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Que faire du Musée d'art moderne d'Alger ?

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Voulu en regard à la manifestation Alger, capitale arabe de la culture 2007 et inauguré le 01 décembre de la même année avec l'exposition Majnûn Laylâ du peintre Malek Salah, le Musée d'art moderne d'Alger (MAMA) n'est pas né d'un constat proprement plastique: celui aboutissant à reconnaître l'émergence de créateurs en train d'élargir le champ esthétique, de chambouler les conditionnements perceptifs et analytiques appliqués aux bornages des gardiens de la domination symbolique, d'échapper à leurs codes prosaïques, à la conception classique et conventionnelle de la beauté par la variation des médiums et la multiplication des chocs visuels.

L'institution de la rue Larbi Ben M'Hidi demeurera par conséquent, ne serait-ce que via un statut accordant un droit de véto aux ministères des Moudjahidine et des Affaires religieuses, un espace corseté au formatage monochrome du "politiquement correcte", à la vision rudimentaire et consensuelle d'un directeur désormais évincé au profit de sa secrétaire générale, ce qui en dit long sur le contenu iconique et normatif des futures monstrations.

Celles d'octobre-novembre 2016 et décembre 2016-janvier 2017, respectivement le Festival national de la photographie et celui international d'art contemporain, étant ajournées (voire annulées), le MAMA apparaît comme une coquille vide qui sonne d'autant plus creux qu'aucun programme cohérent, réfléchi sur le court ou moyen terme, n'a pu surseoir à l'isolement dans lequel il végète. Déconnecté de la scène mondiale de l'art et volontairement dépourvu de chercheurs susceptibles de confectionner une exégèse et des projets replongeant les participants convoqués au cœur de la mouvance "avant-gardiste", ce lieu attendu pendant quarante trois ans ne deviendra pas l'agora imagée d'où quelques élus espéraient pouvoir capter l'attention des curateurs étrangers.

Pour remédier aux actuelles carences fonctionnelles et organiques, il semble résolument opportun de confier la gestion des anciennes galeries algériennes à des médiateurs professionnels enclins à satisfaire les légitimes désidératas des vidéastes, performeurs, graffeurs et installateurs locaux, d'interpeller les universitaires franco-algériens et européens travaillant sur le paysage en question car seuls des érudits expérimentés apporteront de nouvelles clefs de compréhensions et donc des extensions cognitives à l'historiographie artistique. Sans ses séquences temporelles, le Musée d'art moderne de la capitale subira encore l'entremise néfaste de pseudo-commissaires-critiques parfois cooptés ou adoubés du côté de l'İnstitut français d'Alger (İFA), lequel organisme se penchera le mardi 18 octobre 2016 sur la manière ou la nécessité d'instruire, voir et comprendre l'art.

Les trois conférenciers invités voudront notamment savoir s'il est possible d' « (...) enseigner le contemporain en faisant fi de l'histoire ?», contourneront les barrières mentales et géographiques afin de mieux considérer les expressions périphériques, à fortiori les auteurs singuliers auxquels le MAMA doit, en tant biotope promotionnel, mettre justement en visibilités et scénographies: ils joueront et diffuseront alors à bon escient leurs gammes diaprées.

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