Jusque là, malgré quelques tensions frontalières pour d'autres raisons notamment avec l'Arménie, le pays n'a pas de problème de sécurité.

Inséré entre l'Iran, la Géorgie, la Russie, l'Arménie, la Turquie, ce pays de 9.6 millions d'habitants est au carrefour des voies stratégiques et économiques régionales. En plein décollage, l'Azerbaïdjan est aujourd'hui intégré dans de nombreuses organisations internationales : ONU, Conseil de l'Europe, Communauté des États indépendants (CEI), Organisation de Coopération islamique. La jeune République à majorité musulmane mais au pouvoir laïc est aussi à la croisée des mondes occidental, russe et oriental ; ce qui en fait un partenaire de choix, convoité par la Russie, l'Union européenne et le Moyen-Orient. A terme l'idée de l'UE serait de passer d'un partenariat stratégique et énergétique à un véritable accord d'association UE/Azerbaïdjan sous conditions mais effectif. En France, le Comité d'amitié France Azerbaïdjan comprend tout de même près de 233 députés, ce qui n'est pas rien. L'ancien président François Hollande l'a bien compris en recevant Aliyev à la fin de son quinquennat.

Personne n'avait entendu parler de ce pays à part peut-être ceux qui connaissent l'histoire des Frères Nobel, inventeur de la dynamite justement en Azerbaïdjan, et qui pour compenser, créèrent ce fameux Prix Nobel de la Paix. Personne n'avait entendu parler de Bakou avant que Heydar Aliyev, fasse émerger cet ancien satellite soviétique de nulle part après son indépendance en 1991. Pays émergent, doté de réserves en hydrocarbures extraordinaires (pétrole et gaz naturel à hauteur de 56.1% du PIB 2007, aujourd'hui 34.3% du PIB), affichant une croissance arrogante de plus de 9 % en moyenne depuis plusieurs années (après une croissance record de 35 % du PIB en 2006), l'Azerbaïdjan est devenu un pays avec une économie relativement diversifiée depuis vingt cinq ans.

Depuis sa mort en 2003, son fils Ilham Aliyev a pris le relais et positionné son pays dans le giron de l'Occident, sur les plus grands standards internationaux en termes de développement, d'urbanisme, de modernité architecturale où se pressent les plus grands architectes internationaux. La capitale est un savant mélange d'Europe centrale et de Moyen-Orient : grand hôtels ultramodernes, échangeurs routiers futuristes. Les plus grandes stars internationales se pressent à Bakou de Beyoncé à Shakira, et la finale de l'Eurovision en 2012 avait attiré 100 millions de téléspectateurs dans le monde. Sans oublier le « Baku Humanitarian Forum » ou le Festival Européen du Film, financé en grande partie par la Délégation de l'Union européenne en Azerbaïdjan. On y trouve dans le centre de la capitale, pèle-mêle, les plus grands marques occidentales, dont Prada et Dior.

Une étape supplémentaire vient d'être franchie en 2017. En effet en mars dernier, le président Ilham Aliyev nommait sa femme Mehriban au poste de vice-présidente. Si les hydrocarbures drainent toutes les rentrées d'argent, l'économie n'est pas suffisamment diversifiée et les premières alertes à la baisse des cours du pétrole pourraient rapidement faire changer la donne. Or, à l'image de nombreuses femmes de dirigeants de pays du Moyen-Orient comme Rania de Jordanie ou surtout Cheikha Mozha au Qatar, Mme Aliyeva a jusque là joué un rôle fondamental le développement durable du pays. En effet, là vice présidente a été nommée Présidente de la fondation Heydar Aliyev en 2004 et s'est fixée comme priorité le soutien à la culture chrétienne et européenne: restauration des catacombes Saint Marcelino et Pietro à Rome, restauration de l'architecture du musée « Trapezitza » dans la ville bulgare de Veliko Tarnovo.

