Huffpost Maroc mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Saad Fkihi Headshot

Turquie: Un baroud d'honneur pour "l'Etat dans l'Etat"

Publication: Mis à jour:
ERDOGAN
Baz Ratner / Reuters
Imprimer

INTERNATIONAL - Le courant islamiste aura été confronté à son deuxième putsch. Celui-ci, contrairement au premier qui aura vu la démission d'Erbakan a échoué. La Turquie a démontré aujourd'hui que l'aspiration à un gouvernement civil et démocratique était partagée par l'ensemble de la classe politique ainsi que par un taux important de la population.

Le président Erdogan a vu une réponse à son appel, qui en réalité transcendait son personnage et son leadership puisqu'il véhiculait essentiellement l'idée de la nécessité de la défense de la patrie en danger. Néanmoins, si le pire a bien été évité, le constat n'est pas des plus reluisants.

Si sur le plan extérieur, la Turquie commence à reprendre ses relations avec des pays comme la Russie et Israël, la guerre en Syrie constitue un véritable échec diplomatique, dont les répercussions sont d'une telle importance du fait de la proximité géographique qu'elles se répercutent sur la politique interne.

La politique interne quant à elle, démontre plus que jamais une fracture au sein de la société turque. L'intervention de l'armée a ceci d'exclusif que pour la première fois, un coup d'Etat militaire n'a pas été chapeauté par l'état-major. L'armée, constituant dans sa tradition un véritable corps politique avec une idéologie clairement déterminée, à tendance kémaliste et républicaine, est aujourd'hui de plus en plus divisée. En effet, Des F-16 loyalistes avaient même abattu un hélicoptère des putschistes.

Pour comprendre cela, il faut revenir quelques années en arrière, plus précisément en 2007 et l'affaire Ergenekon, mettant sur le banc de l'accusation la gauche kémaliste, les nationalistes mais surtout des officiers de l'armée. Ergenekon aurait été une sorte de "Glavio" turc. A l'image de ces armées secrètes de l'OTAN, Ergenekon aurait eu pour but de viser les institutions de l'Etat, voire assassiner le président Erdogan alors encore Premier ministre. Ce procès, accompagné d'un cadre législatif élaboré depuis l'accès de l'AKP au pouvoir aura permis à Erdogan de confiner la présence de l'armée dans les casernes. La non-intervention de l'armée lors des évènements de Gezi ainsi qu'à la suite des manifestations qui ont suivi l'affaire de corruption qui a impliqué les cadres de l'AKP est à lier aujourd'hui avec un sommet de l'armée qui entretient une certaine complicité avec l'Etat, étant principalement réuni par le combat qu'ils mènent contre les Kurdes et les combattants de l'Etat Islamique en Syrie.

Une armée "matée", "de connivence" avec les islamo-conservateurs? Pas tout à fait, et c'est cela que nous a prouvé le dernier coup d'Etat qui a tout de même impliqué les commandants de deux des dix corps d'armées constitutifs de l'armée turque. Toutefois, la prise en otage du chef des armées reflète bien que le sommet de l'armée a compris une chose aujourd'hui et que les manifestations contre le putsch ont démontré: les citoyens ainsi que la classe politique veulent un état civil. Cette tentative serait peut être un baroud d'honneur pour "l'Etat dans l'Etat" qui refuse mais se voit contraint de se retirer.

LIRE AUSSI: