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Pour 2017, Jack Lang émet des voeux pieux

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La prise de fonction, le 12 février 2016, d'Audrey Azoulay (fille de l'ancien conseiller d'Hassan II et de Mohammed VI), en tant que nouvelle ministre française de la Culture, compromettra l'exposition artistique que sa devancière, Fleur Pellerin, avait arrêtée (le jeudi 29 octobre 2015 pendant le Salon du livre d'Alger) à novembre 2016 et entrevue au niveau de l'İnstitut du monde arabe (İMA).

Le directeur de ce bâtiment, Jack Lang, signalait cependant, dans le journal algérien Reporters du 03 mai 2016, qu'une équipe s'attèle « (...) à l'organisation d'un grand événement sur (...) la création algérienne contemporaine, qui portera sur les arts plastiques, le cinéma, le roman, la poésie », réunira des protagonistes « (...) vivant en Algérie ou à l'extérieur de l'Algérie » et sera chapeauté par « (...) deux commissaires indépendants ».

Prévue à l'automne 2017, et pour une durée de trois à quatre mois, la manifestation attend, soulignait encore l'ex-confident de François Mitterrand, l'aval d'autorités algériennes censées accorder une autonomie de décision à des curateurs sur les travaux desquels elles n'auraient pas un droit de regard dès lors que le budget viendrait de bailleurs de fonds externes ; une double perspective fort improbable. Pourquoi ?

Parce qu'imparti aux agents officiels de la Culture et monétisé par les régulateurs de la sacro-sainte stabilité, le rendez-vous de l'année prochaine conviendra à leur version du service minimum : celle que se contentera d'acter Jack Lang.

Lorsque celui-ci évoquait le profil de la future monstration, qui risque fort de ressembler à une petite Année de l'Algérie en France, il projetait donc de convoquer, comme en 2003, des plasticiens d'origine algérienne installés en Europe (pour la plupart des devenus Français), une manière là aussi de combler les absences et approximations auxquelles renvoie le champ local des arts visuels.

À ce stade, les nouveaux producteurs de formes ne sont pas perçus en tant que créateurs de génie, notion à ne pas confondre avec un modèle déifié mais à associer à la figure de femmes et d'hommes susceptibles de faire bouger les lignes d'un sillon précédemment tracé (et dans lequel ils se seraient résolument inscrits), d'apporter une plus-value à un déjà-là esthétique ou d'habiter un domaine autre amplifié à partir d'une transgression des frontières discursives et narratives.

Rendre identifiable l'assise d'individus en phase ou capacité de dépassements performatifs, c'est à notre sens la mission dévolue aux commissaires indépendants que l'actuel responsable de l'İnstitut du monde arabe (İMA) compte malgré tout inviter. İls auront, alors, à la fois à rapprocher et à distinguer ceux qui, œuvrant en Algérie ou en dehors de ce pays, tentent d'élargir le paysage en question. İl nous semble par contre inopportun de vouloir appeler à la rescousse Kader Attia, le dernier récipiendaire du prix "Marcel Duchamp", ou encore Adel Abdessemed, un des poulains de l'écurie "Bernard Arnault". Si le premier s'est à plusieurs reprises mêlé aux autochtones (notamment à l'occasion de Voyages d'artistes, Algérie 03, qu'initia à l'espace "EDF Électra" le critique d'art Jean-Louis Pradel), le second réprouve ce type de rapprochement puisque l'appréhendant comme réducteur à son aura internationale.

Repérés en fonction d'un investissement conceptuel singulier, l'un et l'autre évoluent au sein d'un univers différent de celui propre aux acteurs produisant en Algérie et ne sont donc pas à "récupérer" pour valider ou valoriser une contemporanéité artistique nationale. L'honnêteté intellectuelle requiert de prendre à Paris le pouls des territoires du sensible, d'en révéler sans subterfuges les imaginaires et interlocutions.

Faute de quoi, un contre-événement harmonisé sous couvert de plusieurs thématiques et soutenu par des galeristes, dirigeants d'institutions culturelles puis des analystes à même de livrer un point de vue sans concession sur la situation des arts plastiques en Algérie, pourrait pallier aux inconsistances, voire à un énième changement de programme puisque l'alternance politique en prévision ne garantit pas à Jack Lang la reconduction de son poste.

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