En juin 2009, dans le cadre du projet « Tolérance Azerbaidjan » la fondation a financé la restauration de cinq vitraux de la cathédrale de Strasbourg, datant du XIVème siècle. Les vitraux de 1320-1340, dépeignent la Vierge Marie et Jésus Christ. En 2007, la fondation Heydar Aliyev a entrepris la restauration de monuments anciens du château de Versailles, de 7 églises françaises datant du Xème au XIIème siècles (celles de La Fresnaye-au-Sauvage, de Saint-Hilaire-la Gerard, de Santilly, de Tanville, de Courgeoût et de Réveillon dans le département de l'Orne). Tous ces projets démontrent que des pays musulmans comme l'Azerbaïdjan peuvent contribuer aux dialogues entre les civilisations, les religions et les cultures et prouvent une fois encore le côté multiconfessionnel du pays: Azéris musulmans, kurdes, juifs, etc s'y côtoient depuis des siècles. L'un des partenaires privilégiés de Bakou n'est-il pas Tel Aviv aujourd'hui?

En 2004, Mehriban Aliyeva, était nommée Ambassadrice de bonne volonté de l'UNESCO comme le furent Nelson Mandela, Yehudi Menuhin, Pierre Bergé, Lalla Meryem du Maroc. Madame Aliyeva a toujours était au cotes de son marie et très populaire à l'international comme sur les réseaux sociaux , Mehriban Aliyeva, physique de top model, députée depuis 2005, a fait des études de médecine et décroché son doctorat d'ophtalmologue en 2005. Présidente de la fondation Heydar Aliyev et des amis de la culture d'Azerbaidjan, elle promeut la richesse culturelle de son pays à travers le monde et est régulièrement inviter en Europe comme en 2011 à Paris pour les 20 ans de l'indépendance de pays.

A l'instar de Sheikha Mozah au Qatar, qui a permis de faire de Doha une place forte et innovante en terme d'éducation, d'environnement, de culture, Mehriban Aliyeva compte bien poursuivre l'ascension de son pays malgré les embûches. Ce ne sont pas les câbles wikileaks qui diront le contraire : « Elle est sans aucun doute la personne la plus célèbre de ce clan, remplissant de nombreux rôles et assumant de nombreux titres ». Et le site de l'Unesco ne cache certainement pas la richesse de ses engagements : « Grâce à des œuvres de bienfaisance, elle a notamment pu rénover et moderniser un orphelinat, ouvrir une école de musique et assurer le traitement d'enfants diabétiques en Azerbaïdjan. »

Tout comme l'Organisation Mondiale de la Santé qui saluait en 2007 son travail en faveur des mères et des enfants de son pays en lui décernant un de ses prix annuels les plus importants. Dans la lignée de son action internationale, c'est le président Nicolas Sarkozy qui lui décerna la Légion d'honneur le 15 décembre 2010 pour ses services et sa loyauté et action en faveur des relations entre l'Azerbaïdjan et la France. Et en 2013, elle recevait le titre de « Star du Commonwealth » pour son action.

Peu de temps avant sa nomination, c'est Mehriban Aliyeva qui recevait le 11 janvier 2017, la délégation française conduite par Jean-Marie le Guen, l'ancien Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international de la République française, chargé du Développement et de la Francophonie. A ce titre, la Première Dame exprimait à nouveau sur le développement sans précédent des liens bilatéraux entre l'Azerbaïdjan et la France : «Une bonne coopération a été établie dans les domaines des technologies de l'information, spatiale etc. les entreprises françaises opèrent avec succès dans notre pays», précisait-elle. La France est ainsi de plus en plus présente à Bakou, avec de belles réalisations, à l'instar du Lycée français de Bakou et de l'Université franco-azerbaïdjanaise récemment ouverte. N'oublions pas des jumelages qui existent entre les deux pays. On peut difficilement faire sans l'Azerbaïdjan aujourd'hui, pilier de stabilité et de développement d'une région par trop méconnue, le Caucase. Et Bakou constitue probablement une excellente porte d'entrée de celui-ci.

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